‹ La vie de Ch. Paul de KockChapitre 20 sur 24 · I X BAISER DE MON FILS · texte numérisé non relu

I X BAISER DE MON FILS

Ain : Muse des bois.

Lorsque j'étais au printemps de ma vie, Lt nue L'amour remplissait seul sœur,

Tendres faveurs d'une femme jolie

Etaient pour moi le suprême bonheur.

Ah ! j'ignorais qu'il fût dans la nature Un sentiment plus parfait, plus exquis ; Mais j'ai connu l'ivresse la plus pure En recevant un Laiser de mon fils.

Encor dans l'âge et d'aimer et de plaire, Déjà mon fils m'occupe constamment, Et, je le sens, le bonheur d'être père Est bien plus doux que celui d'être amant. On est parfois trompé par ses maîtresses, Soi-même on manque à ce qu'on a promis ; Mais nul soupçon ne se mêle aux caresses En recevant un baiser de son ûls.

Vous que je vois au sein de l'opulence Pour des grandeurs vous agiter encor, Malgré votre or, malgré votre puissance, Je ne saurais envier votre sort.

Vrais courtisans, chaque jour on vous trouve De vains honneurs, de titres plus épris ! Connaissez-vous le bonheur qu'on éprouve En recevant un baiser de son fils ?

En vieillissant nous ne sentons plus naître Ce feu brûlant que l'on appelle amour; Ce feu plus doux, qu'un fils nous fait connaître, Dans notre cœur s'augmente chaque jour ; Les cheveux blancs, s'ils éloignent les belles, Rendent pour nous nos enfants plus soumis; Et songe-t-on que le temps a des ailes En recevant un baiser de son ûls ?

Jouets du sort, par un revers funeste En un instant il détruit nos projets : Qu'il m'ôte tout, mais que mon fils me reste : Sans murmurer j'attendrai ses décrets.

Tranquille alors à mon heure dernière, Je me dirai : Près de lui je finis; Heureux encor de fermer ma paupière En recevant un Daiser de mon fils !

Je puis dire ici, empruntant une expression de la langue anglaise, qu'en écrivant sur Paul de Kock, j'écris pour le million.

En effet, les lecteurs de Paul de Kock sont innombrables. Ses œuvres ont été traduites dans toutes les langues.

La grande dame les lit aussi bien que l'ouvrière. Le pauvre y trouve aussi bien la bonne humeur que le* riche.

C'est vrai, c'est vécu, c'est sain.

La phrase n'est pas embarrassée, garnie des crinolines d'une prétentieuse rhétorique, ornée des lleurs ambitieuses de la métaphore

Le style est simple, rapide, coulant, disait Paul de Kock lui-même.

On n'y trouve pas ces descriptions interminables qui arrêtent l'action, comme les changements de décors, trop longs à effectuer, arrêtent les actes d'une pièce intéressante;

C'est la lecture de tous les âges. La jeunesse y est couronnée de fleurs, — mais la vieillesse n'en rencontre pas moins à chaque page des témoignages d'estime; d'affection et de respect.

•l'ai parlé de Paul de Kock chansonnier, je reus revenir sur cette partie spéciale de s<ut talent.

Il avait une facilité très-grande pour le couplet, il connaissait, comme les vaudevillistes de son temps, tous les airs du Caveau, et n'abusait pas de l'élision, comme c'est de mode à présent, Madame Sartorius m'a donné un livre de ses chansons, édité par elle, sous le nom de Flon-Flon la Faridondaine.

Ce sont les derniers refrains d'un vieillard. Mais il y rappelle, dans une Petite Préface, qu'il avait édité ses premières chansons trente ans auparavant.

Paul de Kock n'est pas un ennemi des cafés-concerts, si mal vus par M. Jules Simon, notre ministre de l'instruction publique actuel.

Le succès des rues n'est point à dédaigner, dit-il, et ne l'obtient pas qui veut. Il ajoute :

« 11 y avait, entre autres, ma chanson intitulée: Ma Lisette, quitto?is-?wus, qui obtenait un succès de vogue, et quelques personnes voulaient absolument l'attribuer à Béranger, parce qu'il y avait dedans le nom de Lisette!... Comme si d'autres poètes ne pouvaient pas aussi employer ce nomlà!... mais, numerus stultorum est infinitus ! On ne se doutait pas que la chanson était de moi, bien qu'elle fût depuis longtemps imprimée avec mes premiers romans. Il y eut même un monsieur qui, pour mettre un terme à l'incertitude du public, jugea convenable de faire imprimer son nom dessous et de s'en dire l'auteur, c'était certainement ■ bien aimable de sa part, mais il y a des gens capables des actions les plus héroïques.

((J'ignorais tout cela, quelqu'un eut la bonté de m'en avertir, et l'on voulut bien enfin permettre que je fusse l'auteur de ma chanson.

« Puisque l'occasion se présente, je dois dire aussi que j'ai fait une chansonnette, intitulée les Cabinets particuliers, celle-là n'était pas dans la bulle de savon, l'ayant jugée un peu trop leste pour ce recueil. Je ne l'avais vendue ni cédée à personne, et j'ai été fort surpris de savoir qu'on la chantait et qu'on la vendait dans les rues ; mais la chose ne m'a pas paru mériter que je m'en occupasse, cette fois, du reste, mon nom était sous la chanson.»

Paul de Kock lit donc paraître, chez madame Sartorius, ce nouveau recueil de chansons.

La commission ^de colportage . refusa son estampille à une chanson intitulée la Gaule à Thomas.

La commission impériale avait ses bégueuleries, elle cherchait sous les mots, et croyait voir souvent un sens que l'auteur n'avait point eu; elle lisait, comme on dit, entre les lignes.

J'ai sous les yeux la Gaule à Thomas, et j'affirme que le théâtre contemporain en a chanté déplus crues.

C'est la vieille chanson gauloise. En voici un couplet comme échantillon :

T'ik:z, v'ià des noix, ma mère, De quoi vous régaler ; Thomas m'avait ilii : Claire, Je vais aller gauler.

D'une branche de saule Ii se lit une gaule,

Moi, j'dis : suivons ses pas, Pour voir gauler Thomas.

Ali ! ah ! ah !

La belle gaule qu'il a.

Là.

Dans ce recueil, on retrouve des types de nos jours. Le Je ne sais quoi, qui fut également arrêté par MM. les examinateurs.

Il s'agit d'une femnfe à ia mode.

De quoi donc vivait cette dame?

Menant un grand train de maison, »

Courant au vaudeville, au drame, Rien qu'à l'avant-scène, dit-on.

Elle voyait, pour l'ordinaire Venir son terme sans effroi !

C'est qu'alors son propriétaire Admirait son je ne sais quoi.

Oh ! femme qui cherchez à faire Des conquêtes matin et soir, En vain vous passez pour nous plaire Des heures à votre miroir; Élégance, grâce mutine.

Regard, soupir de bon aloi, Velours, parfums et crinoline, Rien ne vaut un je ne sais quoi!

Voici ce que dit des premières chansons de Paul de Koek son éditeur, M. G. Barba :

« Quant aux chansons de Paul de Kock, elles sont assez répandues pour qu'il soit inutile d'en entreprendre le panégyrique. Boilcau parle de gens «qui font en bien mangeant l'éloge des morceaux. » Le public a fait depuis longtemps l'éloge des refrains de notre auteur en les chantant. Qui ne connaît Je n'en suis plus à mon premier amour ; la Gloire et la Fortune; la Plume; le Manque de Mémoire? Qui n'a fredonné cette romance populaire : Dans un vieux château de l'Andalousie? Qui n'a entendu ces types de toutes les chansonnettes : le Caporal et le Conscrit, le Jeune Soldat? La chanson de table : Plus on est d'amis, plus on boit, rivalise avec celle d'Armand Gouffé, qui lui a servi de modèle. Le chansonnier français, dont Paul de Kock a tracé un portrait si charmant et si vrai, a été peint d'après nature, et c'est l'écrivain lui-même qui en est l'original. »

Ce recueil de ses premières chansons était une œuvre sans prétention.

L'auteur l'avait baptisé la Bulle de Savon, c'est-à-dire tout ce qu'il y a de moins consistant.

Le recueil débute ainsi :

De gais enfanls du vaudeville, Dont lus refrains sont répandus, Ont jadis lancé par la ville Ballons d'essai, hallons perdus;

Pour moi, ce Sérail lni|> de elhiM'

D'avoir à gonfler un liallon,

Et ce n'est qu'en tremblant que j'ose Souffler ma bulle de savon.

Les chansons de Paul de Kock parurent à un moment où Béranger était encore dans tout le prestige de la popularité,

Où Désaugiers était encore à la mode.

Elles n'en eurent pas moins un très-grand succès. Ce ne sont pas toujours des gaudrioles.

La chanson est une arme en France, tantôt dithyrambe, tantôt hymne, tantôt flon-flon.

Si nous voulons surprendre la chanson sérieuse de Paul de Kock, il faut lire le monument élevé à la mémoire d'un

grand peintre français.

Page 1