‹ La vie de Benvenuto CelliniChapitre 75 sur 275 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

Arrestation. — Interrogatoire.

Trois jours après, un jeudi, je vis arriver cliez moi deux camériers favoris de Sa Sainteté. L'un, que l'on appelait messer Pier Giovanni, est aujourd'hui évêque; il était alors officier de la garde-robe : l'autre était d'une condition plus élevée, mais je ne me souviens plus de son nom. « Benvenuto, me dirent-ils, puisque tu n'as pas voulu obéir à la douceur, le pape nous envoie près de toi, et il ordonne que tu nous remettes son ouvrage, ou que nous te conduisions en prison. )> Je les regardai tranquillement en face, et je leur dis : « Signori, si je rendais ce calice au pape, je lui donnerais mon ouvrage, et non le sien; or, je ne veux pas le lui donner, parce que je n'entends pas qu'après l'avoir amené au point où il est, à la sueur de mon front, il tombe entre les mains de quelque animal ignorant, qui me le gâtera très certainement. » Cette scène se passait devant l'orfèvre Tobbia, qui, de son côté, avait l'audace de me demander les modèles de mon calice. Je m'abstiendrai de relater ici la manière dont je traitai un pareil misérable. Comme les camériers me pressaient de me décider, je leur dis que tout était résolu. Là-dessus, je pris ma cape, et, avant de sortir de ma boutique, je me tournai respectueusement, la barrette à la main, vers une image du Christ, et je m'écriai : « Oh ! bon et immortel, juste et divin Seigneur, tout ce que tu fais est selon

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ta justice, qui est sans égale. Tu sais que j'arrive à la trentième année de ma vie, et que, jusqu'à présent, jamais je n'ai été menacé de la prison pour aucun de mes actes; mais, puisque maintenant tu ordonnes qu'il en soit autrement, je me soumets et je te remercie de tout mon cœur. » Me tournant ensuite vers les deux camériers, je leur dis fièrement : « Un homme tel que moi ne méritait pas moins que des sbires tels que vous, signori. Allons, mettez-moi entre vous, et menez-moi, comme prisonnier, où vous voudrez. » Ces deux gentilshommes se prirent à rire, me placèrent au milieu d'eux, et, tout en causant amicalement, me conduisirent chez le gouverneur de Rome, qui se nommait Magalotto. Il m'attendait avec le procureur fiscal. Lorsque nous fûmes arrivés, les camériers dirent toujours en riant au gouverneur : « Nous vous remettons ce prisonnier, gardez-le soigneusement. Nous sommes charmés d'avoir rempli l'office de vos agents, car Benvenuto nous a dit que, pour sa première arrestation, il ne méritait pas moins que des sbires tels que nous. » Ils se retirèrent ensuite, et allèrent trouver Sa Sainteté, à qui ils racontèrent tout ce qui s'était passé. Le pape voulut d'abord entrer en colère; mais bientôt il s'efforça de rire, parce qu'il était en présence de seigneurs et de cardinaux de mes amis, qui me protégeaient grandement.

Pendant ce temps, le gouverneur et le fiscal employaient tour à tour les menaces, les prières et les conseils, pour me persuader que la raison voulait que celui qui commande un ouvrage pût le reprendre à son bon plaisir, dans quelque état qu'il se trouvât. Je leur répondais à cela que la justice ne le permettait pas; qu'un pape ne pouvait agir ainsi, parce qu'un pape n'était pas

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