‹ La vie de Ch. Paul de KockChapitre 19 sur 24 · BARBA · texte numérisé non relu

BARBA

« Les prix stipulés au profit de Paul de Kock, par le grand-père du libraire Barba de nos jours, n'étaient pus très-élevés.

« Mais encore valaient-ils mieux que la gratuité de sun premier ouvrage.

« Paul de Kock avait assiste avec chagrin à la démolition des théâtres de l'ancien boulevard du Temple.

« Il avait constaté avec stoïcisme la destruction, par les Prussiens, de sa petite maison de Romain ville, située tout près du tournebride décrit dans La Laitière de Montfermeil.

« Ses livres n'avaient pas été inutiles durant le siège; car le vénérable abbé X, qui consolait les blessés dans une ambulance de Paris, leur donnait des romans de Paul de Kock pour distraire leur esprit.

« Il a vu la Commune, l'incendie du théâtre de la Porte- Saint-Martin — et il est resté à ce n° S du boulevard Saint-Martin où le traité ci-dessus a été signé.

« Frederick Lemaitre et la grosse Léontine ont été longtemps ses voisins.

« Et quand les incendiaires ont mis le feu à son quartier, Paul de Kock n'a jamais voulu descendre dans les caves.

« Un Français, disait-il avec fermeté, ne va à la cave... que pour y chercher le bon vin.

« Quand Paul de Kock alla visiter, à Romainville, un mois avant sa mort, sa petite propriété saccagée, il dit aux amis qui déploraient les effets de la guerre :

« — Laissez faire! c'est saccagé... mais cela repoussera.

« Le gai romancier est mort, mais il avait raison.

« Ces lilas qu'il affectionnait ont repoussé

« Ils repousseront tous les ans en avril.

« Et ils perpétueront l'aimable souvenir de ce philosophe

souriant qui, comme Platon, aimait le printemps et les fleurs...

Voici encore une petite notice biographique signée par un nom aimé du public.

« Un auteur vraiment français, justement populaire, lu et relu avidement par plusieurs générations, Charles-Paul de Kock, vient de mourir à l'âge de soixante-dix-neuf ans. Il serait superflu de rappeler les innombrables productions de cet écrivain fécond, qui débuta, dès 1812, par L'Enfant de ma Femme, et qui, dans ses dernières années, publiait au National un roman toujours jeune, toujours amusant, toujours plein de cette observation fine, de cette bonhomie, de cette gaieté sans recherche, qui caractérisent son talent. « Philippe II, roi d'Espagne, voyant d'une des fenêtres de l'Eseurial un étudiant qui riait aux éclats, un livre à la main, disait à un de ses ministres : ■ — Je parie qu'il lit Don Quichotte !

« Et combien de promeneurs n'aurait-pn pas surpris, et ne pourrait-on pas surprendre aujourd'hui, sur les rives des fleuves de France, et même sur celles du Mançanarès, occupés à lire, au milieu d'accès de franche hilarité, Mon in Raymond, M. Dupont, La Femme, le mari et l'amant, et tant d'autres œuvres qui étaient répandues en Angleterre, en Allemagne et en Amérique !

romans de Paul de Kock étaient populaires dans * deux inondes. On nous a mémo affirmé qu'un très-auguste persi âge, donnant audience à un de nos Compatriotes en son palais du Vatican, aurait dit à la fin d'une

conversation familière : « Ah ! vous êtes Français ! Avezvous lu Paul de Kock ? »

« Paul de Kock n'était pas seulement romancier ; il a enrichi le théâtre d'une multitude d'opéras comiques et de vaudevilles : il avait cultivé d'abord le mélodrame ; mais il y renonça bien vite. La muse de Paul de Kock n'était-ce pas la gaieté ?

« Ce fut aujourd'hui que, pour la première fois, il fit verser des larmes aux nombreux amis qui l'ont accompagné du modeste appartement qu'il habitait depuis quarante ans, boulevard Saint-Martin, jusqu'à sa dernière demeure.

o EMILE DE LA BÉDOLLIÈRE. »

La mort de Paul de Kock a été un véritable deuil pour les lettres.

Il avait tenu si modestement une place immense clans la littérature contemporaine.

Il ne s'était mêlé à aucune coterie. Il n'affichait aucun enthousiasme politique.

Il ne se posa jamais en philanthrope. C'était un sage qui cachait sa vie.

L'œuvre de Paul de Kock ne périra pas. Elle représente un genre dans lequel il restera inimitable.

Il a semé autour de lui, avec une douce gaieté, la philosophie la plus heureuse.

11 console d'être pauvre. 11 enseigne les douceurs, les joies, les triomphes qui restent à celui qui sait se contenter de peu.

Il n'a aucune envie contre les riches. 11 n'a aucune colère contre les fa\orisés de la Fortune.

Un peu de soleil, quelques fleurs, une douzaine d'amis, voilà sa joie.

La maison de Socrate lui eût suffi.

l'aul de Kock aimait la famille. 11 adorait Zizinc, une petite fille devenue une femme , intelligente et distinguée.

Quant à son fils, mon camarade Henri de Kock, qui s'est depuis longtemps signalé par ses œuvres personnelles, son père était fier de son jeune talent.

Mais il n'avait pas attendu, pour lui donner des marques publiques d'affection, qu'il fut en état de tenir la plume.

Je trouve dans les Chansons de Paul de Kock des vers à son fils encore enfant. Ils peignent bien l'amour paternel 'lu célèbre écrivain.

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