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CUBA

L'escadrille appareilla d'Isabelle pour Cuba, le 24 octobre, à minuit. Le 27, au soir, la côte de Cuba parut. Les caravelles, comme d'habitude, attendirent le lever du jour pour atterrir. .

Aux clartés du matin, la terre qu'on n'avait fait qu'entrevoir, la veille, se dessina, haute, majestueuse, inondée de lumière et de fraîcheur, sur une ligne sans fin. Ce premier aspect de Cuba , la reine des Antilles , la perle des mers, ravit Colomb. L'étendue illimitée des plages, l'harmonieuse élévation des côtes, la cime tour à tour bleuâtre et dorée des montagnes de l'intérieur, la pittoresque dentelure des caps ou promontoires, la variété, la vigueur, l'éclat de la végétation , éveillèrent les plus chers souvenirs de sa jeunesse en Sicile : il fut ému, non moins qu'émerveillé. Il jeta l'ancre à l'embouchure large, profonde, bien abritée, d'un fleuve dont il n'avait jamais vu, dit-il, le pareil en beauté. Les bords étaient plantés d'arbres très grands, très verts, chargés de fleurs et de fruits en même temps ; beaucoup de palmiers aux feuilles immenses; et, parmi cette verdure, des quantités d'oiseaux au plumage éclatant, à la voix retentissante. Il prit possession le jour même, planta la croix et donna à l'île, en l'honnenr du prince Jean, héritier présomptif de la couronne d'Espagne, le nom de JuANA, qui n'a pas prévalu sur l'appellation primitive.

A l'approche de l'escadrille , des naturels s'étaient avancés , comme pour la reconnaître, dans deux piro-

gues ; ils s'enfuirent lorsque l'amiral débarqua dans ses chaloupes. Il avisa deux cases non loin du fleuve , il y entra; elles étaient désertes; des chiens les gardaient, chiens qui n'aboyaient pas. On y trouva des filets ou nattes de fil de palmier, des hameçons de corne, un harpon d'os et d'autres engins de pêche. L'amiral défendit qu'on touchât à rien , qu'on déplaçât rien. Il remonta le fleuve à quelque distance , puis revint au mouillage, enthousiasmé de tout ce qui s'était offert à sa vue.

Ses guides indiens lui affirmaient qu'il y avait, au couchant, une ville populeuse, résidence d'un grand roi : il appareilla dès le lendemain à la recherche de cette ville. Il arriva, le soir, à un fleuve qu'il appela fleuve des Mers. Il envoya à terre, mais, là aussi, les cases avaient été abandonnées. Elles étaient mieux construites , plus spacieuses , plus belles que celles de la veille : les meubles étaient propres, ornés même. Meubles, instruments de pêche, masques de bois, statuettes, on laissa tout en place et en ordre, selon la persévérante volonté de l'amiral.

Après le fleuve des Mers, l'escadrille, poursuivant sa route à la recherche de la cité imaginaire , reconnut le cap des Palmiers. Là, les Indiens qui étaient à bord de la Pinta dirent que, de l'autre côté du cap, il y avait un fleuve , et sur ce fleuve , un peu dans l'intérieur, une ville dont le roi , souverain de toute la contrée , soutenait des guerres continuelles contre un autre puissant prince. L'amiral résolut de doubler le cap des Palmiers, de jeter l'ancre à l'embouchure du fleuve, et d'expédier, delà, une mission au roi de l'intérieur ; mais, à cause des apparences de mauvais temps, il dût revenir au mouillage du Fleuve des Mers.

De ce mouillage, le l^"" novembre, il envoya de nou-

veau ses chaloupes à terre. Un de ses Indiens réussit à se mettre en rapport avec quelques habitants. Il les rassura complètement sur les- dispositions amicales des Espagnols ; ils vinrent aussitôt, en seize pirogues, à l'escadrille, apportant du coton filé et d'autres objets sans grande valeur. Ils firent entendre qu'avant trois jours, beaucoup de marchands de l'intérieur viendraient aux caravelles, achèteraient les marchandises des Espagnols, et leur donneraient des nouvelles du roi de Cuba.

Ces nouveaux renseignements décidèrent l'amiral à dépêcher, de ce mouillage même, et dès le lendemain, dans l'intérieur de File : il dépêcha deux Espagnols et deux indigènes de Saint-Sauveur. En attendant leur retour, il fit faire quelques réparations à ses caravelles et continua son étude des bords du fleuve. Il acheta aux naturels des pelotes de coton, des hamacs, de la cannelle. Il leur montra de l'or; ils lui dirent qu'il y en avait dans le pays , mais plus loin, vers le sud-est. Il remarqua des fruits analogues à la châtaigne, des légumes qu'il appelle des fèves et des haricots " différents des nôtres „ ; des gommes , un bois qu'il crut être de Taloès, et mille autres produits susceptibles, à son avis, d'une fructueuse exploitation. Le lieu lui parut propre à l'établissement de comptoirs, à l'abri d'uae forteresse, si la contrée offrait des éléments d'échange assez importants, pour qu'on la fît bâtir. " Que Notre-Seigneur, " ajoutait-il, entre les mains de qui sont toutes les vic- "toires, veuille bien disposer de tout selon qu'il lui " plaira. „

Le 4 novembre, Alonzo Pinzon, portant à l'amiral deux morceaux de cannelle, lui dit qu'un Portugais, matelot à bord de la Pinta , venait d'en voir deux très

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gros paquets entre les mains d'un indigène, mais n'avait pas osé lui en proposer l'échange, à cause des peines l)ortées contre tous ceux qui feraient des marchés non autorisés : nouvelle preuve de la discipline commerciale que Colomb imposait à ses compagnons, et clair indice du mécontentement que ceux-ci en éprouvaient.

Les messagers partis pour l'intérieur, revinrent au mouillage dans la nuit du 6. Au lieu de la prétendue grande ville et de son souverain guerrier, ils n'avaient rencontré qu'un village de cinquante cases. Ils y avaient été reçus et logés cérémonieusement dans les habitations les plus importantes, comme des hommes descendus du ciel ; l'hospitalité la plus primitive leur avait prodigué ses honneurs bizarres : hommes et femmes étaient venus s'asseoir à terre autour d'eux, dans une sorte de contemplation superstitieuse. On les avait portés en grande pompe, nourris des meilleurs mets, invités à prolonger leur séjour, puis chargés de présents au départ. Un des principaux de la peuplade et son fils les accompagnèrent jusqu'à l'escadrille. De toutes leurs observations, dans le cours de cette reconnaissance, la plus digne d'être citée aujourd'hui dut paraître, alors, insignifiante : ils remarquèrent, en revenant , que les indigènes confectionnaient de petits rouleaux de feuilles sèches, les brûlaient entre leurs lèvres, en aspirant la fumée, et les appelaient tabacos. Ainsi fut découvert le tabac, et telle est, ditNavarette, l'origine de nos cigares.

Les envoyés de Colomb furent également frappés de l'abondance et de la finesse du coton. Ils en avaient trouvé dans une maison, près de douze mille livres, brut , filé ou tissé ; ils étaient persuadés qu'autour du village qu'ils avaient vu, on en pouvait récolter tous les

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ans quatre mille quintaux. L'amiral en conclut qu'il venait spontanément et sans culture, et qu'il produisait toute l'année, seul moyen de concilier l'abondance de la récolte avec les habitudes d'indolence que, déjà, il savait être le fond du caractère indien.

Il était loin , d'ailleurs , de se scandaliser aigrement des défauts qu'il ne pouvait s'empêcher de constater chez ces tribus ignorantes et pauvres. Autant il désirait leur amélioration , autant il voulait qu'on les ménageât. Prêt à quitter le fleuve des Mers, il écrivit aux Rois, le 11 octobre, ces pieuses adjurations : " Je crois, Serénis- " simes Princes, que dès le moment que des personnes " dévotes et religieuses entendront leur langue, ils " deviendront tous chrétiens. J'espère, avec la grâce de " Dieu, que Vos Altesses se détermineront promptement " à y en envoyer, pour réunir à l'Église de si grands " peuples, et qu'Elles les convertiront à la foi, de même " qu'elles ont détruit ceux qui n'ont pas voulu confesser " le Père, le Fils et le Saint-Esprit ; et que lorsqu'Elles " termineront leur carrière (car nous sommes tous " mortels), la plus grande tranquillité régnera dans " leurs États délivrés de l'hérésie et des mauvaises " doctrines; et qu'Elles seront reçues devant l'Être " suprême, que je supplie de leur accorder une longue " vie, d'ajouter à leurs États de plus grands royaumes, " et de leur donner la volonté et la disposition d'aug- " menter la sainte religion chrétienne, comme Elles " l'ont fait jusqu'à présent. Ainsi soit-il! „

Peu de jours auparavant , Colomb avait dit des Indiens qu'il avait à son bord : " Jusqu'à présent, " je n'ai vu faire à ceux que j'emmène aucune prière; " mais ils disent bien le ^aive et Y Ave Maria , avec " les mains levées au ciel, comme on le leur en-

" seigne. „ Il écrivit de nouveau le 12 novembre : " Quelque prière que nous leur disions de faire, ils " s'empressent de la faire, ainsi que le signe de la " croix. Vos Altesses doivent se décider à les faire " chrétiens, et je crois que si l'on commence, en peu de " temps on sera parvenu à convertir à notre sainte " religion une multitude de peuples. „

Lorsque, ce jour-là, 12 novembre, l'escadrille, radoubée le moins mal qu'il avait été possible en si peu de temps, quitta le fleuve des Mers, une espérance nouvelle avait déjà remplacé, dans le cœur de l'amiral, ses illusions perdues sur Cuba , comme précédemment sur Saometo. Les indigènes qu'il avait vus pendant ces douze jours de relâche, lui avaient, tant bien que mal, exprimé par signes qu'il se trouvait dans l'est une contrée où les habitants, la nuit, à la lueur des torches, recueillaient l'or à l'embouchure des rivières, et le façonnaient ensuite en lingots, à coups de marteau. Cette contrée , ils l'appelaient tantôt Babèque et tantôt Bohio , quelquefois Caritaba. Nous savons maintenant que c'étaient autant de manières de désigner , dans les îles, la côte de la terre ferme. Colomb se mit résolument à la recherche de Babèque ou Bohio , comme il avait poursuivi Saometo et Cuba.

Reprenant sa route dans la direction d'Isabelle, mais quelques degrés plus au nord, il découvrit successivement le cap Cuba, le port du Prince, un archipel d'îles, petites mais charmantes, qu'il nomma les Jardins du Roi , et un autre groupe , plus riche et plus gracieux encore, qu'il appela la Mer Notre-Dame.

En mettant pied à terre sur une des îles de la mer Notre-Dame, il vit sur le talus d'un tertre deux madriers très longs et très gros, l'un plus long que l'autre,

et le plus court en travers sur le plus long, avec une symétrie si parfaite que c'était une croix correctement dessinée. Il s'agenouilla, sur-le-champ, devant cette croix inattendue, donna l'ordre qu'on la terminât en assujettissant les deux madriers par un assemblage solide, et le surlendemain, un dimanche, elle fut érigée en grande pompe dans un des sites les plus apparents du rivage.

Le 19, n'étant encore qu'à sept lieues, dans le nordest, de la côte de Cuba, l'escadrille vit à l'est une terre éloignée seulement d'environ six mille, et qu'aux signes des Indiens on crut être Babèque; tout ce jour et le jour suivant, le vent contraire empêcha d'approcher. On fut même poussé plusieurs lieues plus haut, jusqu'en vue des côtes d'Isabelle. Ce contre-temps inquiéta Colomb : il craignit, s'il était obligé de se rapprocher encore d'Isabelle, que ses guides indiens, séduits par l'espérance de regagner de là, en pirogue, Fernandine, Sainte-Marie et Saint-Sauveur, leur terre natale, ne l'abandonnassent malgré lui. Il sw tint donc, le 20 et la nuit suivante, aussi loin qu'il put d'Isabelle, en courant des bordées.

Le 21, sans changer de direction , le vent augmenta de violence : réduit à fuir devant le temps, l'amiral remit le cap franchement sur Cuba, et fit signalaux deux caravelles, Pinta et Nina^ d'imiter sa manœuvre. Alors se passa un fait douloureux et criminel. L'aîné des Pinzon avait conçu contre Colomb, depuis la Découverte, une amère jalousie. Il ne pouvait supporter l'idée qu'un étranger qu'il avait vu si en peine à Palos, et qu'il se vantait d'avoir tiré de détresse, devenu Yice- Roi et Grand Amiral, eût recueilli de ses traités, toute sorte d'avantages princiers. Le frein vigoureux opposé

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par l'amiral à toutes les convoitises de ses compagnoiis, dans leurs rapports avecles Indiens, irritait, en outre, le commandant de la Pinta. Un des guides qu'il avait à son bord se dit en mesure de le conduire à Babèque. Cette perspective d'aller seul en un lieu si riche et d'y commercer sans contrôle, le décida à forfaire à Tlionneur. La nuit venue, bien qu'elle fût claire et belle, Alonzo Pinzon quitta son poste de marche et s'éloigna. En vain, Colomb, que cette manœuvre étonna et ne tarda pas à inquiéter, fit-il allumer des feux, signal et moyen de ralliement : le déserteur disparut dans la nuit et l'espace.

Le crime d'Alonzo Pinzon n'est pas la seule chose qui mérite, ici, d'être remarquée. Pour la première fois depuis l'appareillage de Palos , l'amiral, après s'être proposé un but et tracé une route, se voyait contraint par les invincibles résistances des éléments, de renoncer à son but, de changer cap pour cap sa route. Ce premier vent contraire assaillit l'escadrille, la domina, la força de rebrousser chemin , précisément lorsqu'elle s'engageait dans une voie funeste. Si les caravelles, en effet, avaient pu tenir le rumb adopté , ou elles revenaient à Saint-Sauveur, ou, pour peu qu'elles s'en fussent écartées, elles entraient dans un océan désert, remontaient peut-être jusqu'aux Bermudes, peut-être au delà, sans rencontrer la plus petite île; elles atteignaient la région tempétueuse des vents variables, y périssaient ou étaient chassées jusqu'en Europe, n'y apportant, sur le Nouveau Monde, aucune notion de nature à faire soupçonner sa richesse. Ce malheur fut conjuré par le vent obstinément mauvais qui ramena, malgré eux, les Espagnols à Cuba. Colomb, en effet, rejeté sur Cuba, entreprit, pour utiliser les jours, la reconnaissance du littoral,

dans la direction oii le vent le poussait : il visita ainsi une longueur de côtes de plus de cent vingt lieues, et continuant d'être mené, en dépit de tous ses efforts, par une puissance supérieure, il fut conduit, contre toutes ses prévisions, contre son gré même, aux découvertes et autres événements qui décidèrent du sort du Nouveau Monde.

Le 24 novembre, longeant Cuba, Colomb découvrit un beau port, et le nomma port Sainte-Catherine. La fête de cette sainte n'était que le lendemain, mais nous ferons, à cette occasion, une remarque d'une très fréquente application, par la suite : l'amiral, en sa qualité de membre du tiers-ordre de Saint-François, récitait quotidiennement tous les offices du bréviaire. Chaque fête, par conséquent, commençait, pour lui, dès la veille, à partir des premières vêpres.

Le 25 , il explora les bois qui bordaient le port Sainte-Catherine ; ses mousses couraient devant lui : tout à coup ils poussèrent de grands cris d'admiration, disant qu'ils voyaient des forêts de pins. Ils lui montrèrent, en effet, sur les flancs d'une montagne, des pins admirables " droits comme des fuseaux, d'une grosseur " et d'une élévation prodigieuse „ . On pouvait selon la remarque qu'il en fit aussitôt, " construire des vais- " seaux dans ce pays „ , se procurer " des planches et " des mâts pour les plus grands vaisseaux d'Espagne „ . Il coupa, dans cette forêt, un mât et une vergue de misaine pour la Nina : heureuse prévoyance, car, assailli, dans sa traversée de retour, par d'effroyables tempêtes, Colomb a dû, en grande partie à la solide mâture de la Nina^ de pouvoir rentrer en Europe.

Pendant les douze jours qu'il longea cette partie de la côte de Cuba, l'amiral vécut, pour ainsi dire, dans

un continuel ravissement. D'heure en heure, il découvrait des beautés plus splendides ou des richesses plus merveilleuses. Il en traçait, au fur et à mesure, des descriptions qui ne témoignent pas seulement, comme dit Washington Irwing, " de ses vives et naïves sensations en face des beautés de la nature „. Elles sont restées des modèles, à la fois, d'éclat et d'exactitude; elles prouvent avec quelle grâce et quelle vigueur de plume il savait peindre ce qu'il voyait. Il mêlait, du reste, à ses tableaux, avec autant de grandeur que de simplicité, les plus nobles pensées, les aperçus les plus judicieux, sur l'immense avenir de pareilles contrées. Il se demandait, par exemple " : quels seront " les avantages qur l'on peut retirer de la possession " de ce pays? Il est certain qu'il doit y avoir une " infinité de choses très avantageuses là oii se trouvent " de telles, terres. Mais je ne m'arrête dans aucun port, " parce que je veux voir le plus de contrées qu'il me " sera possible... Quant à présent, s'il plaît à Notre- " Seigneur, je ferai ce que je pourrai, et petit à petit " je parviendrai à comprendre la langue et à connaître " les lieux, et je ferai enseigner cette langue à des per- " sonnes de ma maison. C'est plus tard qu'on connaîtra " tous les avantages que peuvent procurer toutes ces " contrées, et qu'on travaillera à rendre tous les habi- " tants chrétiens... Je certifie à Vos Altesses qu'il ne " me paraît pas qu'il puisse y avoir sous le soleil un " pays plus fertile, d'une température plus agréable et " plus régulière, mieux pourvu d'eaux abondantes, " bonnes et saines. Car grâce à Notre- Seigneur, pas " un seul des gens de mon équipage n'a éprouvé * jusqu'à ce jour le moindre mal de tête, pas un seul " n'a été au lit pour cause de maladie, à l'exception

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" d'un seul qui souffrait de la pierre , qui en avait " souffert toute sa vie, et qui s est trouvé guéri après " les deux premières journées de notre séjour dans ce " pays; ce que je dis se rapporte à l'équipage des trois " vaisseaux... Ici surtout, comme dans tout ce que j'ai " découvert précédemment, et dans tout ce que j'espère " encore découvrir avant mon retour en Castille, je dis " que la chrétienté aura de grands rapports à établir. " J'ajoute que Vos Altesses ne doivent permettre " à aucun étranger de mettre le pied dans ce pays, s'il " n'est chrétien et catholique; à aucun Espagnol d'y " aborder, s'il n'est pas véritablement chrétien; car " les découvertes que j'ai faites par ordre de Vos " Altesses, n'ont été entreprises que pour servir à la " propagation et à la gloire de la religion chrétienne. „ Le 5 décembre, Colomb,, doublant la dernière pointe de l'extrémité orientale de Cuba, imposa à cette pointe la nom apocalyptique d'Alpha et Oméga, le Commencement et la Fin. Sans aucun parti pris, alors, et courant, au hasard, des bordées; " indécis, dit Washington Irwing, sur la route qu'il devait prendre, „ il aperçut tout à coup et vit grandir rapidement, dans le sud-est, une terre longue et haute, dont les montagnes, en pyramides superposées, dessinaient leurs sommets d'un azur vaporeux, entre une mer et des cieux éclatants. C'était Haïti ^ dans la langue des indigènes ; Haïti qu'il nommera bientôt Hispaniola, ou Petite Espagne, et qui l'ut ensuite Saint Domingue.

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