‹ La vie de Jean-Arthur RimbaudChapitre 15 sur 25 · II M · texte numérisé non relu

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Aden — dit-il lui-même — est on roc affreux, • , jf, sans un brin d'herbe ni une goutte d'eau bonne (on boit de l'eau de mer distillée)» La chaleur y est , :;

excessive, surtout en juin et septembre, qui sont ; ;i iS

les deux canicules. La température constante, nuit »

et jour, d'un bureau très frais et très ventilé est . de 35 degrés.

Il gagne peu, là: six à sept francs par jour; se sent comme prisonnier, et projette un départ pour Zanzibar, qu'il ne verra pas toutefois, parce que, deux mois après son arrivée à ~ •';*; Aden, on lui ouvre prochaine la perspective d'un départ au Harrar en qualité d'agent de la compagnie propriétaire du comptoir dont il n'est, maintenant, que l'humble employé. .

Acheteur de café et de parfums, il pouvait, en attendant, parcourir, sous un puissant ||

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soleil, les fertilités miraculeuses de cette Arabie d'Asie, tour à tour, et ses déserts dont les sables ondoient : paysages augustes en lesquels, parfois, un lion dut contempler avec timidité déférente, à travers l'azur des yeux de Rimbaud, une âme dont la forte beauté inspirait déjà du respect cordial aux arabes et une confiance admirative aux négociants européens qui l'exploitaient .

Tout autre bel aventurier que notre insatiable et sublime Arthur eût été heureux sous autant de chaleur agenouillée et soletmelle.

Ce n'est qu'en novembre de cette année 1880 qu'il quitta l'extrémité occidentale de l 'Asie mé- '': ■» ridionale pour, par mer naturellement, attein-

i | dre la cAte orientale de l'Afrique, à Zeilah.

Avant son départ d'Aden, Rimbaud avait écrit à sa famille pour la prier de lui faire parvenir des ouvrages de science, dont la liste est suggestive. Voici, s y rapportant, le passage textuel de la lettre :

J'ai à vous demander un petit service qui ne vous gênera guère».. C'est un envoi de livres à me faire : j'écris à la maison de Lyon (1) de vous envoyer la somme de cent francs, elle portera cet argent h mon compte. Il n'y a rien de plus simple :

Au reçu de ceci, vous envoyé* la note suivante,

(1) Succursale dû comptoir Museran, Vïannay et Barde? .

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Dans la première quinzaine de décembre ♦ }■

après vingt jours de cheval à travers le dange- . ■ ' |roux désert du Somal, il arriva à Harrar, ville -.4

colonisée parles Egyptiens et dépendante en- • .5 * core de leur gouvernement. Là, par les soins . . t| de monsieur Dubar, l'agent général du comptoir d'Arabie, qui l'y avait précédé, il fut mis . en possession de son agence. Les appointements étaient de 330 francs par mois; plus la nourriture, tous les frais de voyage et 2 •/• sur les bénéfices. On saura, par la suite, pourquoi nous précisons ce point des gains.

VIS Dl RIMBAUD

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que tous recopiez et affranchissez, à l'adresse : Lacroix, éditeur, rue des Saints-Péres, Paris.

« Roche, etc M..., veuillez m'envoyer le

« plus tôt possible les ouvrages suivants, inscrits « sur votre catalogue : Traité de Métallurgie \ H y- « draulique urbaine et agricole; Commandant de « navires à vapeur; Architecture navale \ Poudres « et salpêtres; Minéralogie; Maçonnerie, yzr Dema- « net; Livre de poche du charpentier. Il existe un « traité des Puits artésiens, par F. Garnier. Je « vous serais très réellement obligé de me trouver « ce traité, même s'il n*a pas été édité chez vous, « et de me donner dans votre réponse une adresse « de fabricants d'appareils pour forage instantané, « si cela vous est possible. Votre catalogue porte, « si je me rappelle, une Instruction sur rétablis» « sèment des scieries ; je vous serais obligé de me « l'envoyer. Il serait préférable que vous m'envoyas- . « siez par retour du courrier l'avis du coût total de « ces volumes, en m'indiquant le mode de paiement « que vous désirez. — Je tiens à trouver le traité « . des Puits artésiens, que l'on m'a demandé. On me « demande aussi le prix d'un ouvrage sur les « Constructions métalliques, que doit porter votre « catalogue, et d'un ouvrage complet sur toutes « les matières textiles, que vous m'enverrez, ce « dernier seulement. — J'attends ces renseigne- «ment» dans le plus bref délai, ces ouvrages

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« devant être expédiés à une personne qui doit « partir de France dans quatre jours. — Si tous « préférez être payé par remboursement, tous «c pouvez faire cet envoi de suite.

« R Roche, etc. »

Là-dessus, vous enverrez la somme qu'on vous

demandera et vous m'enverrez le paquet Vous

me demanderez également chez M. Arbey, constructeur, cours de Vincennes a Paris, V Album des scieries forestières et agricoles que vous avez dû m'cnvoyer à Chypre et que je n'ai pas reçu. De- ^ |]

mandez à M., Pilter, quai Jemmapes, son grand Catalogue illustré des machines agricoles 9 franco. Enfin, a la librairie Roret : Manuel du Charron; Manuel du Tanneur; Le parfait Serrurier, par Berthaut; Exploitation des Mines , par F. Blanc; Manuel du Verrier; Manuel du Brique tier; Manuel du Potier i du Faïencier, etc. ; Manuel du Fondeur en tous métaux; Manuel du Fabricant de bou» gies; Guide de P Armurier. Vous regarderez le prix ~~ \

de ces ouvrages et vous les demanderez contre remboursement, si. cela peut se faire. Et au plus tôt. J'ai surtout besoin du Tanneur. Demandez le [t

Catalogue complet de la. librairie de r Ecole centrale, à Paris. On me demande l'adresse de constructeurs d'appareils plongeurs; vous pouvez demander cette adresse à Pilter en même temps que

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tll TIC Dl KIMBAUD

le catalogue des machines. — Je serai fort gêné si > tout cela n'arrive pas pour le 11 décembre ; par * conséquent, arrangez-vous pour que tout soit à Marseille le 26 novembre. Ajoutes au paquet le . Manuel de Télégraphie, le Petit Menuisier et le Peintre en bâtiments.

Grftce à l'initiative intelligente d'Arthur Rimbaud, la succursale de la maison Mazeran, Viannay et Bardey, au Harrar, prospéra rapidement.

Dans ce pays des Gallas, élevé mais fertile, sain et frais, les produits marchands dont on s'occupe , en outre du café et des parfums, sont l'ivoire et l'or venu de très loin. Mais, malgré

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l'intérêt que pût présenter ce genre de commerce, autant pour ses matières elles-mêmes que pour la façon de se les procurer, notre poète ne s'y borna pas.

Sa curiosité, son activité se portaient aussi vers des buts de civilisation, de moralisation.

Puis, il explora ; appliquant généreusement les sciences étudiées, en quête toujours de neuves sensations.

Instaurer dans ce pays encore barbare une société immédiatement au diapason du progrès européen en ce qu'il a de bon, société dont le le développement devra donner au monde un exemple harmonieux de mœurs: telle semble être une des dominantes préoccupations du Rimbaud d'alors. Il traçait la voie, ouvrait le champ de gloire où les Ilg, les Mondon, plus, tard, s'illustreront : instruments des victoires et des conquêtes de Ménélick II.

.. A la suite des livres scientifiques et de technique dont il vient d'être question, Rimbaud commença à faire venir de France toutes sortes d'instruments , depuis le théodolithe jusqu'au télescope, sans négliger les outils

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humbles du maçon, du charpentier, du menuisier, etc., etc.; tous objets dont il se servait luimôme avec une singulière adresse.

Son aptitude aux langues, sa faculté d'assimilation aux coutumes devaient fortifier son action.

Il agit de sorte que, après quelques mois d'allées et venues en ce pays d'agriculteurs et de pasteurs, il était déjà considéré comme une providence devant laquelle la haine de l'européen, haine traditionnelle, devait s'abattre. Et c'est ainsi qu'il put, sans encourir de dangers, visiter des contrées qu'aucun oeil de blanc n'avait encore osé aller regarder; par exemple Dubassa, grand plateau situé à 50 kilomètres au sud de Harrar et où sa présence opéra jusqu'à — s'en félicite Monsieur Bardey — y Créer des . marchés.

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Or, et cela devait être (d'exclusifs trafiquants coloniaux pouvaient-ils, mieux que telles médiocrités parisiennes et littéraires d'autan, corn- . prendre toute la beauté utile des faits et gestes d'Arthur Rimbaud ?), les directeurs de la compagnie d'Aden n'approuvaient pas comme il eût fallu. Sans doute, il estimaient perdu le temps employé par leur agent à des œuvres ■ autres que commerciales...

Il blâmèrent, ces négociants, et ce avec i

d'autant plus d'acrimonie que les affaires de .:;"

Rimbaud, ses expéditions, réussissaient à mer» * ' • :\ veille presque toujours, au point de. vue des

bénéfices pécuciaires.

On le taquine. Il est triste.

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Hélas! — écrivait-il à sa mère, le 25 mai 1881 — je ne tiens pas du tout à ,1a vie; je suis habitué à vivre de fatigue. Mais si je suis forcé de continuer à me fatiguer comme à présent, et à me nourrir de chagrins aussi véhéments qu'absurdes sous des climats atroces, je crains d'abréger mon existence... Je suis toujours ici aux mêmes conditions; et, dans trois mois, je pourrais vous envoyer 5000 francs d'économies ; mais je crois que je les garderai pour commencer quelque petite affaire à mon compte dans ces parages-ci, car je n'ai pas l'intention de passer toute mon existence dans l'esclavage... Enfin, puissions-nous jouir de quelques années de vrai repos dans cette vie; et heureusement que cette vie est la seule, et que cela est évident puisqu'on ne peut s'imaginer une autre vie avec un ennui plus grand qu'en celle-ci !

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N'oublions pas, sous cette lettre significative, de rappeler au lecteur la visée parallèle à celle de tout connaître, visée de faire fortune, que, depuis 1875, avait notre poète maudit.

— Le goût amer lui demeurait aux lèvres des hontes et des humiliations versées naguère par. la pauvreté vécue dans, surtout, ce Paris de modistes aux vénalités pudibondes et jalouses, qui le méprisaient pour sa farouche délicatesse,

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qui le calomniaient pour sa naïveté audacieuse ' ; •'

et impérative de génial enfant. Et l'âpre espoir J

de prendre un jour sa revanche avec éclat et " 5

librement, avec autorité, ne l'abandonnera I jamais plus ; et, par suite des circonstances de ' ; f

lieu, devenu un supplice, cet espoir le tuera k £ (nous Tarons avancé, et on va pouvoir le vérifier) * . dès en vue du port de réalisation. Fatidique bateau ivre, tout de même, là, que ce Rimbaud

irrémédiablement voué aux houles du malheur! . *

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