‹ La vie de Benvenuto CelliniChapitre 76 sur 275 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

Je l'cspccc de ces petits tyrans qui persécutent leurs peuples, sans aucun respect des lois divines et humaines; enfin, qu'un vicaire du Christ ne pouvait se permettre de telles vexations. Le gouverneur me dit, avec un ton et des gestes de sbire : « Benvenuto! Benvenuto! tu veux me forcer à te traiter comme tu le mérites! — Ce sera donc honorablement et courtoisement, lui repartis-je. — Envoie chercher de suite ton ouvrage, s'écria-t-il, et n'attends pas que je te le répète. — Signori, repris-je, daignez me laisser ajouter quatre mots à ma défense. » Le fiscal, qui était un sbire infiniment moins brutal que le gouverneur, dit à ce dernier : « Monsignore, permettons-lui d'en dire cent. Qu'il nous remette le calice, c'est là l'important. » Je m'exprimai en ces termes : — « Un homme qui ferait bâtir un palais ou une maison pourrait avec justice dire au maître maçon : Je ne veux pas que tu travailles plus longtemps à ma maison ou à mon palais; et, en le payant, il aurait le droit de le renvoyer. De même, un seigneur qui ferait monter une pierre fine de mille écus, s'il trouvait que le joaillier ne le servît pas à sa fantaisie, pourrait dire : Rends-moi ma pierre, je ne veux pas de ton ouvrage. Mais, dans l'affaire qui nous occupe, il ne se rencontre rien de semblable. Il ne s'agit ici ni d'une maison ni d'une pierre fine. On ne peut me dire rien autre chose que de rendre les cinq cents écus que j'ai reçus; ainsi, monsignori, faites tout ce que vous voudrez; vous n'aurez de moi que les cinq cents écus. Allez le répéter au pape. Vos menaces ne m'épouvantent pas le moins du monde, attendu que je suis un homme de bien. » Le gouverneur et le fiscal se levèrent, me dirent qu'ils se rendaient chez le pape; qu'ils rapporteraient des ordres, et que malheur à moi i

Je restai donc prisonnier dans une petite salle, où je me promenai durant les trois heures environ qui s'écoulèrent avant qu'ils revinssent de chez le pape. Pendant ce temps, tous les notables marchands de ma nation accoururent me supplier de ne pas continuer, avec un pape, une querelle qui pourrait entraîner ma ruine; je me bornai à leur déclarer que j'étais bien résolu à n'agir qu'à ma tète.

Transaction.

Comment est faite la foi d'un pape.

Dès que le gouverneur fut revenu avec le fiscal, il me fit appeler et me dit : « Benvenuto, je suis certainement fâché de la sévérité des ordres que j'ai reçus. Il faut que tu rendes le calice à l'instant, ou que tu songes à arranger tes affaires. — Jusqu'à présent, répondis-je, je n'ai pas cru qu'un vicaire du Christ fût capable de commettre une injustice, je veux le voir avant d'y croire: ainsi, faites ce que bon vous semblera. » Le gouverneur reprit : «J'ai encore à te dire deux mots de la part du pape, et ensuite j'exécuterai mes ordres. Le pape désire que tu m'apportes le calice, que je le voie placer dans une boîte que l'on scellera, puis que je le lui remette. Il s'engage, sur sa foi, à ne pas déranger le cachet, et à te rendre tout intact. Sa Sainteté veut qu'il en soit ainsi pour sortir honorablement de cette affaire. — A ces conditions, répondis-je en riant, je vous le remettrai très

Page 1