DEUXIEME PARTIE
C'était à Moulins-sur-Allier, à deux heures de l'après-midi, en la chambre des notaires.
Dans une pièce assez vaste du rez-dechaussée, le notaire chargé de la vente du château et du domaine de la Dague occupait le fauteuil, sur une estrade derrière un bureau de chêne neuf, découvrant le bus(e opulent do cet officier ministériel. Sa chemise à petits plis était serrée au col par l'inévitable cravate blanche et boufîait outre mesure par dessous un gilet en cœur, de satin noir.
Contrairement à la vieille tradition, le notaire portait toute sa barbe, qui était d'un
noir de jais, el son front offrait l'image d'un genou poli comme l'ivoire.
Dans son œil demi-clos flottait la satisfaclion d'instrumenter pour une adjudication de pareille importance. Il lui semblait que c'élait lui qui jouait avec le demi-million de la mise à prix, lorsqu'en réalité l'issue des enchères lui était parfaitement inconnue.
L'aboyeur, qui allume les feux et qui les regarde s'éteindre, occupait un autre bureau à droite du notaire, et, non moins pénétré de l'importance de son rôle, il s'apprêtait à faire jouir le public des sons de sa voix aigrelette et compassée.
Le public se composait, à la gauche du notaire instrumenteur, de ses confrères debout sous la porte ouverte de leur cabinet réservé, puis d'un certain nombre de curieux et d'intéressés, serrés comme des harengs sur les banquettes en fer à cheval qui servaient de clôture au prétoire. Par derrière, la vile multitude devenait de plus en plus épaisse, faisant déjà régner dans la salle cette atmos-
MAUCELLF. 81
phère nauséabonde caractérislique do l'humanité mâle, partout où elle se réunit sans triage et, par conséquent, sans parfum.
Vers deux heures et demie, il s'établit un grand silence; M* Ballais annonr-ait dans les formes d'usage l'adjudication qui allait se faire et dont les affiches jaune serin, collées aux portes, contenaient d'ailleurs tous les détails.
M. de Crosne et M. de Valigny étaient assis à l'extrémité d'une banquette, ayant en face d'eux, debout, le notaire de M, de Valigny, chargé d'épier les moindres signes que lui ferait l'ex-magistrat et de les traduire par des enchères.
Le premier feu s'éteignit dans le silence; mais les amateurs se comptèrent sur le suivant.
Les chiffres articulés se croisèrent alors sans relâche. On arriva en quelques secondes de quatre cent cinquante h quatre cent ({uatre-vingt raille francs.
Le moment devenait solennel. Le notaire
82 MAPxCELLE
de iM. de Valigiiy rcgai-dait lixemenl M. de Grôsne, qui leva un doigt. Aussitôt l'enchère de quatre cent quatre-vingt mille francs l'ut couverte. L'ascension fut rapide, de quatre cent quatre-vingt mille à quatre cent quatrevingt-quinze mille francs, \M. de Grôsne tenait la corde. Nul ne parlait plus. Il semblait que ce fût le chiffre final.
Le troisième feu allait s'éteindre et M° Ballais adjuger. Tout à coup un notaire, qui avait gardé jusqu'alors une immobilité et un silence de sphinx, je! a une enchère de cinq mille francs, et M. de Grôsne consulta M. de Valigny d'un coup d'œil rapide.
— Ginq cent-un mille francs! murmura M. de Grôsne.
— Ginq cent-un mille cinq cents francs, riposta le notaire qui avait porté l'enchère précédente.
Et M^ Ballais prononça le sacramentel :
— Adjugé pour la somme de cinq cent-un mille cinq cents francs!
Qui était l'adjudicataire?
La déclaration fit savoir que c'était M. Hyacinthe Verchères, dessinateur de la fabrique de Couleuvre qui ne possédait, au su de tous, que ses trois mille francs d'appointements et )e modeste produit de l'épicerie tenue par sa femme.
Cette nouvelle extraordinaire fit le tour du département en quelques jours.
Elle tomba, dès le lendemain, à Couleuvre comme la foudre. Tout le monde se mit à saluer Verchères à quarante pas, sur les chemins.
Quant à lui, il était aussi modeste, aussi sérieux, mais un peu plus pâle que de coutume. Il craignait peut-être d'avoir commis une sottise, bien qu'il eût désormais le moyen de la payer.
Quels faits avaient pu modifier ses conclusions? Quelle influence avait bouleversé sa volonté? La seule personne qui pouvait le dire se taisait.
Quant à la famille de Crosne, qui s'était rendue à Moulins avec M. de Vahgny, la
Dogue lui échappait. Marcelle ne manifesta pas la joie que l'on pouvait augurer de son horreur première pour « un cloaque. » M. de Ca'ôsne fut plus triste qu'elle, car, en peu de jours la mutuelle sympathie des deux pères de famille s'était accentuée et fortifiée.
Le magistrat démissionnaire s'était arrêté, dans cet encan, devant des considérations impérieuses de prudence. Etonné, effrayé même pour un homme, dans la condition pécuniaire de Verchères, de la hardiesse, de la foHe apparente qu'il venait de commettre, il pensa que, peut-être, le dessinateur serait disposé à revendre la Dague à l'amiable, mais le notaire de Verchères, consulté, répondit que toute proposition de ce genre serait inutile.
Les de Crosne repartirent pour Avreuil.
Ils y passèrent encore deux ou trois jours à la prière instante de leurs amis.
M. de Crosne laissa à M, de Valigny des instructions secrètes pour le cas où les choses changeraient de face.
Mais, quand on sut que Verchères avait versé les cinquante et quelques mille francs de droits de mutation, on comprit qu'il était en mesure de solder le reste.
Nul ne pouvait expliquer cette soudaine fortune. Le patron de Verchères lui avait accordé d'accompagner Marie-Louise à Moulins. Verchères avait résilié le bail du magasin de modes, sans s'obsliner à céder le fonds, afin de voir sa fille plus tôt affranchie. Puis il était revenu à Couleuvre et y avait repris sa blouse d'atelier et ses travaux. Quand le patron lui demanda s'il était vrai qu'il eût acheté la Dague, Verchères lui répondit qu'il avait placé ainsi les fonds d'un héritage inattendu ; mais il n'entra dans aucun détail. Il annonça seulement l'intention de conserver jusqu'à nouvel ordre son modeste emploi.
Les insistances, les traquenards de la curiosité jalouse des provinciaux furent employés en pure perte. Verchères n'alla plus lire le journal de Moulins à l'auberge de
8tj MARCELLE
Couleuvre, poui' s'alTrancliir une bonne ibis de l'obsession des indiscrets.
A riieure même où ^l. de Crosne allait, dans la patache de M. de Valigny, regagner Lurcy avec M""^ Damiret et Marcelle, Rodolphe, comme il arrive aux gens peu communicatifs, demanda seulement alors à son père la faculté de prolonger d'un mois son séjour en Bourbonnais.
A la famille de Valigny, il demanda la permission de visiter souvent xVvreuil; mais il avait élu déjà — mentalement — domicile chez le meunier de l'étang Billot, site délicieux des environs de Lurcy, à la limite du bois deSoussarin; le Moulin, qui lorjenit ùpied et il cheval, pouvait bien loger Piodolphe à pied.
M""^ de Valigny déclara aimablement à Rodolphe que la porte d'Avreuil lui serait irrévocablement fermée, s'il la franchissait pour élire domicile ailleurs.
Le pauvre rêveur esquissa un sourire, le premier peut-être depuis son séjour au château.
— N'est-ce pas que j'ai raison? demanda ]^jme jg Valigny à son mari.
— Vous avez cent fois raison ! firent à l'unisson M. de Valigny et Jacques.
— Tu le vois, Rodolphe, c'est à prendre ou à laisser ! La cho^e est jugée, il n'y a pas à y revenir; nous serions battus en appel! conclut M. de Crosne, se ressouvenant de son ancien jargon professionnel.
Piodolphe céda^ remercia avec effusion et eut un nouveau sourire.
— C'est moi qui vous remercie ! lit Jacques. Et il lui donna une cordiale poignée de
main.
Quand les châtelains d'Avreuil eurent embarqué à Lurcy la famille de Crosne, dans la voiture publique de la Guerche, où elle devait rencontrer le train deNevers à Paris, et comme il revenait à Avreuil avec Piodolphe :
— Voici ce qui vous a séduit ! dit Jacques, en suivant avec son ami la chaussée de l'étang Billot.
Et en prononrant ces mots il désignait à Piodolphe les masures pittoresques du moulin et cette flaque d'eau d'une pureté telle que les taillis du Soussarin s'y reflétaient positivement comme dans un miroir.
— Oui! murmura Rodolphe à mi-voix.
— Eh! reprit Jacques, ne craignez rien, cher ami, nous v reviendrons souvent
Pendant les jours qui avaient suivi la scène de l'étang, Marcelle avait modifié du tout au tout son humeur et sa manière d'être vis-àvis de Jacques ; elle affecta de lui témoigner une sorte de déférence attentive et presqu'attendrie. Elle bannit avec soin de sa conversation toute allusion même éloignée à la personne qu'elle considérait comme sa rivale. Tout au plus se permit-elle de demander à Jacques si le carnet en maroquin ramassé par elle dans le bateau renfermait des croquis dont elle pût prendre connaissance. Jacques y avait recueilli des pensées de son père. Il le tira de sa poche et le lendit à Mar-
celle incontinent, en la priant de le conserver jusqu'au lendemain ; ce qu'elle fit.
Quand elle le lui rendit, elle remercia Jacques sans ajouter aucune réflexion. Il ne songea point au premier moment qu'elle pouvait y avoir écrit quelque chose à son tour.
Le matin du départ, en faisant avec lui une dernière promenade, dans le parc d'Avreuil, Marcelle dit à Jacques :
— Nous allons nous séparer. Je ne sais pourquoi, nous nous sommes plus ou moins, vous et moi, conformés à cette habitude consacrée par les romans, qui veut qu'une jeune fille et un jeune homme ne puissent se rencontrer, dans un séjour accidentel à la campagne,sans ébaucher une idylle sentimentale. Nous aurions dû tout simplement soutenir des rapports de courtoisie et de bienveillance, sans nous lancer dans de petites scènes mélodramatiques qui ne devaient aboutir à rien. Ce n'est du reste pas vous, monsieur Jacques, qui avez pris l'initiative de ces choses; c'est moi, par mes boutades, et par les ques-
tions déplacées et indiscrètes que je me suis permis de vous poser. Ce sont donc, tout platement, des excuses que je vous fais. J'aime mieux vous laisser le souvenir d'une petite étourdie qui s'humilie et qui se repent, que celui d'une évaporée indifférente, par égoïsme, à la peine qu'elle vous a faite. Ainsi, séparons-nous sans attendrissement, mais en bons camarades!...
En prononçant les mots & sans attendrissement «, Marcelle affectait encore la gaieté d'une sceptique; mais il sembla à Jacques qu'elle était, au contraire, assez émue. Gomme il n'avait aucune fatuité, il prit cette émotion du départ pour le simple mouvement d'un bon cœur, et il la partageait d'ailleurs lui-même. Il répondit très aimablement au petit discours de Marcelle, et très brièvement aussi, car il se sentait prêt à pleurer.
A compter de ce moment, ils ne se dirent plus un seul mot. Montée dans la patache avec M. de Grôsne, M'"^ Damiret et M. de Yaligny, Marcelle n'eut plus l'occasion
d'échanger, d'Avreuil à Lurcy, autre chose que des regards avec Jacques, qui escortait la voiture à cheval , en compagnie de Rodolphe. A Lurcy, il n'y avait pas de temps à perdre, car la voiture publique était au moment de s'ébranler.
M. de Valigny, Jacques et Rodolphe, ayant salué les voyageurs pour la dernière fois, entrèrent un moment à l'auberge de la mère Sylvestre, pendant que les chevaux se reposaient. La vie provinciale, après ce départ des Parisiens, recouvrait sa monotone placidité.
A peine Rodolphe était-il remonté dans la chambre qu'il occupait à Avreuil, que Jacques entra chez lui, et lui dit à brûle-pourpoint :
— Eh bien ! causons à présent, ce qui ne nous est jamais arrivé, comme je l'aurais voulu !
Il est de fait que jusqu'à ce jour toute la part que Rodolphe avait prise aux conversations tenues autour de lui s'était bornée à de simples monosyllabes, accompagnés do
jeux de physionomie plus ou moins expressifs.
. Jacques avait supposé que cette amicale sommation arracherait peut-être le taciturne rêveur à son mutisme coutumier.
11 ne s'était point trompé. Rodolphe regarda Jacques comme pour scruter encore une fois sa physionomie franche et spirituelle, puis il lui dit :
— Sommes-nous bien positivement seuls ici?
Jamais peut-être depuis que les deux jeunes gens se connaissaient , une phrase aussi longue n'était sortie de la bouche de Rodolphe.
Jacques tressaillit de surprise, mais, se dominant, il reprit :
— A la réserve des rats qui galopent dans le grenier au-dessus de nos têtes et des hirondelles, qui nichent dans la cheminée, nous sommes absolument seuls dans cette aile de bâtiment.
— En ce cas, je vais parler, je vais vous
Ôt MARCELLE
ouvrir mon cœur, car je ne suis pas moins loquace qu'un autre.
— Gomment donc?... Puis-je savoir?...
Mais alors pourquoi ce long silence? Pourquoi ce mystère?
— Oui, toutes ces questions se pressent dans votre esprit et sur vos lèvres ! Je le comprends, mais vous allez tout savoir. J'ai voulu qu'on me prit pour un homme qui n'entendait rien, qui ne voyait rien de ce qui se passait autour de lui, pour un pauvre fou consumant son existence à broyer du noir; j'étais même arrivé à force de volonté à donner à mon regard cette espèce d'atonie qui me faisait prendre pour quelqu'un dont les facultés mentales se déséquilibraient de jour en jour. Je pensais qu'on finirait par parler devant moi, comme on parle devant un sourd. C'est ce qui est arrivé. Dans un intérêt primant tous les autres, je voulais découvrir certaines vérités, car la vie a ses petits mystères!... Mais attendez, pour me condamner, de m'avoir entendu !
Rodolphe avait rougi, en articulant ces paroles, car il sentait parfaitement l'analogie qui existait entre le rôle qu'il s'était donné et celui d'un homme qui écoute aux portes.
Jacques y songeait précisément. Puis il cherchait dans ses souvenirs ce qu'il avait pu dire de Rodolphe devant Rodolphe, quand il le croyait si loin de la terre.
Ce rapide examen fait, sa conscience ne lui révéla rien. Toutefois sa conversation orageuse avec Marcelle, au retour de la Dague, avait eu lieu en présence de Rodolphe; mais Marcelle avait seule parlé imprudemment de son frère et de son père et de sa tante. Jacques l'en avait blâmée franchement, mais sans rien dire de blessant pour ces trois personnes, au contraire!
— Eh jjien, répondit-il à son nouvel ami, racontez-moi cette histoire extraordinaire.
— En peu de temps, commença le jeune de Grôsne, j'ai appris b vous connaître; voilà pourquoi je vous ouvre mon âme. Je vous tiens en estime particulière. Je vous crois
capable de me comprendre et de me seconder dans mes desseins...
— Pardon, interrompit Jacques, si cette estime s'étendait ici à tous ceux qui la méritent, vous vous ouvririez aussi à mes parents...
— Loyale et bonne parole ! Je l'attendais... Mais songez que, si j'enfreignais ma réserve vis-à-vis d'eux, ils me demanderaient à leur tour la cause de mon silence vis-à-vis de ma sœur, de mon père, de ma tante! Eh bien, je ne pourrais leur répondre, quant à présent... maligne de conduite ne souffrant qu'une exception, en raison des confidences que j'ai à vous faire. Admettez qu'il s'agisse d'une confession et que vous soyez le confesseur : voilà tout.
— Continuez, fit Jacques avec résignation.
— Vous me tiendrez le secret jusqu'à ce que je vous relève de la parole d'honneur que je vous demande... Voici : je ne suis pas le fils de M. de Crosne, et je ne suis pas le
frère de Marcelle, bien qu'elle se croie ma sœur !
C'est à celte découverte tardive, faite seulement à la faveur de mon mensonge, que je dois les sentiments meilleurs dont je suis aujourd'hui animé. A ce mensonge, je suis redevable encore de mon expérience des hommes et des choses : car il m'a fait voir à nu les caractères fourbes et les caractères droits, le dessus et le dessous des objets...
J'ai commencé, — me croyant en possession légitime et indiscutable des avantages sociaux dont je jouissais, — par être, à l'exemple de tant de polissons et de petits crevés, un fils négligent, égoïste, irrespectueux, indigne!... Je tirais, comme mes pareils, sur une corde que je croyais ne point pouvoir rompre. J'ai été débauché avant l'âge, paresseux quand j'aurais dû travailler et m'instruire, dépensier d'un argent qui n'était pas le mien, mais croyant escompter simplement ma fortune future. J'ai fait des dettes, commis des indélicatesses, pensant user du droit
qu'a tout fils de famille... de se faire donner après quelques frasques, un conseil judiciaire; car c'est là une des sottises dont j'ai toujours entendu se vanter les camarades assez sots pour avoir encouru leur interdiction. La bêtise humaine est ainsi!... Je n'en étais pas moins imbu de ma supériorité. Je me croyais exempt de préjugés, libre-penseur, voilà tout !
Quand notre mère, M""" de Crosne, mourut, j'avais usé à douze ans ou découragé tous mes répétiteurs et mes maîtres. La tante Damiret ne pouvait se constituer mon gouverneur et mon professeur, Je fus mis au collège comme interne. Ce frein me déchirait la bouche. J'usai de l'ascendant que j'avais sur ma pauvre petite Marcelle, pour lui persuader que cette mesure dont M""' Damiret avait pris l'initiative, était de la plus noire scélératesse. Marcelle le croit encore. Elle a pu vous le dire ?
— Le mot est fort! répliqua Jacques, mais enfin...
— M''^ de Crosne a conservé de son entrée au couvent et de mon entrée au collège... quelque ressentiment. Au collège, je me liai de préférence avec les plus mauvais sujets. Je faillis être chassé. J'y introduisais de mauvais livres. M. de Crùsne, pour m'épargner le renvoi, tache aussi indélébile, ou peu s'en faut, qu'une condamnation en correctionnelle, s'interposa auprès du proviseur. Il y mit le même feu que pour soutenir le pourvoi d'un condamné à mort. Il y réussit. Je ne le remerciai point. J'aurai mieux aimé le renvoi! En même temps que je parlais de ma famille avec la même irrévérence que de nos maîtres, j'écrivais à Î\I. de Crosne des lettres d'injures. Il le supportait, comme l'œuvre d'un fou, d'un véritable aliéné. Il puisait sa palience dans sa piété, d'une part, puis aussi dans le sentiment de sa force; il n'avait, pour me confondre, qu'un mot à me dire : « Je t'ai recueilli ot traité en fils, par charité! »
Par pitié pour moi, par conliance dans un
amendement, qui ne se déclarait pas, il ajournait celte cruelle exécution. Cependant un jour, il sut par un tiers indiscret et bavard, que j'avais dit de lui; « Ce monsieur ]Q ne l'aime pas, mais la Damiret je la déteste! Je ne les supporte que pour leur extorquer de l'argent! » J'avais seize ans, quand je tins publiquement ce joli propos. M. de Crosne me fit appeler et me demanda si j'avais dit pareille chose. Je niai.
« — Tant mieux, me dit-il, car, si tu l'avais tenu, je te ferais connaître une particularité que tu ignores... »
J'insistai pour l'apprendre quand même. Il fut muet, et me congédia froidement.
J'échouai au baccalauréat, mais M. de Crosne avait décidé que je serais bachelier. Il me força à le devenir, en intéressant ma vanité et l'amour-propre de mes maîtres à ce sujet. Puis il fut question de Saint-Cyr.
J'aimai mieux m'engager.
Savez-vous où j'ai découvert, pour la première fois, la vie telle qu'elle est? Sur un
MAHGELLE 101
champ de bataille!... La discipline avait sinon modifié, du moins subjugué mon humeur impatiente de toute autorité. Le spectacle de la mort et des mourants lit le reste. C'est la mort qui m'a donné les premières leçons de savoir-vivre! Chose étrange! mon caractère se trempa soudainement. Les croyances religieuses, dont je riais, en ne permettant à M. de Crosne de conserver les siennes, <[u'à la condition de n'en parler jamais devant moi, ces croyances tirent entendre à mon cœur leur voix majestueuse au milieu de la fusillade. Il m'a suffi de voir une sœur de charité à genoux auprès d'un soldat mourant, dont elle soulevait la tète pour lui donner à boire, et à qui elle offrait son crucifix à baiser, puis de voir le pauvre pioupiou contempler avec ferveur l'image de cet autre moribond qui a régénéré le monde, il m'a suffi de cela pour rappeler à ma mémoire les paroles du Pater! Je le récitais mentalement au premier coup de feu, et je bataillais avec insouciance le reste du temps. J'avais com-
mencé par braver la mort pour la galei-ie. Maintenant je la méprisais par résignation à la volonté de Dieu, et j'étais calmé.
Je commençai dès lors à distinguer les hommes de valeur des viveurs et des vantards, et à priser la distinction réelle plus que la coupe du vêtement, en un mot je devins homme. Mais la paix étant détinitivement signée, je fus pris soudain d'une grande lassitude. Autant la vie militaire m'avait plu dans ses belliqueux hasards, dans ce qu'elle a d'aventureux et de grandiose, autant j'éprouvais de dégoût pour la vie monotone et plate de garnison. Je fis un coup de tète. Je démissionnai. Je rentrai dans mes foyers, c'est-à-dire que je repris ma place auprès de mes hôtes. Quelque bon motif qu'eût pu invoquer pour me négliger désormais l'homme excellent dont j'avais méconnu la bonté, je le retrouvai plus affectueux, plus dévoué quo jamais! J'étais, il est vrai, bien changé! Il vit cela sans doute, de prime abord; car il redevint expansif, comme il avait commencé
par l'être avec moi, quand j'étais tout enfant. Avec quelle patience souriante, il multipliait ses efforts pour me dérider, pour arriver à me sortir du mutisme systématique que je m'étais imposé!
J'avais conservé da fiel contre certains de ses agissements d'autrefois. Mon ingratitude lui avait donné, à mes yeux, des torts chimériques. J'étais jaloux aussi de Marcelle,^ et je continuais à haïr la tanlo Damiret, bonne personne au fond, mais acerbe et sèche avec moi, non sans cause!...
Sommetoute.j'étaispour jamais à la charge de ma famille; je n'avais d'autre avenir qu'une vie sans but ni plan arrêté!
Un être infâme, une femme que je ne veux pas nommer, et qui m'avait perdu moralement dès l'adolescence, m'avait fait croire que j'avais été frustré de la fortune de ma défunte mère, au profit de Marcelle...
Que peut-on croire de bon et de bien quand on ne croit pas en Dieu? Je n'accusais Marcelle de rien; mais je la croyais l'objet d'une
104 MAltCELLE
préférence de la part de notre père et d'une injustice à mon détriment. Elle méritait bien d'ailleurs la préférence, tandis que moi j'avais mérité la haine de ma famille et presque son mépris!... Mais je vous lasse peut-être, Jacques, par la longueur de mon autobiographie, qui n'est certes point celle d'un héros?
— Au degré d'intérêt où vous m'avez conduit, Rodolphe, je ne voudrais rien perdre de ce qui vous reste à me dire!
— J'achève donc... Je continuai à jouer mon rôle de muet avec une extraordinaire patience. Chaque jour j'accentuais davantage la note; maintenant je ne répondais même plus aux questions que l'on me posait. Je passais des heures entières à fixer les yeux sur un point déterminé de la pièce où je me trouvais. Ce singulier état pathologique inquiéta d'abord vivement iM. de Crosne; il consulta plusieurs célébrités médicales. Le cas leur parut tout à fait nouveau, mais peu grave. On conseilla les exercices physiques, la promenade, les voyages, 1^ changement
d'air. Et c'est là certainement une des causes qui ont déterminé M. de Crosne à faire acquisition d'une propriété en ces parages.
L'essentiel pour moi, c'était que l'on fmit par me regarder comme étranger à toute conversation tenue devant moi. A la faveur de ce subterfuge, j'entendis un jour Marcelle parler très sérieusement à son père de doubler ma dot aux dépens de la sienne, afin de me permettre de multiplier mes voyages, puisque c'était là le fond du régime médical qui m'était prescrit. Cette proposition de ma sœur toucha M. de Crosne jusqu'aux larmes. Il la combattit par des motifs que j'aurais allégués moi même, si l'on m'avait consulté.
Mais le motif que M. de Crosne n'invoqua point devant elle, il l'invoqua en faisant part à sa 'sœur de la belle conduite de Marcelle, en cette occasion. Quel était-il? Ecoutez, Jacques, écoutez ces simples paroles dont pas une ne s'est effacée de mon souvenir :
« — Quand mon frère, en mourant, dit M. de Crosne, me légua un enfant naturel
qu'il avait reconnu, sans déclarer le nom de sa mère, tu sais qu'il me fit promettre de traiter son fils comme s'il était le mien? Rodolphe avait quatre ans. Marcelle n'était pas née. Tu comprends, ma sœur, que, si j'avais commis l'imprudence de dire au petit entant ce que j'étais pour lui, je me serais préparé une difiicullé pour l'élever côte à côte avec ma fille, si Dieu m'en accordait jamais une. Et puis, pour son bonheur à lui, j'aimais mieux qu'il me crût son père! N'avais-je pas promis à mon frère de traiter le pauvre petit comme mon propre enfant? De cette façon l'inconvénient d'élever une jeune fille et un jeune homme étranger, sous le même toit, a été conjuré. Ptodolphe m'a appelé papa.
Est-ce qu'on peut priver un enfant de la joie d'appeler quelqu'un papa? Non!* Eh bien, j'ai été fidèle à ma résolution. Entre Marcelle et Ptodolphe, ce fut toujours part à deux. Mon frère n'avait laissé que des dettes ! Je les ai éteintes. Père d'une fille unique, je pourrais disposer de la quotité disponible,
soit de la moitié en laveur de Rodolphe, mais je ne puis pourtant l'avantager aux dépens de Marcelle? Ce serait une injustice criante, le monde renversé 1 »
La tante Damiret se rangea à l'opinion de son frère; mais sans l'ombre d'une allusion aux mauvais sentiments que j'avais si souvent marqués à son égard, ni aux ennuis de toute espèce que je lui avais causés depuis mon enfance! Si jamais elle avait eu de l'animosité contre moi, celte aversion était tombée devant une conversion et ma disgrâce. La femme acariâtre était au fond la droiture et la bonté mêmes. Oui, Jacques, voilà les caractères que j'avais méconnus et calomniés !...
— Je suis plus touché de ce que je viens d'entendre, que je ne saurais le dire, répondit Jacques. Mais dans quel but vous accusez-vous aujourd'hui de fautes largement réparées? Pourquoi le faire devant moi? Vous m'avez dit au début avoir un dessein que je pourrais favoriser : quel est-il? Votre prolongement de séjour en ce pays se rapporte-t-iJ
à ce projet? Parlez-moi du reste à cœur ouvert!
— Jacques, reprit Rodolphe, qui s'était attendu à cette question, connaissez maintenant ma pensée toute entière! J'ai cru voir que Marcelle a du penchant pour vous. Il me semble aussi qu'elle ne vous est pas indifférente. L'acquisition de la Dague par M. de Crosne nous aurait rendus voisins de campagne, et alors la mutuelle inclination que je supposé aurait amené tout naturellement... ce que je souhaite pour le bonheur de ma sœur, ou de ma cousine, comme il vous plaira de l'appeler. Mais la perte de la Dague ne brisera pas nos relations, je l'espère ! ... Il y a d'autres propriétés fort belles et fort attrayantes dans le pays bourbonnais. C'est pour les étudier que j'ai voulu passer encore un mois ici. Et voici mon plan : je vous ai fait connaître ma triste histoire, alin que vous n'eussiez pas à l'apprendre par d'autres. Ces aveux, quand ils sont tardifs, ont l'air d'une médecine que la famille où l'on entre vous
donne à avaler, quand le Champagne de la noce mousse déjà dans les verres... J'ai donc voulu ne vous laisser aucune surprise désagréable, pour le cas où Marcelle vous plairait. Et puis, loyalement, je devais vous dire aussi : Je n'ai aucun droit sur la fortune de Marcelle et, dès à présent, en retour des bienfaits dont m'a comblé la famille de Crosne, je répudie, en faveur de Marcelle, cette quotité disponible, cette moitié qui m'est destinée et qui n'est point à moi. Sachant donc par quel scrupule je la répudie, mon cher Jacques, vous voudrez m'aider à trouver une occupation me permettant de vivre de mon travail et de restituer à Marcelle, un jour à venir, tout ce dont, par un sentiment de bonté , M. de Crosne s'est déjà dépouillé et l'a dépouillée en ma faveur. M. de Crosne a payé les dettes de mon père, payé mon éducation, payé mes sottises... Je lui suis redevable, sous ces divers chefs, de plus de cent mille francs!
11 fut aisé à Jacques de Valigny de répon-
dre à cette noble et délicate pensée de son nouvel ami par une effusion que son cœur lui dictait; mais par un scrupule pareil à ceux de Rodolphe, il ne put rien dire de ses sentiments à l'égard de Marcelle; car, en avouant qu'il l'aimait et qu'il avait songé à sa main, il aurait altéré ou compromis la vérité.
Plus que jamais, il hésitait devant un projet de mariage avec M"" de Crosne ou avec toute autre, parce qu'il aimait Marie-Louise à présent autant qu'il l'avait aimée autrefois.
Il blâma, en thèse générale, l'excès de désintéressement et lesscin^pules de Rodolphe, et il évita de lui dire quelles étaient ses dispositions à l'égard de Marcelle; il les ignorait lui-même !
Il fut si réservé sur ce sujet que R.odolphe lui dit tout à coup :
— J'ai bâti follement peut-être un château de cartes en vous attribuant, pour ma sœur, des sentiments de sympathie analogues à ceux que je ressens pour vous. Mais n'imaginez pas que j'aie accepté jamais la mission
de VOUS proposer un mariage! J'ai voulu seulement, dans toute éventualité, vous faire connaître la vérité sur Marcelle, sur sa réelle position de fortune, sur moi...
— Je l'entends bien ainsi, répondit Jacques, mais cette conversation ne pourra en tout cas être reprise entre nous, qu'autant que vous renoncerez à enrichir désormais M"^ de Crosne à vos dépens ! Que penseraitelle de moi, si j'acceptais votre offre? Elle me mépriserait, et elle aurait raison ! Vous n'aviez donc pas songé à cela?...
— Le temps des feintes est passé, mon ami ; la comédie du mutisme a fini son temps. Marcelle doit savoir, sans plus tarder, que je ne suis pas son frère. De même, il est tout naturel qu'elle sache, du vivant de son père et de sa tante, que, me considérant comme indigne de leurs bontés, je repousse leurs bienfaits...
— Eh bien, nous chercherons ensemble le moyen de concilier tout cela. Pour le présent, laissez-moi le temps d'y réfléchir
Dès leur arrivée à Paris, M. de Crosne écrivit à M. de Valigny et Marcelle, à la châtelaine d'Avreuil, pour les remercier de leur hospitalité.
Rodolphe reçut aussi de Marcelle une lettre qui contenait en post-scriptum ces quelques mots :
« ]\Ion cher frère, tu vas me trouver aussi étourdie que do cou tume ; j e m'aperçois qu'une bague (une topaze brûlée, avec des perles alentour) que tu m'avais donnée pour ma fête, a disparu de mon écrin. Ne l'ayant, en Bourbonnais, portée qu'une fois, je n'ai pu, tout compte fait, la perdre qu'à la Dague et dans la circonstance suivante : Avant voulu
me laver les mains, après une cueillette de fleurs, dans le parterre abandonné de celte thébaïde, je ne songeai pas que j'avais ladite topaze au doigt. Je remis précipitamment mes gants, pour sauter en selle, et voilà sans doute l'explication de cette perte, qui m'est sensible à cause de toi. Sauve ma topaze, sauve ma topaze, sauve ma topaze, dusses-tu la reprendre au doigt de la diva Ghabagnot, dans le cas où, devenue adjudicataire de la Dague, elle aurait cru que cette bague errante faisait partie de la batterie de cuisine! »
Rodolphe montra imprudemment la lettre de Marcelle à Jacques, qui fut profondément blessé de la dernière phrase relative à Marie- Louise, mais qui dissimula cette mortification.
Cependant Rodolphe annonçait l'intention de partir sur-le-champ pour la Dague. Il demanda un cheval, sans oser prier Jacques de l'accompagner; mais, à tout événement et pour empêcher que Verchères, s'il se trouvait à la Dague, ne reçut de la réclamation de
Rodolphe quelque intime froissement, Jacques fit seller deux chevaux, au lieu d'un, et il partit avec Rodolphe.
Et puis Jacques était-il bien sûr, lui-même, que la possibilité d'entrevoir Marie-Louise une fois encore ne fût pour rien dans sa détermination?
En arrivant à la Dague, les deux cavaliers trouvèrent la grille fermée comme au temps où il n'y avait point de propriétaire. Mais, en y regardant mieux, ils virent dans un nngle de la cour, Verchères, en blouse, occupé à arracher de mauvaises herbes.
Au bruit que fit Rodolphe en cherchant à manier le bouton de la grille, Verchères tourna la tète, mais il n'avait jamais vu Rodolphe. Et comme Jacques se tenait à fécart., dissimulé par un des pilastres de l'entrée et par la haie, il crut n'avoir à répondre qu'à un passant inconnu.
Verchères marcha vers la grille.
Rodolphe, le chapeau à la main, se nomma et expliqua poliment l'objet de sa visite.
llù MAKCKLLE
— Près d'un lavabo que je puis vous désigner, monsieur, ma sœur a laissé un bijou auquel se rattache un souvenir. 11 aura facilement échappé à votre attention...
— Entrez, monsieur, répondit vivement Verchères, en venant faire jouer la clef dans la serrure.
Mais on ce moment le graveur aperçut Jacques de Valigny, tenant par la bride les deux chevaux.
— Entrez avec moi, mon ami, dit Rodolphe à Jacques. Nous attacherons les chevaux dans la cour.
Jacques échangea avec Verchères un salut silencieux.
On traverse la cour.
Arrivé près de la rampe du perron, une rampe en fer forgé, à pommes de pin en cuivre, Jacques y attache les deux chevaux et pénètre avec Rodolphe dans le vestibule, de là dans l'office que Marcelle a désignée. La fontaine de marbre a été lavée et rajeu-
nie, mais la topaze a disparu. Verchères parait contrarié.
— Il faut savoir qui a nettoyé cette pièce? dit-il.
Et il appelle le vieux jardinier, l'ancien Q-ardien de la Dao'ue.
— Je donnerais beaucoup pour retrouver cet objet perdu, dit le graveur à M. de Valigny, avec une intention marquée. On n'a jamais rien perdu chez moi...
Jacques s'incline et, par manière de conversation, il dit à Verchères :
— Vous habitez maintenant cotte maison avec votre famille, monsieur?...
— Pas encore, monsieur!... Jamais peutêtre... Tout cela est trop grand pour nous !
Cependant, le jardinier arrive enfui. Verchères l'interroge, lui montre le bord de la fontaine, d'où la bague a dû tomber... Le bonhomme n'a rien vu. Ce n'est pas lui qui a lavé la vasque de marbre.
— Qui donc alors?
— M™« Marie-Louise ! répond le paysan,
qui n'a jamais connu d'aulre nom à la fille de son nouveau maître.
Mais si Marie-Louise a trouvé la bague, il faut qu'elle raconte elle-même ce qu'il en est, et comment il se fait qu'elle n'en a rien dit encore à son père.
Verchères se décide; il appelle sa fille. Elle répond sans se douter que son père est en compagnie. Jacques entend le bruit léger de ses pas, comme il vient d'entendre, en pâlissant, le son délicieux de sa voix.
Elle paraît, les cheveux à demi dénoués, les mains pleines d'objets qu'elle transporte d'un étage à l'autre. Elle voit Jacques et, dans son trouble, manque de laisser tomber les faïences de prix qu'elle tient.
Pour lui venir en aide, Jacques a déjà saisi les faïences, et aussitôt, de la main que maintenant elle a libre, elle tire la topaze de sa poche.
— Voici ! dit-elle simplement.
Jacques transmet la bague à Rodolphe, qui ne voit que Marie-Louise et ne regarde
pas la bague. Il paraît fasciné par la physionomie pénétrante, par le regard incisif et suave de la jeune femme. Ce n'est que par réflexion et comme revenant d'un rêve qu'il balbutie en s'inclinant :
— Grand merci, madame!
Jacques demande alors à Marie-Louise où il doit déposer les objets qu'il tient encore. Elle veut les reprendre. Par courtoisie, M. de Valigny s'y oppose, et il repousse doucement la main de Yerchères qui veut s'en emparer.
Marie* Louise désigne une pièce voisine.
Jacques y pénètre sur ses pas. Yerchères va les suivre, mais Rodolphe lui pose une question laconique, comme il lui arrive parfois d'en poser. Yerchères répond avec le plus de clarté possible. Rodolphe fait signe qu'il ne comprend pas. Yerchères est obligé de répéter sa phrase, en la scandant. Cependant le temps passe et, précédant les deux causeurs, Jacques et Marie-Louise vont de pièce en pièce, en quête de tasses de vieux sèvres dont le jeune homme vient de voir quel-