‹ La vie de Benvenuto CelliniChapitre 79 sur 275 · LIVRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME

Angelica.

A cette époque, je m'étais amouraché, en vrai jeune homme, d'une fillette sicilienne d'une beauté extraordinaire. Comme elle me payait de retour, je résolus de l'enlever secrètement et d'aller passer un an avec elle à Florence. Mais sa mère, ayant deviné mes intentions, quitta Rome de nuit et à Timproviste. Elle prit la route de Naples, et répandit le bruit qu'elle allait à Civita-Vecchia, tandis qu'elle se rendait à Ostia. Je courus à Civita-Vecchia, et, pour retrouver ma Sicilienne, je fis des extravagances incroyables, dont le récit m'entraînerait

trop loin. Il me suffit de dire que je faillis devenir fou et en mourir. Au bout de deux mois, ma belle m'écrivit qu'elle était en Sicile, où elle se trouvait très malheureuse. Quant à moi, dans le seul but de me distraire de mon amour, j'en avais contracté un nouveau, et je m'étais lancé à corps perdu dans les plaisirs.

Le prêtre nécromant.

Au milieu de cette vie étrange, je me liai avec un prêtre sicilien, d'un esprit très distingué, et qui était profondément versé dans les lettres grecques et latines. Un jour que je causais avec lui, la conversation tomba sur la nécromancie, et je lui dis que toute ma vie j'avais ardemment désiré voir et apprendre quelque chose de cet art. « Pour aborder une semblable entreprise, il faut une âme ferme et intrépide, » me répondit le prêtre. Je lui répliquai que j'aurais de la force et du courage de reste, si je trouvais l'occasion de m'initier à ces mystères. « Eh bien, me dit alors le prêtre, s'il en est ainsi, je ne te laisserai rien à désirer. » Et aussitôt nous convînmes de nous mettre à l'œuvre.

Un soir donc, le prêtre fit ses préparatifs et me dit de chercher un compagnon ou deux. Il s'adjoignit un homme de Pistoia, qui s'occupait lui-même de nécromancie. Moi, j'amenai Vincenzio Romoli, mon intime ami. Nous nous rendîmes au Colisée. Là, le prêtre se

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