LIVRE DEUXIKME
conquérir les bonnes grâces d'un si grand pape, que j'ai perdues, non par ma faute, mais par celle de la cruelle maladie qui m'a afflige, et grâce à la méchanceté de ces âmes envieuses qui se plaisent à commettre le mal. Mais, comme Sa Sainteté ne manque pas de valets, tâchez qu'elle m'en envoie un autre que vous, pour peu que vous teniez à votre vie... et pesez bien ce que vous ferez. Quant à moi, je ne manquerai ni jour ni nuit de ruminer et de faire tout ce que je pourrai pour le service du pape... Et maintenant ayez soin, après que vous aurez rapporté cela au pape, de ne plus jamais, sous aucun prétexte, vous mêler en rien de mes affaires, sinon vous reconnaîtrez vos torts au châtiment mérité que je vous infligerai. » Cet homme répéta toutes ces choses au pape en leur donnant une tournure beaucoup plus brutale. Pendant un temps, la querelle en resta là, et je pus retourner cà ma boutique et à mes affaires.
L'orfèvre Tobbia, dont j'ai parlé plus haut, était occupé à terminer la garniture et les ornements de la corne de licorne. Il avait en outre commencé, d'après l'ordre du pape, un calice semblable au mien. Sa Sainteté, ayant examiné ce travail, en fut si mécontente qu'elle exprima un vif regret d'avoir rompu avec moi, et se mit à maudire et l'ouvrage de Tobbia et le cardinal qui le lui avait recommandé. Plusieurs fois Baccino della Croce vint me dire, de la part du pape, que je devrais faire le reliquaire en question. Je lui répondis que je priais Sa Sainteté de me laisser me remettre de la cruelle maladie dont je n'étais pas encore parfaitement guéri. J'ajoutai que je montrerais à Sa Sainteté que tous les instants que je pouvais travailler étaient consacrés à son service. En effet, j'avais commencé son portrait, et
je lui gravais sccrctcmcnt une médaille, au poinçon de laquelle je travaillais chez moi, abandonnant ma boutique à la garde d'un associé, nommé Felice, qui avait été mon apprenti.