SUR LÀ MORT DU PEINTRE DAVID
Am : T'en souviens-tu? disait un capitaine.
Du Nord ici quel bruit vient se répandre? Vaine douleur! ô regrets superflus !
Dans le tombeau David vient de descendre ; Un grand artiste, un grand peintre n'est plus. Mais j'aperçois au temple de mémoire La Renommée, inscrivant ses succès, Tracer ces mots, que répète la gloire : « Ton nom, David, ne périra jamais. »
Toi, qui créas Bru tus, les Thermopijles, Dont pour modèle on prendra les tableaux, Vois, ici-bas, tes élèves dociles
Vers le vrai beau diriger leurs pinceaux ; Entends leurs voix, ils couronnent la tète, C'est de lauriers et non pas de cyprès, Car chacun d'eux en te pleurant répète : « Ton nom, David, ne périra jamais. »
Si dans l'exil tu finis ta carrière, Si l'étranger fut plus heureux que nous, A ta patrie, enfermant ta paupière, Ton cœur donnait un dernier rendez-vous. Ah! ne crains pas qu'un jour elle t'oublie! Par le talent tu fus toujours Français ; L'artiste meurt, mais non pas son génie. « Ton nom, David, ne périra jamais. »
La peinture a changé de genre.
Les tableaux de David sont moins recherchés que ceux de Greuze, Ingres ou Delacroix.
Mais si son souvenir devait périr, un retrouverait le grand peintre anatoniiste dans ces chansons du poëte populaire.
Parmi les chansons folâtres et les refrains grivois, je trouve, en feuilletant les chansons de Paul de Kock, un de ces petits chefs-d'œuvre de sentiment dont il avait le secret.
Une larme vous vient aux yeux, et on ne sait pas, en l'essuyant, si l'on a ri ou pleuré. Cela se nomme l'Agenda, c'est
écrit à l'époque où l'homme descend le versant de la vie.
Celui qui a vécu fait involontairement, en lisant cette chanson, un retour sur lui-même.
Jugez-en, ami lecteur !
Sous ces papiers, c'est toi que je retrouve, Cher agenda, que j'avais à vingt ans ; Ali ! je le sens, au plaisir que j'éprouve, Je vois en toi l'ami de mon printemps. Sur tes feuillets examinons bien vite Ce qu'au jeune âge en riant j'ai tracé ; En ce moment mon cœur encor palpite Au souvenir de mon bonheur passé.
Fanny, Julie, Adèle, Éléonore, Voilà vos noms ! objets jadis chéris ! En les lisant, je crois vous voir encore! De vingt beautés alors j'étais épris.
Mais de Rosa j'aperçois l'écriture; C'est un serment... il est presque effacé ! Là j'ai noté que l'or était parjure !
Doux souvenir de mon bonheur passé !
Des rendez- vous, mainte aimable folie, C'était alors l'emploi de chaque jour ; De mauvais vers cette feuille est remplie, Pour Élisa j'y chantais mon amour :
Cette chanson me valut sa conquête, Mon pied, bientôt, par le sien fut pressé : Je fus aimé, je me crus un poète !... Doux souvenir de mon bonheur passé !
De Rosemonde, ici, je vois l'adresse :
Que de cadeaux je lui fis recevoir !
J'avais pour elle une vive tendresse ; Elle payait mon amour en espoir.
VIE DE PAUL DE KOCK. I!l|
Un soir, pourtant, j'étais reçu peut-être. Si mon rival ne m'avait devancé !
Mais je passai la nuit sous sa fenêtre... Doux souvenir de mon bonheur passé !
Il reste encor plus d'une feuille blanche.
De les remplir j'ai la tentation...
Non; maintenant, si ma plume était franchi'.
Je détruirais plus d'une illusion !
A ces écarts de ma folle jeunesse
Ne mêlons point un regret déplacé,
Et conservons intact à ma vieillesse
Le souvenir de mon bonheur passé.
Ces premières chansons datent, en général, de la jeunesse de Paul de Kock.
Ce qui trahit leur date, ce n'est pas le sujet, mais bien l'air sur lequel il est fait.
Voici une bleuettc, qui fut chantée au Caveau par un ami de Paul de Kock.
Car il n'était pas lui-même un assidu de ce congrès de chansonniers.
Cela se dit sur un air célèbre de Marie, opéra comique, • |ui eut un très-grand succès sous la Restauration.