I.IVRH DEUXIÈME. iS
trcnicnt, et si je me fiais à des promesses que je savais ne pas devoir se réaliser. Sur ce, je le quittai et retournai à mes allai res.
Messcr Bartolommco rapporta probablement au pape ces paroles hardies, et il y ajouta peut-être du sien ; car Sa Sainteté resta plus de deux mois sans me faire appeler. Moi, de mon côté, pour rien au monde je ne serais allé au palais. Enfin le pape, qui mourait d'envie que mon calice tut achevé, chargea messcr Ruberto Pucci de s'inquiéter un peu de ce que je faisais. Ce brave homme venait me voir tous les jours, et ne cessait de me dire une foule de choses obligeantes, auxquelles je répondais avec la même courtoisie. Sur ces entrefaites, le pape, qui devait aller à Bologne, voyant que de mon propre mouvement je ne me résoudrais pas à me rendre près de lui, envoya messer Ruberto me dire de lui apporter mon calice, parce qu'il voulait voir à quel point je l'avais amené. Je le lui portai donc, et je lui montrai que le plus important était fait. Je le priai ensuite de me laisser cinq cents écus, partie à titre d'acompte, partie pour acheter Tor nécessaire à l'achèvement de mon ouvrage. « Dépêchetoi de le finir, me répondit le pape. — Je le finirai si on me laisse de l'argent, » répliquai-je en me retirant.
Le cardinal Salviati. — La Cipollata.
Le pape partit pour Bologne. Il nomma le cardinal Salviati légat de Rome, et lui enjoignit de veiller à ce que son calice fut terminé. « Benvenuto, lui dit-il, est un homme qui se soucie peu de son talent, et de nous encore moins. ))
Cet imbécile de cardinal me manda au bout de huit jours, avec ordre de lui apporter mon ouvrage. J'allai le trouver, mais les mains vides. Dès que je parus devant lui, il me cria: «Où est-elle, ta cipollata^} est-elle finie ? — Monsignor reverendissimo, lui répondis-je, je n'ai pas fini ma cipollata^ et je ne la finirai pas si vous ne me donnez pas des oignons pour la finir, -n A ces mots, mon cardinal, qui avait plutôt la tête d'un âne que celle d'un homme, devint de moitié plus hideux qu'auparavant, et, pour couper court, me dit : « Je te mettrai à bord d'une galère, où tu auras le loisir de la terminer. » Cet animal m'ayant rendu aussi bète que lui, je répondis : «Monsignor, quand je commettrai des fautes qui mériteront les galères, vous m'y mettrez. Quant à présent, je n'ai pas peur de votre galère. De plus, je vous déclare que Votre Seigneurie est cause que je n'achèverai point mon ouvrage. Et ne m'envoyez plus chercher; car doré-