‹ La vie de Benvenuto CelliniChapitre 97 sur 275 · LIVRE TROISIEME. Ì · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME. Ì

entière cl de tous ceux qui la voj'aient. Je demandai donc une pension et un logement à la Monnaie. Il me dit de m appliquer à le servir; qu'il me donnerait beaucoup plus que je ne réclamais. Il ajouta qu'il avait enjoint à Carlo Acciainoli, directeur de la Monnaie, de me payer tout Targent que j'exigerais. Cela était effectivement vrai; mais j'apportais une telle discrétion dans mes demandes, que toujours on restait me devoir quelque chose, d'après mon compte.

Je fis de nouveau des coins pour les jules. D'un côté je gravai un saint Jean de profil, assis, et tenant un livre à la main. Selon moi, je n'avais jamais rien produit d'aussi beau. Sur le revers étaient les armes du duc Alexandre. Je gravai ensuite pour les dcmi-jules une tête de saint Jean. Ce fut la première tête de face que l'on frappa sur une pièce d'argent si peu épaisse; mais ces difficultés ne sont comprises que par les gens du métier. Après les demi-jules j'exécutai des coins pour les écus d'or. D'un côté on y voyait une croix avec de petits chérubins, et de l'autre les armoiries de Son Excellence.

Dès que j'eus terminé ces quatre pièces, je priai le duc de me fixer ma pension et de me délivrer le logement de la Monnaie, si mon service lui était agréable. Il me répondit avec bonté qu'il était très content de moi, et qu'il donnerait des ordres à cet effet.

Pendant que je parlais, le duc était dans son gardemeuble, où il examinait une admirable escopette qu'on lui avait envoyée d'Allemagne. S'étant aperçu que je la regardais avec attention, il me la mit dans la main en me disant qu'il savait combien j'étais amateur d'armes, et que, pour arrhes de ce qu'il m'avait promis^ il me permettait de choisir dans son garde-meuble une arquebuse.

ailB VIE DE BENVENUTO CELLINI.

à l'exception de celle que je tenais, et il ajouta qu'il y en avait plusieurs aussi bonnes et plus belles que celle-là. J'acceptai et je le remerciai. Aussitôt je cherchai des yeux à mettre cette offre à profit.

Le duc, rayant remarqué, ordonna à l'officier de sa garde-robe, nommé Pretino de Lucques, de me laisser prendre tout ce que je voudrais; puis il se retira en m'adrcssantdes paroles fort gracieuses. Je restai et je choisis la plus belle et la meilleure arquebuse que j'eusse jamais vue et possédée : je l'emportai chez moi.

Deux jours après, j'allai montrer au duc quelques petits dessins qu'il m'avait demandés pour faire exécuter diflerents ouvrages en or qu'il désirait envo3'er à Naples à la duchesse sa femme. Je profitai de l'occasion pour rappeler au duc ses promesses. Il me répondit qu'il voulait auparavant que je lui gravasse un beau portrait, dans le genre de la médaille du pape Clément. Je commençai donc un modèle en cire. Son Excellence ordonna de m'introduirc près d'elle, quelle que fût l'heure à laquelle je me présentasse.

Comme je vis que mes affaires traînaient en longueur, je pris avec moi Pietro Pagolo, de Monte-Ritondo, qui déjà, dans son enfance, avait travaillé chez moi à Rome'. Il était alors chez un orfèvre, nommé Bernardonaccio*, qui ne le traitait pas très bien. Je l'enlevai donc à son maître, et je lui enseignai à graver les monnaies. Pen-

I. Pietro Paolo Galeotti est souvent cité par Vasari comme un des orfèvres et des graveurs les plus habiles de son temps. — Voy. Vasari, t. \I1I, p. 168; et t. IX, p. 7 et 309.

■2. Bernardo Baldini est mentionné par le Varchi (liv. XIV, p. 5-22) et par l'Ammirato, qui le vante beaucoup (liv. XXX, p. 394). Il fut directeur de la Monnaie de Florence depuis le i" septembre i5Go jusqu'à la fin du mois de février ibCn.

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