‹ La vie de Benvenuto CelliniChapitre 98 sur 275 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

diint ce tL'inps, je m'occupai du portrait du duc, que maintes fois je trouvai dormant avec son Lorenzino, qui plus tard Tassassina. J'étais fort étonné qu'un prince comme lui fut si contiani.

Querelle de Celliiii et ti'Otun iano de Médicis. — Le Revers de Lorenzino de Médicis.

Sur ces entrefaites, Ottaviano de Médicis, qui semblait diriger tout, fit mêler, dans la frappe des écus, mes coins à ceux de l'ancien maître de la Monnaie, Bastiano Genuini, homme de la vieille routine et de peu desavoir, qu'il voulait favoriser malgré le duc lui-même'. Je m'en plaignis à Son Excellence, qui, après avoir vérifié le fait, en fut très irritée et me dit : « Vas en parler à Ottaviano de Médicis, et montre-lui les pièces. » J'allai le trouver de suite; mais lorsque je lui eus exposé la manière dont il avait gâté mes belles monnaies, il me répondit stupidement : « Cela nous convient ainsi. » Je lui répliquai qu'il avait tort et que cela ne me convenait pas. « Et si cela plaisait au duc? reprit-il. — Eh bien! ripostai-je, cela ne me plairait pas à moi, car ce n'est ni juste ni raisonnable. » Là-dessus il m'enjoignit de me retirer, en ajoutant qu'il fallait que j'avalasse cette pilule, quand même je devrais en crever. Je retournai chez le duc, je lui racontai la scène fâcheuse qui s'était

I. Dans la préface de son Traité d'Orfèvrerie, Ccllini vante ce Bastiano comme un des hommes qui contribuèrent le plus aux progrès de l'art de la ciselure. — L. L.

passée entre Ottaviano de Médicis et moi, et je le suppliai de ne pas laisser gâter mes belles monnaies et de vouloir bien m'accordermon congé. « Ottaviano, s'écriat-il alors, est aussi par trop exigeant. Tu auras tout ce que tu voudras, car vraiment on se moque de moi. » Le même jour, c'était un jeudi, je reçus de Rome un ample sauf-conduit du pape, avec ordre de revenir promptement pour obtenir, à la fête de la Vierge d'août, la grâce de Thomicide que j'avais commis. Je me rendis chez le duc, que je trouvai au lit, attendu qu'il avait fait la débauche. Deux heures environ me suffirent pour terminer le modèle en cire de sa médaille. Il en fut très satisfait. Je lui montrai ensuite le sauf-conduit du pape, et je lui dis que, Sa Sainteté m'appelant pour exécuter divers ouvrages, j'allais regagner la belle ville de Rome, ce qui toutefois ne m'empêcherait pas de graver sa médaille. Le duc me dit alors d'un ton assez irrité : « Benvenuto, écoute-moi, ne pars pas, je t'allouerai une pension, je te donnerai le logement de la Monnaie et plus encore que tu ne saurais demander, car tu ne demandes que ce qui est juste et raisonnable. Et qui voudrais-tu qui me frappât les belles pièces que tu m'as faites? — Signore, lui répondis-je, on a pensé à tout. J'ai ici un jeune Romain, mon élève, que j'ai formé moimême. Il servira très bien Votre Excellence jusqu'à ce que je rentre à son service pour toujours. J'ai à Rome une boutique, des ouvriers et quelques affaires. Dès que j'aurai obtenu ma grâce, je laisserai tout à un de mes élèves, et alors, avec l'agrément de Votre Excellence, je reviendrai près d'elle. » Lorenzino de Médicis était le seul témoin de cet entretien. Plusieurs fois le duc l'engagea par signes à insister de son côté pour que je ne

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