‹ La vie de bohème (volume 2)Chapitre 24 sur 66 · I.A VIK DE KOIIKMF · texte numérisé non relu

I.A VIK DE KOIIKMF

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dresser ;\ la dame du comptoir mie pièce de vers dans laquelle il l'excite à l'oubli «le ses devoirs de mère <i d épouse : au désordre de son style, on a reconnu sue dette lettre avait été écrite sous l'influence pernicieuse de M. Rodolphe ol de sa littérature. lui conséquence, ci malgré le regret qu'il éprouve, le directeur de l'établissement se voit dans la nécessité de prier la société Colline de choisir un autre endroit pour y établir ses conférences révolutionnaires.

Gustave Colline, qui était le Cicéron de la bande, prii /a parole, el, ii priori, prouva au inailre du café que m^ doléances étaient ridicules et mal fondées; qu'on lui faisait grand honneur en choisissant son établissement pour en faire un loyer d'intelligence; que son départ et celui de ses amis causeraient la ruine île sa maison, élevée par leur présence à la hauteur de café artistique et littéraire.

— Mais, (lit. le maille du Oafé, VOUS et ceux qui \ieuuell1 Vous

voir, vous consommez si peu.

— Celte sobriété dont vous vous plaignez esl an argument en faveur de nos mœurs, répliqua Colline. Au reste, il ne lient qu'à vous que nous fassions une dépense plus considérable : il

suffira de nous ouvrir un compte.

— Nous fournirons le registre, dit Marcel.

Lé cafetier n'eut pas l'air d'entendre et demanda quelques éclaircissements à propos de la lettre incendiaire que Bergamî avait adressée ;\ sa femme. Rodolphe, accusé-d'avoir servi de secrétaire à cette passion illicite, s'innocenta avec vivacité.

— D'ailleurs, ajoûta-t-il, la vertu de Madame était une sûre barrière qui...

— Oh ! dit le cafetier avec un sourire d'orgueil, ma femme a été élevée à Saint-Denis.

Bref, Colline acheva de l'enferrer complètement dans les replis de son éloquence insidieuse, et tout s'arrangea sur la promesse que les quatre amis ne feraient plus leur café eux-mêmes, (pie l'établissement recevrait désormais le Castor gratis, que Phérnie, teinturière, mettrait un bonnet; que le trictrac serait abandonné à la société Bosquet, tous les dimanches de. midi à deux heures, et surtout qu'on ne demanderait pas de nouveaux crédits.

Tout alla bien pendant quelques jours.

La veille de Noël, les quatre amis arrivèrent au café accompagnés de leurs épouses.

11 y a mademoiselle Musette, mademoiselle Mimi. la nouvelle maîtresse de Rodolphe, une adorable créature dont la voix bruyante avait l'éclat des cymbales, et Phérnie. teinturière, l'idole de Sehaunard. Ce soir-là, Phérnie, teinturière, avait un bonnet. Quant à madame Colline, qu'on ne voyait jamais, (die était, comme toujours, restée chez elle, occupée à mettre des virgules aux manuscrits de son époux. Après le café qui fut, par extraordinaire, escorté d'un bataillon de petits verres, on

Voici un petit local où ma situation est plus nette, dit-il. j

Propriété 4e M. Calmons L*vj

flamande du punch. Peu habitué à ces grandes manières, le sarcon se lit répéter deux fois l'ordre. Phénue, .qui n avait jamais été au café, paraissait extasiée et ravie de boire dans des yen . es à patte. Marcel disputait Musette à propos d un chapeau neuf dont il suspectait l'origine. Mirai et Rodolphe, encore dans Ta lune de miel de leur ménage, avaient ensemble une causerie muette alternée d'étranges sonorités. Quant à Colline, d allait de femme en femme égrener avec une bouche en cœur toutes les galantes verroteries de style ramassées dans la collection de YAlmanach des Muses. . ...

Pendant que cette joyeuse compagnie se livrait ainsi aux

jeux et aux ris, un personnage étranger, assis au fond delà

Se à une table isolée, observait le spectacle anime qui se

passait devant lui avec des yeux dont le regard était étrange

P De mis quinze jours environ, il venait ainsi tous les soirs :

c'était de tous les consommateurs le seul qui avait pu résister

au vacarme effroyable que faisaient les bohémiens Les scies

l"s pu farouches l'avaient trouvé inébranlable; il restait là

toute h soirée, fumant sa pipe avec une régulante ma heraa-

Ke es veux fixes comme s'il gardait un trésor, et 1 oreille

Ae à tout ce qui se disait autour de lui. Au demeurant, il

rSssait doux et aisé, car il possédait une montre retenue en

esc vage dans sa poche par une chaîne d'or. Et un jour que

ESl Pétait rencontré avec lui au comptoir il 1 avait surpris

k ont louis nour naver sa consommation. Des ce mp-

Sïïfïï*^^" diluèrent sous le nom du capUaUste.

Tout à coup Sehaunard, qui avait la vue excellente, fit re-

rmrmier aue les verres étaient vides.

' ll'pù'b eu' dit Rodolphe, c'est aujourd'hui le réveillon; nous .nmméa tous bons chrétiens, il faut faire un extra.

Mi foToui fit Marcel; demandons des choses surnaturelles. - Colline, ajouta Rodolphe, sonne un peu le garçon. Colline agita la sonnette avec frénésie

fhi'allons-nous prendre ? dit Marcel.

Colline se courba en deux comme un arc, et dit en montrant

le8J.eS'à ces dames qu'il appartient de régler l'ordre et la

m!Ltoflî£îir£nt claquer sa bouche, je ne crain-

^KuM&Saraa Marcel, du Champagne, ce n'est pas

du vin, d'abord. " -•

T-.nt nis i aime ça, ça fait du biuit. Zmt dit' Mirai en câlinant Rodolphe d'un regard, ., aune mieux du beaune, dans un petit panier.

exeTçS mie iXl^particulic1,,.. Son amant fut foudroyé par ce mot.

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— Moi, dit Phémie, teinturière, en se faisant rebondir sur l'élastique divan, je voudrais bien du parfait amour. C'est bon pour l'estomac.

Schaunard articula d'une voix nasale quelques mots qui firent tressaillir Phémie sur sa base.

Ah ! bah ! «lit le premier Marcel, taisons pour cenl mille francs de dépense, une lois par hasard.

— Et puis, ajouta Rodolphe, le comptoir se plaint qu'on m' consomme pas assez. Il faut le plonger dans L'étonnement.

— Oui, dit Colline, livrons-nous à un festin splendide : «Tailleurs, nous devons a ces dames l'obéissance la plus passive,

l'amour vit de dévouement, le vin est le jus du plaisir, le plauù est le devoir de la jeunesse, les femmes Boni «les (leurs, on doit les arroser. Arrosons ! Garçon I garçon! El Colline se pendit au cordon de Bonnette avec une agitation fiévreuse.

Le garçon arriva, rapide comme les aquilons.

Quand il entendit parler de Champagne, et de heaune, et «le liqueurs diverses, sa physionomie exécuta toutes les gammes de la surprise.

— J'ai des trous dans l'estomac, dit Mimi, je prendrais bien du jambon.

— Et moi des sardines cl du beurre, ajouta Musette.

— Et moi des radis, lit Phémie, avec un peu de viande autour. . .

— Dites donc tout de suite que vous voulez souper, abus, reprit Marcel.

— Ça nous irait assez, reprirent les femmes.

— Garçon ! montez-nous ce qu'il faut pour souper, «lit Colline gravement.

Le garçon était devenu tricolore à force de surprise.

Il descendit lentement au comptoir, et (it part au maître du café des choses extraordinaires qu'on venait de lui demander.

Le cafetier crut que c'était une plaisanterie, mais à un nouvel appel de la sonnette, il monta lui-même et s'adressa à Colline, pour qui il avait une certaine estime. Colline lui expliqua qu'on devait célébrer chez lui la solennité du réveillon, et qu'il voulût bien faire servir ce qu'on lui avait demandé.

Le cafetier ne répondit rien, il s'en alla à reculons en faisant des nœuds à sa serviette. Pendant un quart d'heure il se consulta avec sa femme, et, grâce à l'éducation libérale qu'elle avait reçue à Saint-Denis, cette dame, qui avait un faible pour les beaux-arts et les belles-lettres, engagea son époux à faire servir le souper.

— Au fait, dit le cafetier, ils peuvent bien avoir de l'argent, une fois par hasard. Et il donna ordre au garçon de monter en haut tout ce qu'on lui demandait. Puis il s'abîma dans une partie de piquet avec un vieil abonné. Fatale imprudence !

Depuis dix heures jusqu'à minuit le garçon ne fit que monter et descendre les escaliers. A chaque instant on lui demandait

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des suppléments. Musette se faisait servir à l'anglaise et changeait de couvert à chaque bouchée ; Mimi buvait de tous les vins dans tous les verres ; Schaunard avait dans le gosier un Sahara inaltérable; Colline exécutait des feux croisés avec ses yeux, et, tout en coupant sa serviette avec ses dents, pinçait le pied de la table, qu'il prenait pour le genou de Phémie. Quant à Marcel et Rodolphe, ils ne quittaient point les étriers du sangfroid, et voyaient, non sans inquiétude, arriver l'heure du dénoûment.

Le personnage étranger considérait cette scène avec une curiosité grave ; de temps en temps on voyait sa bouche s'ouvrir comme pour un sourire ; puis on entendait un bruit pareil à celui d'une fenêtre qui grince en se fermant. C'était l'étranger qui riait en dedans.

A minuit moins un quart, la dame de comptoir envoya l'addition. Elle atteignait des hauteurs exagérées, 25 fr. 75 c.

— Voyons, dit Marcel, nous allons tirer au sort quel sera celui qui ira parlementer avec le cafetier. Ça va être grave.

On prit un jeu de dominos et on tira au plus gros dé.

Le sort désigna malheureusement Schaunard comme plénipotentiaire. Schaunard était excellent virtuose, mais mauvais diplomate. Il arriva justement au comptoir comme le cafetier venait de perdre avec son vieil habitué. Fléchissant sous la honte de trois capotes, Momus était d'une humeur massacrante, et, aux premières ouvertures de Schaunard, il entra dans une violente colère. Schaunard était bon musicien, mais il avait un caractère déplorable. Il répondit par des insolences à double détente. La querelle s'envenima, et le cafetier monta en haut signifier qu'on eût à le payer, sans quoi l'on ne sortirait pas. Colline essaya d'intervenir avec son éloquence modérée, mais en apercevant une serviette avec laquelle Colline avait fait de la charpie, la colère du cafetier redoubla, et, pour se garantir, il osa même porter une main profane sur le paletot noisette du philosophe et sur les pelisses des dames.

Un feu de peloton d'injures s'engagea entre les bohémiens et le maître de l'établissement.

Les trois femmes parlaient amourettes et chiffons.

Le personnage étranger se dérangeait de son impassibilité ; peu à peu il s'était levé, avait fait un pas, puis deux, et marchait comme une personne naturelle ; il s'avança près du cafetier, le prit à part et lui parla tout bas. Rodolphe et Marcel le suivaient du regard . Le cafetier sortit enfin en disant à l'étranger :

— Certainement que je consens, monsieur Rarbemuche, certainement ; arrangez-vous avec eux.

M. Barbemuche retourna à sa table pour prendre son chapeau, le mit sur sa tête, fit une conversion à droite, et, en trois pas, arriva près de Rodolphe et de Marcel, ôta son chapeau, s'inclina devant les hommes, envoya un salut aux dames, lira son mouchoir, se moucha et prit la parole d'une voix timide :

lis

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