‹ La vie de Benvenuto CelliniChapitre 80 sur 275 · LIVRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME

\ ctit à la manière des nécromants, puis se mit à dessiner sur le sol des cercles, avec les plus belles cérémonies que Ton puisse imaginer. Il avait apporté des parfums précieux, des drogues fétides et du feu. Lorsque tout fut en ordre, il pratiqua une porte au cercle, et nous y introduisit en nous prenant Tun après l'autre par la main. Il distribua ensuite les rôles. Il remit le talisman entre les mains de son ami le nccromant, chargea les autres de veiller au feu et aux parfums, et enfin commença ses conjurations. Cette cérémonie dura plus d'une heure et demie. Le Colisée se remplit de légions d'esprits infernaux. Lorsque le prêtre vit qu'ils étaient assez nombreux, il se tourna vers moi, qui avais soin des parfums, et il me dit : « Benvenuto, demande-leur quelque chose.» Je répondis que je désirais qu'ils me réunissent à ma Sicilienne Angelica, Cette nuit-là, nous n'eûmes point de réponse; je fus néanmoins enchanté dece que j'avais vu. Le nécromant me dit qu'il fallait y retourner une seconde fois et que j'obtiendrais tout ce que je demanderais, pourvu que j'amenasse un jeune garçon qui eût sa virginité. Je choisis un de mes apprentis, âgé de douze ans environ, et je pris encore avec moi Vincenzio Romoli, et, de plus, un certain Agnolino Gaddi, qui était de nos amis. Dès que nous fûmes arrivés à l'endroit convenu, le nécromant procéda à ses apprêts avec autant et même plus de soin que la fois précédente. Puis, il nous introduisit dans le cercle qu'il avait tracé avec un art admirable et des cérémonies encore plus solennelles que les premières.

Il confia le soin des parfums et du feu à Vincenzio, qui fut assisté par Agnolino Gaddi, et il me mit en main le talisman, en me disant de le tourner vers les

endroits qu'il me désignerait. Mon Jeune apprenti était placé sous mon talisman. Le nécromant commença ses terribles évocations, appela par leur nom une multitude de chefs de légions infernales, et leur exprima des ordres en hébreu, en grec et en latin, au nom du Dieu incréé, vivant et éternel. Bientôt le Colisée fut rempli d'un nombre de démons cent fois plus considérable que la première fois. Vincenzio Romoli et Agnolino étaient occupés à attiser le feu et à brûler des parfums. Par le conseil du nécromant, je demandai de nouveau à me trouver avec Angelica. Le nécromant se tourna vers moi et me dit : « Ne les as-tu pas entendus f annoncer que dans un mois tu serais avec elle ?» Et il me pria de tenir ferme, parce qu'il y avait mille légions de plus qu'il n'en avait appelé. Il ajouta qu'elles étaient les plus dangereuses, et que, puisqu'elles avaient répondu à mes questions, il fallait les traiter avec douceur et les renvoyer tranquillement. D'un autre côté, l'enfant, qui était sous le talisman, s'écriait avec épouvante qu'il apercevait un million d'hommes terribles qui nous menaçaient, et quatre énormes géants, armés de pied en cap, qui semblaient vouloir entrer dans notre cercle. Pendant ce temps, le nécromant, tremblant de peur, essayait de les conjurer en prenant la voix la plus douce et la plus suave qu'il pouvait. Vincenzio Romoli, qui tremblait aussi comme la feuille, soignait les parfums. Mon effroi n'était pas moindre que le leur, mais j'essayais de le dissimuler, et je prodiguais toutes sortes d'encouragements à mes compagnons, bien qu'en vérité je me crusse mort, en voyant la terreur dont était saisi le nécromant. L'enfimt s'était fourré la tète entre ses genoux et criait : « Je veux mourir ainsi ! nous sommes morts ! » Je lui dis

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