LA BONNE QUI ACCUSE LE CHAT
« Celle-là s'appelait Yvonne; elle arrivait de Bretagne et ('tait simple comme une légende de Ploërmel ; — elle ne buvait que *lc l'eau rougie et eût été reçue sans boules noires dans une société de tempérance.
« Mais elle avait une haine pour Mathusalem, notre vieux cliat, un être qui, ayant renoncé depuis sa plus tendre adolescence aux vanités de ce monde, reste des journées entières dans sa fourrure d'angora, avec la gravite d'un \ ieus juge.
a Tout se luisait dans la maison ; on se demandait :
Qu'est-ce qui casse les verres, Les pots, 1rs sougières?
« Pourquoi ce sucrier est-il veuf d'une anse et pourquoi
la carafe a-t-clle subi la peine capitale?
« — Madame, disait Yvonne, c'est le chut.
« Le chat était devenu, d'après Yvonne, un briseur de porcelaines et un larron fieffé... — Il but la crème du lait, il mangea l'aile de poulet conservée pour le lendemain.
« Je guettai un soir, et je vis que la Bretonne, gourmande et maladroite, accusait à tort la pauvre bête. — C'est elle qui, dans les friandises du garde-manger, consommait à la fois le vase et le ragoût, le contenant et le contenu.
« La troisième bonne que je pris, après avoir chassé la calomniatrice, pouvait se nommer :