CHAPITRE IV
En arrivant à Hispaniola, Colomb avait chargé une commission topographique d'explorer la côte, dans Fest, à la recherche d'un endroit convenable pour l'établissement d'une ville. Cette commission revint, indiquant le port de la Planta , comme le lieu le plus propice. L'escadre appareilla le 7 décembre. Elle eut le temps contraire et mauvais ; on éprouva plus de mal et de fatigues pour refaire trente lieues en arrière, qu'il n'en avait coûté pour venir d'Espagne. On n'alla pas même jusqu'à la Planta. " La Providence, dit le docteur Chanca, permit que par suite de la contrariété du temps qui nous empêcha d'aller plus aviant, nous eûmes à prendre terre dans un lieu le mieux situé du monde, et tel que nous pouvions le désirer. ,. C'était un port spacieux et sûr. Deux rivières s'y déversaient, d'une plaine très fertile ; " l'une grande , l'autre moyenne „ , toutes les deux d'une " eau excellente „ . La côte était poissonneuse. La pierre et le bois abondaient à très petite distance. Les Indiens d'un village situé sur la rive du port affirmaient, en outre, qu'il n'y avait pas loin de là aux montagnes aurifères de Cibao. Colomb résolut de fonder en cet endroit la première ville du Nouveau Monde.
On débarqua. Recouvrer, à terre, la liberté de leurs mouvements , se reposer au milieu d'une splendide
verdure , respirer Fair pur et parfumé de la campagne, ce fut une vive joie pour les passagers : ils étaient emprisonnés depuis trois mois sur les navires, souffrant du mal de mer et du manque d'espace, strictement rationnés pour la nourriture, l'estomac fatigué de biscuit et de salaisons, la plupart détériorées. Les bureaux de Séville, en effet, avaient profité de l'état maladif de Colomb pendant l'armement pour s'entendre avec les fournisseurs, au préjudice du trésor public et de la colonie. Leurs fraudes et malversations se constatèrent au fur et à mesure de la mise à terre du matériel et des provisions. Les quantités figurant aux écritures n'avaient pas été embarquées, les livraisons faites étaient de qualités inférieures. Le vin avait coulé dans les calles par suite de la mauvaise fabrication des futailles. Le chef du service de santé ne trouva qu'une partie des médicaments dont il avait dressé la demande. Colomb, après avoir inspecté, à Cadix, des bestiaux magnifiques et de superbes chevaux ; après avoir cru pendant tout le voyage que les mêmes animaux le suivaient à bord de ses caravelles, fut obligé de reconnaître, au débarquement, que de chétives et maigres bêtes avaient été substituées, à la dernière heure.
On commença promptement les travaux. Les plans arrêtés, l'ensemble des rues jalonné, l'amiral posa, " au nom de la très sainte Trinité „ la première pierre de la ville et l'appela Isabelle, le nom aimé de sa royale protectrice. L'église, le magasin général, la demeure du Vice-Roi furent les seuls édifices auxquels on employa la pierre; le reste fut construit en bois, en plâtre, en roseau, en branchage : l'essentiel était de créer vite des abris aux colons. On ménagea des jardins autour de chaque maison ; toutes sortes de graines y
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furent semées, et germèrent avec une étonnante promptitude. Les Indiens , toujours gagnés par les procédés équitables et doux de Colomb, prêtèrent aux Espagnols le concours de leurs bras. L'amiral, au surplus, imprima aux chantiers une telle activité, que, le 6 janvier, on inaugura le culte, dans l'église presque achevée. C'était la fête de l'Epiphanie, la fête de la vocation des Gentils : quelle coïncidence plus convenable, pour consacrer la première maison du Dieu de l'Évangile, dans ce monde idolâtré? L'oihce fut célébré, avec une grande solennité par le Vicaire apostolique, ses douze religieux et le Père Gardien.
Alors commencèrent de nouvelles souffrances. Les rudes corvées de la construction d'une ville s'ajoutant aux influences d'un climat humide et chaud, les fièvres se déclarèrent parmi les Européens. L'amiral en fut dangereusement atteint : il lui fallut garder le lit pendant plusieurs semaines. Si la maladie n'abattit nullement son courage ; s'il continua, de son lit, à diriger, avec une énergie indomptable et une inaltérable sérénité, tout ce qui s'exécutait autour de lui, ses compagnons n'eurent pas, à beaucoup près, la même force d'âme. Leurs maux physiques se compliquèrent des douleurs du désenchantement. Accourus dans le fol espoir d'amasser, sans peine et sans délais, des monceaux d'or ; au lieu des trésors et des plaisirs naïvement entrevus de loin, ils se trouvaient aux prises avec des fatigues accablantes et des privations infinies. Ils se crurent trompés , ils se dirent trahis , ils murmurèrent, les travaux languirent : le mécontentement et l'esprit de sédition entrèrent pour toujours dans la colonie.
Ces sombres dispositions des âmes, et l'état languis-
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sant des affaires causèrent à l'amiral d'autant plus d'amertume, qu'il se voyait à la veille de renvoyer en Espagne la plus grande partie de son escadre : tant de navires ne lui étaient pas nécessaires à Isabelle. La cour et la nation ne seraient-elles pas dangereusement déçues, si au lieu des brillantes nouvelles et des riches cargaisons qu'elles attendaient certainement, elles n'apprenaient, par les équipages renvoyés, que les massacres de la Nativité, les trahisons des insulaires, les maladies des colons derniers venus et leur désenchantement? Ces considérations déterminèrent Colomb à diriger vers l'intérieur de l'île deux expéditions séparées, qui, peut-être, lui rapporteraient, à temps, des quantités d'or, ou, du moins, des nouvelles de nature à contre-balancer, en Castille, la douloureuse impression de tant de revers. A la tête d'une de ces expéditions, il mit Ojeda; à la tête de l'autre, Gorvalan.
Ojeda partit pour les montagnes de Cibao. Il y arriva en peu de jours, n'ayant éprouvé, en route, que bon vouloir et complaisances, de la part de toutes les peuplades indiennes. Sans trouver, au terme de son voyage, les féeriques trésors tant de fois vantés aux Espagnols depuis un an, il constata du moins, à mille indices concluants, que l'or abondait dans cet heureux district. Le sable de tous les cours d'eau étincelait de paillettes. Les Indiens, très adroits à séparer ces paillettes, s'empressaient de les recueillir et d'en faire présent aux compagnons d'Ojeda. Dans quelques torrents, on ramassa des morceaux volumineux d'or vierge et des cailloux tout veinés d'or. Ojeda trouva lui-même, dans le lit d'une rivière, une masse d'or brut pesant neuf onces. Il accourut, en hâte, informer l'amiral du brillant succès de sa mission. En même temps, Gorvalan, qui avait
poussé ses recherches dans une autre direction, reparut, lui aussi, porteur de renseignements et d'échantillons également décisifs.
Colomb résolut d'aller, dès que sa santé le lui permettrait, installer lui-même une troupe de mineurs au sein des montagnes. Et , sans attendre davantage , il expédia pour l'Europe les douze bâtiments qu'il ne jugeait pas utile de conserver. Il y embarqua les cannibales faits prisonniers aux îles Caraïbes. Il plaça ce convoi sous les ordres d'Antonio de Torres ; il remit à cet officier, pour les souverains, les brillants spécimens d'or rapportés des montagnes et des échantillons des plus beaux fruits, des plantes les plus précieuses d'Hispaniola. Il lui confia sous forme d'instruction, sur ce qu'il devait dire à Leurs Majestés, un admirable rapport, embrassant la traversée de Cadix aux Indes, l'état présent de la colonie et les mesures à prendre pour sa prospérité.
Le convoi commandé par Antonio de Torres quitta Isabelle le 2 février. Lorsqu'il rentra en Espagne, il ne manqua pas d'esprits étroits et grossièrement cupides pour remarquer et dire que les bâtiments n'arrivaient pas chargés d'or. Mais, de l'ensemble des correspondances qu'ils apportaient, les hommes réfléchis surent dégager déjà le côté économique vraiment beau de la Découverte. Pierre Martyr mandait alors à son docte ami Pomponius Lsetus : " Colomb m'a écrit dernièrement qu'il a commencé à bâtir une ville, à semer nos graines, à propager nos animaux! Qui de nous parlera maintenant avec étonnement de Saturne, de Cerès et de Triptolème, parcourant la terre pour répandre des inventions nouvelles? ou des Phéniciens qui bâtirent la ville de Tyr ou de Sidon? ou des Syriens eux-mêmes,
qui émigrant dans les pays lointains, y fondèrent de nouvelles villes et de nouvelles colonies ? „
A Isabelle, la plupart des Espagnols virent, d'un œil attristé, partir Antonio de Torres. Ravagés par la fièvre, aussi follement démoralisés à présent, que follement exaltés naguère , assombris par cette puérile chimère, que l'escadre, en les quittant avait rompu tout lien entre eux et la patrie, Hispaniola ne leur parut plus qu'un horrible et mortel exil. S'échapper, revenir, à tout prix et le plus tôt possible, en Espagne, ils n'eurent plus d'autre envie. Un meneur. Bernai Diaz de Pise , lieutenant des contrôleurs généraux , fomenta l'irritation et organisa en parti les plus turbulents. Un nommé Firmin Cado, métallurgiste ignare et vaniteux, se joignit à lui pour répandre, au sujet de la présence de l'or dans l'île, des opinions diamétralement contraires à celles de l'amiral. Il traita de mensonges les récits de la première campagne et les rapports d'Ojeda et de Gorvalan. Les échantillons mêmes qu'on avait vus, ne lui en imposaient pas : les morceaux d'or prétendu vierge n'étaient, selon lui, qu'un métal lentement recueilli par parcelles, fondu, puis conservé de génération en génération dans les familles indiennes; le pays pouvait bien donner ces miettes, mais de fournir à une exploitation régulière et fructueuse, il n'y fallait pas songer. Ces discours et les intrigues de Diaz aboutirent à un complot en règle : on profiterait de la maladie de l'amiral pour s'emparer des cinq navires conservés ; on s'enfuirait sur ces navires en Espagne ; on y dévoilerait la vérité sur les Indes ; le crédit de Diaz à la cour aidant, on serait écouté; si quelqu'un encourait des châtiments, ce serait, non pas eux, mais l'imposteur génois.
Colomb découvrit assez tôt la conspiration et fit arrêter ses instigateurs. Il eût pu sévir avec une extrême sévérité contre Diaz : on trouva, écrit de sa main, contre l'amiral, un infâme mémoire où les calomnies s'entassaient. " L'amiral, dit Washington Irwing, se conduisit avec beaucoup de modération. Par égard pour le rang et la position de Diaz, il s'abstint de lui infliger aucun châtiment ; il le consigna seulement à bord d'un des navires, se proposant de l'envoyer en Espagne pour y êtrejugé. Plusieurs de ses complices, d'un rang inférieur, furent punis, suivant le degré de leur culpabilité, mais non pas avec la rigueur que méritait leur faute. „ Cette indulgence ne toucha pas des cœurs endurcis par la haine : Colomb ne cessa d'être en butte, depuis ce moment, aux plus iniques accusations d'arbitraire et de tyrannie. Étranger, parvenu, il avait contre lui, cette fierté nationale, l'un des traits les plus honorables, quand elle n'est pas égarée, du caractère espagnol : les nobles Castillans tenaient à outrage de voir un Italien punir un hidalgo. Tels étaient déjà les profonds ravages de l'indiscipline, que Colomb, pour préserver la colonie des éventualités les plus extrêmes, se vit réduit à désarmer de leurs canons quatre de ses navires, à concentrer cette artillerie et les munitions sur sa principale caravelle, à n'en confier la garde qu'au petit nombre d'hommes sur lesquels il pouvait compter.
Cependant la santé de l'amiral s'était améliorée. Il en profita pour conduire à Cibao l'expédition dont il nourrissait le projet depuis le voyage d'Ojeda : il espéra qu'une longue reconnaissance à l'intérieur, les multiples épisodes de la marche et les triomphants résultats seraient le meilleur remède contre la tristesse et le mauvais esprit. Il partit le 8 mars, à la tête de quatre
cents hommes. Lés uns étaient des ouvriers avec tous leurs outils pour l'occupation et l'exploitation des gisements aurifères , les autres des soldats brillamment armés ; parmi ceux-ci une cavalerie relativement considérable. 11 avait choisi les meilleurs et les plus aguerris parmi ses hommes valides ; il était assuré de forcer partout, sur la route, la craintive admiration des insulaires, et, au besoin, d'avoir promptement raison des attaques de Caonabo , si le fier " seigneur de la maison d'or „ ouvrait les hostilités. On sortit d'Isabelle en bataille, bannières déployées : au bruit du tambour, aux fanfares des trompettes , le sang espagnol recouvra sa chevaleresque vigueur. On campa, le premier soir, après avoir passé à gué deux rivières, à l'entrée d'un défilé étroit, escarpé, rendu impraticable par les éboulements du terrain et les enlacements de la végétation. C'était le seul passage conduisant à Cibao. Colomb, le lendemain matin, fit appel aux jeunes gentilshommes qui, durant la guerre des Maures dans les gorges des montagnes de Grenade, avaient eu maintes occasions de se familiariser avec le travail des pionniers. Électrisés par ces glorieux souvenirs, ils mettent pied à terre, et, dirigeant avec habileté les ouvriers, les enlevant avec entrain , ils ont bientôt ouvert et aplani la première route du Nouveau Monde. Colomb , avec le tact naturel aux âmes vraiment militaires, leur décerna, sur-le-champ , la récompense qui pouvait le plus leur agréer : il nomma cette gorge, le Défilé des GfentilsJiommes, Une autre récompense les attendait au sommet de la montagne : sur le versant opposé, se déroulèrent, à perte de vue, " comme un paradis terrestre, » devant leurs yeux enchantés, éblouis, fascinés, des savanes à l'étendue immense, aux grâces incomparables, aux splendeurs
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indescriptibles, que Colomb nomma la Vallée Royale. C'est la vallée peut-être la plus magnifique du monde. Les Espagnols la traversèrent. Le seul spectacle de cette éblouissante nature les eût enivrés de joie, Tliospitalité cordiale et gracieuse des nombreux villages qu'ils visitèrent augmenta leur ravissement. Les Indiens furent d'abord effrayés d'un attirail guerrier si nouveau pour eux ; ils furent terrifiés lorsqu'ils virent les cavaliers et leurs chevaux, qu'ils avaient pris, dans le principe, pour un être unique, se séparer en deux et marcher côte à côte : ils commencèrent par fuir avec terreur et s'enfermer dans leurs maisons. Telle était leur simplicité qu'ils se croyaient en sécurité parfaite, après avoir placé à leurs portes une légère barrière de roseaux. Cette ingénuité toucha Colomb : il ordonna de respecter scrupuleusement ces fragiles barricades. Cette sage douceur dissipa par degrés toutes les craintes. La population revint, peu à peu, au devant des Espagnols, offrant tout, donnant tout, ne sachant par quels transports manifester sa reconnaissante allégresse pour les bagatelles d'Europe qu'elle recevait en retour.
Les Espagnols arrivèrent à Cibao. Ils revirent les mêmes indices de mines d'or qu'avait vus Ojeda. On leur apporta des quantités d'or importantes ; les insulaires s'étaient fait un plaisir de les recueillir pour Colomb depuis le passage d'Ojeda. A quelques Indiens qui désirèrent des objets d'Europe, l'amiral fit comprendre qu'il ne les leur donnerait que contre de l'or. Se précipitant aussitôt vers un ruisseau peu éloigné, ils en revinrent, après un court espace, avec de la poudre d'or en abondance. Une sonnette fut échangée pour deux morceaux d'or vierge pesant une once chacun, et l'Indien qui fit ce marché, affecta de déprécier ses deux mor-
ceaux d'or, comme chétifs, en comparaison de ceux qu'on trouverait aisément dans un vallon d'à côté.
Cet or, des fragments d'ambre et d'azur que Colomb trouva, un filon dans lequel il crut constater la présence du cuivre, le déterminèrent à fixer là le quartier général de ses mineurs. Il posa immédiatement sur une hauteur les fondements d'une forteresse. En souvenir des propos des mécontents qui avaient dit, à Isabelle, qu'ils croiraient à la présence de l'or dans les montagnes d'Hispaniola, après l'avoir vu de leurs yeux et toucbé de leurs mains , il voulut que cette forteresse s'appelât Saint -Thomas. Il la relia, par une route, avec Isabelle : l'intervalle était de dix-huit à vingt lieues. Quand ces travaux lui parurent suffisamment avancés, laissant à Saint-Thomas , sous le commandement de Pedro Margarite, un corps d'occupation convenable, il revint à Isabelle.
Il y arriva le 19 mars. Les maladies s'y étaient empirées et généralisées; l'inquiétude et l'indiscipline avaient fait des progrès proportionnels. La diminution des vivres et l'urgente nécessité de pousser activement certaines constructions l'obligèrent de décréter des mesures qui froissèrent d'inintelligents amours-propres. Il soumit tout le monde aux rigueurs de la ration strictement mesurée. Chacun, par sa naissance ou ses emplois, se croyait au dessus de cette règle égalitaire. Le Vicaire apostolique laissa personnellement éclater une susceptibilité de mauvais goût. Il encourut ainsi, de la part de l'amiral , de sévères rappels à l'ordre. Il en murmura davantage; les coteries factieuses eurent son appui. Ces coteries se continrent à peine, lorsque l'amiral fut obligé de faire céder les considérations secondaires de hiérarchie sociale, à des nécessités impérieuses de salut
commun et de justice chrétienne. Les moulins à bras ne suffisaient plus à moudre du blé pour tout le monde. Le moulin mécanique qu'on bâtissait sur la plus petite des rivières, restait inachevé, à cause du grand nombre d'ouvriers tombés malades. A titre de corvée , jusqu'à ce qu'il fût terminé, l'amiral exigea que tous les colons, sans distinction du noble et du roturier, missent la main à un travail d'où dépendait l'existence de tous. Il n'y a aucun doute sur les motifs de force majeure qui contraignirent l'amiral d'en user de la sorte, " afin, dit Herrera, que son peuple ne pérît pas „. Il n'en est pas moins réel qu'à Isabelle, d'abord, ce fut un cri de rage, parmi les fils de famille et tous les gens nés, de se voir astreints à un travail manuel , et, qu'en Espagne, plus tard, les ennemis de Colomb lui firent persévéramment un véritable crime de lèse-nation, d'avoir, à ce point, humilié, disaient-ils, la noblesse. Le Père Boïl censura en public la conduite de l'amiral ; il la taxa, en propres termes, de " cruauté „.
Sur ces entrefaites, Colomb reçut de mauvaises nouvelles du fort Saint-Thomas. Pedro Margarite lui mandait les choses les plus graves, de l'attitude malveillante et des machinations, disait-il, des insulaires et de leurs caciques. Le fait était que l'amiral . une fois parti de Saint-Thomas, les Espagnols avaient exaspéré les naturels ; ils leur avaient extorqué leur or et débauché leurs femmes. Colomb expédia des renforts à Pedro Margarite. Convaincu, en outre, qu'il était essentiel à la subsistance de la colonie , d'établir et de maintenir des relations avec plusieurs points de l'intérieur, il arrêta un plan d'occupation générale, et fit partir pour diverses stations reliées entre elles, et avec Isabelle et Saint-Thomas , des détachements commandés par ses
meilleurs officiers. Margarite reçut le commandement supérieur de toutes ces troupes.