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CHAPITRE PREMIER

La fin de 1658 marque dans la vie de La Fontaine une période nouvelle. Ses relations avec le Surintendant vont le mettre, d'une façon plus continue et plus fructueuse, en contact avec le grand monde. Il sortira de là, sinon plus affiné ou plus riche en observations (et encore...), du moins apprécié d'une élite qui fait en partie la mode. Il ne sera plus ce « garçon de lettres » dont parlait Tallemant, ni un maître des eaux qui fait des vers en amateur, il sera un des poètes de la cour de Vaux (1).

Mais si pour cette raison son entrée chez Fouquet est chose notable, il importe de dire qu'elle n'apporte point dans sa vie un changement complet. Maître des eaux à Château-Thierry, il l'est doublement puisqu'il joint à sa maîtrise triennale la maîtrise ancienne de son père : et nous n'avons

(i) Pour tout ce chapitre renvoyons à la thèse de M. Châtelain (Nicolas Fouquet protecteur, etc.)

pas besoin de lui prêcher la résidence, car nous le voyons assez souvent chez lui, soit en hiver soit en automne (1). Sans doute il multiplie et il prolonge de plus en plus ses séjours dans la capitale, mais il n'y vit pas à demeure. — Il ne vit pas non plus chez le Surintendant, comme les biographes semblent le dire : il est son pensionné, non son pensionnaire; il peut à certains moments devenir son hôte, mais il est le plus souvent simple visiteur. En général il loge à Paris chez l'oncle Jannart, soit au quai des Grands-Augustins, soit plus tard au quai des Orfèvres (2). Et quand il vient à Saint-Mandé (ce qui lui arrive), c'est bien chez Fouquet cette fois, mais sans doute dans l'appartement de Jannart.

Ajoutons qu'il n'y est point seul. On le représente d'ordinaire en rupture de ban conjugal, comme un célibataire en liberté, ou comme un époux en vacances. C'est une erreur. Non seulement telle pièce notariée nous montre Mlle de La Fontaine à Paris (3); mais la simple vraisemblance nous oblige à croire que la nièce des Jannart n'aurait pas laissé échapper une si belle occasion de revoir Paris, où elle semble avoir été en partie élevée (4). Enfin on n'a pas fait attention à la phrase de Louis Racine, qui est pourtant claire : « Lorsque Mme de La Fontaine, ennuyée de vivre avec son mari, se fut retirée à Château-Thierry, etc (5). » Donc les deux époux logent ensemble, vivent ensemble, de la façon la plus correcte : ce qui n'em-

(1) Exemple, en 4659 : au carnaval (les Rieurs du Beau Richard); 19 mars (reçu); en 1660 : 5 janvier (reçu); 27 février (lettre à Gonrart).

(2) Voy. Mesnard. — (3) Dec. 1658. — (4) Salesse. — (5) Racine, Gr. Écr., I, 336.

pèche d'ailleurs ni l'un ni l'autre d'aller où bon lui semble et de faire ce qui lui plaît.

Il était nécessaire d'établir ce point, pour bien marquer dans quelles conditions La Fontaine vivra chez Fouquet. Introduit par Jannart, substitut du procureur général (1), il n'y paraît point, comme tant d'autres, en aventurier ou en quémandeur. Il a une situation, il a une famille : et cela lui donne une certaine surface. Si l'on ajoute (ce que prouvent ses vers) qu'il savait se mettre à son aise, on comprendra qu'il ait eu si vite l'air d'être chez lui.

Depuis quand était-il en relations avec Fouquet"? Probablement d'assez bonne heure, je veux dire au moins dès 56. Le dizain dans lequel il s'applaudit de voir son Epître portée aux nues, et qui semble bien dater de 57, — ce dizain, par l'absence de génuflexions ou de précautions, indique déjà quelque familiarité (2). — Mais peut-être la date de la présentation est-elle secondaire; et secondaire aussi le lieu de l'entrevue. Que ce soit au Palais ou rue Yieille-du-Temple, dans un salon doré ou dans un bureau solennel, — après tout qu'importe? Ce qu'on aimerait à évoquer plutôt, c'est la rencontre des deux hommes : l'un, Fouquet, homme de finance, mais grand seig-neur d'allures et de goûts, arrivé à la quarantaine, le teint coloré sous des cheveux noirs, la physionomie pénétrante d'un manieur d'argent et d'intrigues (3); l'autre,

(1) Rappelons que Fouquet avait cette charge, en même temps que celle de Surintendant.

(2) Quand il offre Adonis en 1658, le ton réservé de la dédicace n'a aucun sens : il s agit ici d'un hommage public. Cf. la dédicace de Psyché, qui suit des relations familières avec la duchesse de Bouillon.

(3) Voy. les portraits que donne Lair dans son Fouquet.

notre poète, très jeune en dépit de ses trente-cinq ans, avec une bonne figure ronde et souriante, dans laquelle pointe son grand nez et où s'ouvre ingénument sa bouche sensuelle. C'est Horace en face de Mécène : et qui sait si le jeune homme n'y pense pas, au dedans de lui? En tout cas Nicolas Fouquet, plus « galant homme » que Mécène et plus accueillant, a vite mis à son aise le maître des eaux. Que celui-ci se considère comme de la maison. — Ainsi fera-t-il.

Mais il s'agissait d'obtenir autre chose que ses grandes ou petites entrées. L'exemple de tant de gens de lettres, ou pensionnés par le Surintendant ou payés de leurs dédicaces, était bon à suivre. Jannart n'avait-il pas fait briller à ses yeux l'espérance d'une pension (1)? La chose n'était pas impossible, il ne fallait que la mériter. Le poète, qui avait ébauché déjà Adonis, se hâta de l'achever ou de le revoir. Après quoi, il confia le poème au célèbre calligraphe Jarry, qui le recopia en 58. Et au sortir de la maladie de Fouquet, vers la fin de décembre, il lui offrit comme étrennes cet admirable manuscrit où l'on voit se jouer dans une guirlande de fleurs et de feuillages les écureuils du Surintendant, et sur lequel Chauveau avait représenté à l'encre de Chine la mort d'Adonis. Il put l'offrir lui-même, profitant d'un séjour dans la capitale. Et il repartit pour la Champagne, attendant l'effet d'un présent que le Surintendant, si habitué qu'il fût à des dédicaces, devait trouver selon son cœur.

(4) Lettre 14 iévr. 56. D'ailleurs le passage est loin d'être

clair.

La Fontaine allait passer plusieurs mois à Château-Thierry. Nous pouvons y attendre avec lui cette pension qui allait venir. C'est une occasion de le voir à nouveau dans sa vie de province, mêlé à des affaires et à des plaisirs.

Les affaires, cette fois, ne sont pas les siennes. On a dit avec raison qu'il s'occupait volontiers de celles des autres : et sans doute Jannart est son onrie, mais enfin ce n'est que justice de noter chez lui cet empressement à se rendre utile, et la confiance qu'il inspire. Donc il est sérieux, il s'applique, il se plonge dans les lods et ventes : et c'est ce que nous montre la lettre du 1er février 1659. Cette lettre est intéressante par ceci encore : Jannart croyait savoir (de quel « donneur d'avis » mal intentionné?) que son neveu venait de perdre au jeu une forte somme et de recourir à un emprunt ; il le lui avait écrit, sans doute en badinant. A cette accusation, qui se trouve être fausse, La Fontaine répond avec impatience. Il estime que les gens feraient bien de se mêler de leurs affaires. Si l'on a prétendu faire plaisir à Mlle de La Fontaine, on s'est trompé : elle n'en « sait nullement bon gré » à ce charitable imbécile. Tout le monde sait ici que leur séparation a été chose toute naturelle, et que jamais sa conduite, à lui, ne l'a rendue nécessaire. — Il a beau être insouciant, on voit bien qu'il est agacé. Cette perte, dont on l'accuse, lui fait l'effet d'un mauvais sort; et il adjure plaisamment son oncle, si pareille mésaventure lui arrivait un jour, de l'en plaindre, non de l'en railler. De l'argent, mais c'est chose sérieuse!

11 ne s'attardera point à ces idées sombres. Il

est en train de préparer un divertissement pour la fameuse « académie ».

Naguère a couru dans la ville une histoire qui a fait la joie de toutes les commères en leurs assises du Beau Richard (1). Un savetier, qui avait souscrit un billet, a chargé sa femme d'aguicher le créancier et de se faire rendre le billet moyennant promesse de quelques baisers; alors, au bon moment, quand il a entendu tousser sa femme, il est arrivé : rien n'est perdu, pas même l'honneur. — Cette histoire, qui semble échappée d'une farce, La Fontaine va en faire une petite pièce (2). Le disciple de Térence se met à l'école des successeurs de Tabarin, et en quelques scènes arrange la chose. Les acteurs sont vite trouvés, étant des amis; la pièce n'est pas moins vite apprise. Toute l'académie est là, robes et canons (à la mode de 58); et les messieurs s'empressent autour des belles dames, Madame la lieutenante, Madame la baillive... qui déploient des grâces et des éventails.

Un prologue gravement expose la morale (mais c'est la morale du maître des eaux) : « Jeunes gens, dit-il, apprenez à rire »; et selon l'usage de la farce, il conte l'histoire. Puis, une succession de scènes rapides, amusantes pour un auditoire qui reconnaît tous les acteurs. Voici M. Le Breton en marchand, qui rêve d'un « petit cœur »; M. le prévôt de La Haye, en savetier, qui se plaint que les temps soient durs; M. de La Barre, tour à tour

(1) Et môme celle de quelques bourgeois. Le Conte d'une chose, etc., nous montre un ou deux de ces gros messieurs suivis de leurs femmes allant demander à la savetière des explications : et la savetière de se moquer d'eux.

(2) L'usage de ces divertissements s'était conservé en province. Voy. L. Paris, le Théâtre à Reims.

cribleur de blé et notaire. Mais qu'est-ce qu'un notaire à côté d'un âne ? ce Le Formier fait l'àne en perfection. Quant au cousin de Bressay, il est tout simplement irrésistible en savetière... Bref le tour est joué; tous les acteurs finissent par une ronde, en attendant que l'assemblée elle-même évolue en danses joyeuses.

Ainsi s'amuse La Fontaine avec ses amis. Comédie de société dans les salons de la province, bruit de violons, éclats de rire. Il n'y a pas un an que le père est mort ! La vie emporte dans son cours pressé les âmes insouciantes ; le carnaval agite ses grelots.

Mais l'hiver a pris fin. Il s'agit d'aller à Paris faire sa cour au Surintendant. Douce contrainte, au bout de laquelle est une pension.

C'est au printemps que se conclut l'affaire, puisque le permier terme tombe à la Saint-Jean. — Disons que nous ignorons le chiffre de cette pension, et qu'on peut hésiter entre mille et deux mille livres. Ce que nous savons mieux, c'est de quelle manière elle fut donnée. « M... (lisons : le Surintendant) ayant dit que je lui devais donner pension pour le soin qu'il prenait de faire valoir mes vers, j'envoyai quelque temps après cette lettre-ci... » Le bienfaiteur devient le pensionné, le poète est le donateur : idée charmante, que notre homme accepte sans plus de façon :

Je vous l'avoue, et c'est la vérité, Que Monseigneur n'a que trop mérité La pension qu'il veut que je lui donne.

Gaiement il offre son programme : madrigaux, menus vers, ballades plaisantes, — pour Pâques

un sonnet « plein de dévotion » . Il jure de ne faire défaut à aucun des termes. Il renonce à toute autre affaire, et retranche impitoyablement la pension d'Iris. Iris, c'est Mme Fouquet, or c'est à elle qu'il s'adresse (1). On voit qu'il prend les choses sans la moindre gène, et que ni les Muses ni les Baux et forêts ne risquent d'être humiliées en sa personne.

C'est qu'ici ce timide (au fait, l'est-il vraiment dans cette période?) se sent à son aise. Il n'a point affaire à des seigneurs hautains ou à des parvenus, mais à des esprits de race élégante. De plus, dans cette maison, il a des amis : sans parler de Jannart, il y retrouve Pellisson, — Pellisson, l'homme de confiance du Surintendant, et qui va se faire non sans esprit le notaire de ce Parnasse où La Fontaine a été promu secrétaire des Muses (2); et ainsi, quand le poète donnera son tribut, Pellisson signera l'acquit, et il le rédigera quelquefois en vers. Notre homme, d'ailleurs, est sans illusion sur la valeur de ce tribut (3) ; il s'en débarrasse comme d'une corvée ; et quand son protecteur lui en fait d'aimables reproches, il répond avec une impertinence affectée :

Trois madrigaux, ce n'est pas votre compte; Et c'est le mien : que sert de vous flatter?

Une telle désinvolture devait sembler piquante au Surintendant : elle le reposait de tant de flagorneries !

(1) Et non point à Pellisson. — (2) Voy. la quittance pour une Ballade. — (3) Il avait bien raison : tout ce bagage est assez mince. — D'ailleurs nous sommes loin d'avoir gardé teufl les vi'i's de celle époque. C'est ainsi que le catalogue Morgand [novembre 1695) annonçait à la suite d'un manuscrit de 1 entrée de la Reine cinq sixains inédits.

On trouve le même ton dégagé, charmant, dans une épître de cette époque, c'est-à-dire de l'été 1659. La Fontaine y raconte à Fouquet sa visite à Saint-Mandé. — Il est allé (à cheval ou en carrosse de louage) pour saluer son protecteur. Mais Monseigneur est en affaires. Dans la vaste galerie où sont assis maints solliciteurs, le poète contemple un moment, avec un mélange de curiosité et d'envie, la luxueuse bibliothèque. L'attente se prolonge : et il -étouffe un bâillement. Puis il va regarder de près des cercueils de rois égyptiens. On dit que ce sont Képhrim et Kiopès : salut à leurs majestés embaumées ! Ils vivaient là-bas, vers Memphis, les voilà échoués en France : que de siècles se sont évanouis, — et que les minutes sont longues! Si encore il y avait ici quelqu'un de connaissance avec qui causer, Benserade, ou le médecin Gervaise, ouïe bibliothécaire M. Carcavi! — Mais un huissier s'approche : Monseigneur prie M. de La Fontaine de l'excuser, il ne pourra pas le recevoir... — Allons, voilà une journée perdue. Une autre fois il ne viendra pas sans invitation, et saura le dire. « Je prendrai votre heure, et la mienne. » Donc il jette un coup d'œil sur les orangers de la cour, et part. C'est la fin de l'après-midi : le soleil d'été illumine les prés et les bois. Devant lui au couchant la grande ville apparaît avec ses toits aigus, ses tours et ses flèches, sur un fond de lumière d'or. Et ce jour délicieux inonde l'àme du poète.

Une autre fois il est allé à Vaux. Depuis quelque temps Fouquet lui a confié le soin de chanter les merveilles de Vaux-le-Vicomte, de ce palais qui n'est pas encore terminé, mais où chaque jour

Lebrun, Anguier, Puget, Le Nôtre ajoutent des embellissements à l'œuvre immense de Le Vau. Il a été préféré (périlleux honneur!) à tous les poètes du Surintendant, y compris le panégyriste latin, l'aimable Madelenet, qui s'était offert. Il faut que La Fontaine édifie quelque grand poème, digne de l'estime que l'on fait de lui. N'est-il pas indispensable d'aller voir de près les beautés qu'il veut décrire ?

Juin est resplendissant. Le beau palais tout neuf étale sa masse de pierres blanches, — ses quatre pavillons qui décorent la grande cour, puis sa façade dressée sur un perron. La Fontaine franchit un pont au-dessus d'un fossé d'eau vive : à droite et à gauche, des terrasses ornées de balustres, et des fontaines jaillissantes. Il gravit les degrés, il entre. Là un grand vestibule, soutenu par douze colonnes ; au milieu, sous le dôme central, un beau groupe d'enfants domptant un lion. Et par de larges baies il voit les jardins.

Les jardins l'attirent. Sans doute ils sont loin d'être terminés; il y a encore ici trop de jardiniers remuant la terre, trop de bruit et pas assez d'ombre : la déesse Hortésie est plus qu'en négligé. Mais déjà certains parterres sont brodés de fleurs, déjà des cygnes blancs nagent dans les bassins. — Le poète a trouvé un coin à l'écart : il s'assied, il regarde, il rêve. Cette œuvre inachevée, il la voit comme en songe, merveilleuse, splendide : et ce songe est déjà un peu le Songe de Vaux...

Mais sa pensée s'égare en d'autres rêves, vers la gloire. Trente-huit ans déjà, et il n'a rien fait! Ne devrait-il pas profiter des loisirs que sa vie lui

donne, — tâcher de devenir un de ceux dont les hommes parleront longtemps? Et l'œuvre des poètes ne dure-t-elle pas plus que les marbres polis et que les pierres entassées? Exegi monumentum œre perennius? — Oui. mais comme il est plus simple de bâtir en Espagne! La vie est si douce, à la laisser fuir ! Les heures passent et glissent comme des cygnes sur les eaux... Et du reste, qui sait? Ce beau chemin du rêve, à travers les fleurs et les bois, est peut-être aussi la route du Parnasse. Le dieu des vers se plaît à ces choses riantes : la rêverie sera notre Apollon. C'est dit, un autre jour nous regarderons de plus près cette architecture et les ouvrages de nos Zeuxis. D'ailleurs, on nous a permis, — que dis-je? conseillé, de nous aider de leurs mémoires, comme des planches de l'ami Silvestre. Nous pouvons sans remords dormir quelques heures, ou suivre à l'occident le char de Phébus.

Au milieu de ces rêves, de ces flâneries, de ces promenades, c'est à peine s'il aperçoit le Surintendant. Celui-ci, fiévreux et rapide, passe à travers les groupes, dictant des ordres brefs, traînant au milieu de ses joies de créateur d'art ses soucis de financier ou de magistrat. Comment l'interrompre? Le saluer de loin, lui sourire, ou répondre d'un mot à une question affable jetée en passant, voilà tout ce qui est à propos. Et puisque le terme approche, c'est à Iris que nous paierons notre tribut.

Ainsi passent les jours à Vaux, à Paris ou à Saint-Mandé. Hier juin, aujourd'bui septembre : délicieuse saison de l'année, temps délicieux de la

vie du poète. Nulle peine; de beaux songes, toutes les joies dune vie aimable. Chez le Surintendant ce ne sont que réunions mondaines ou fêtes splendides : et l'on pense bien qu'il en prend sa part.

On connaît les goûts de Fouquet, son amour du faste, et l'illusion où il était que ce faste plairait à Louis XIV. Déjà, en juillet 59, il venait de recevoir à Vaux une partie de la Cour et les réceptions allaient se succéder jusqu'en septembre 61, soit à Vaux, soit à Paris. Nous n'avons nulle preuve que La Fontaine ait été de ces premières fêtes; mais, sans parler de la dernière qu'il a décrite, comment douter qu'il en ait vu d'autres? 11 lui était plus facile encore de pénétrer à l'hôtel d'Emery et de promener ses regards au milieu de ces réunions où éclatait un luxe royal, où évoluaient dans un décor féerique l'élite des mondains richement parés, où les symphonies alternaient avec les pavanes, et les tragédies avec les ballets, — où tous les arts humains, y compris celui de Vatel, s'unissaient pour mettre les invités dans une sorte d'enchantement, réalisant pour eux toutes les merveilles de la Jérusalem et des Amadis, toute la féerie d'Armide et d'Apollidon.

A côté de ces grandes fêtes, les réunions ordinaires, où La Fontaine à plus forte raison avait ses entrées. Par le rang comme par le mérite des habitués, elles étaient brillantes encore et intéressantes. Auprès des maîtres de la maison et de leur famille (les frères de Fouquet, surtout l'abbé Basile; une de ses filles, la marquise de Béthune- Charost; le fils aîné, qui épousera bientôt Mlle d'Aumonl), le poète y voyait des femmes comme

Mmes du Plessis-Bellière, d'Ux elles, de Brienne, deLaunay-Gravé, la marquise de Sévigné, Mlle de Scudéry; des courtisans assez en vue, les d'Albret, Lauzun, La Feuillade, Gesvres, Créqui, d'Avaux; sans parler des financiers comme La Basinière et surtout d'Herwart. Beaucoup de ces gens-là sont des amateurs d'art, des « curieux », comme Fouquet lui-même. Et tout cela fait un mélange fort agréable de luxe artistique, de grâce et d'esprit. Comment ne point se plaire à des conversations où Saint-Evremond, par exemple, et le galant mais fin Benserade donnent la réplique à Sapho ou à Sévigné? Qu'importe qu'il s'agisse de nouvelles politiques ou littéraires, ou de menus faits, — du départ de la Cour pour le mariage du Roi, de la Toison d'or que prumet Corneille l'aîné, ou d'un vol commis vers Suresnes?La moindre bagatelle peut devenir l'occasion de fines remarques, de panégyriques éloquents, ou de malices enveloppées. .

Je ne sais si les gens de lettres brillent beaucoup dans ces tournois, où les Révérends Pères (fort bien vus ici), les Rapin, les Cossart ou les Vavasseur, savent tenir leur place : que peuvent dire Brébeuf et les deux Corneille? et que dit Jean de La Fontaine? Mais si les poètes veulent des compliments, ils ont la ressource de lire des vers. Soyons sûrs qu'on les y invite, et que notre homme a été contraint de réciter telle de ses ballades, ou de temps à autre (ne fût-ce que pour prouver qu'il y travaillait) quelque fragment du poème de Vaux. Timidement sans doute, gauchement peut-être, il lisait le débat des Muses, ou Vénus et Mars surpris par Vulcain, ou la description de la chambre du Surintendant. Et je crois

qu'en récitant ce joli passage où il s'adresse aux Muses, selon lui trop richement parées,

Quoi? je vous trouve ici, mes divines Maîtresses! Quel charme ont eu pour vous les lambris que je vois?... Pourquoi vous vêtez-vous de robes éclatantes? Muses, qu'avez-vous fait de ces jupes volantes Avec quoi dans les bois, sans jamais vous lasser, Parmi la cour de Faune on vous voyait danser?

il sentait plus vivement encore combien la poésie vraie, — celle qui naît en face de la nature, dans la divine solitude, — est exilée dans le milieu factice des salons mondains. Elle chante sans joie et voudrait se taire, comme un oiseau captif dans une cage d'or.

N'importe, si mondain qu'il fût et gâté par l'artificiel, ce public était un public et l'encourageait à écrire. Ces applaudissements étaient la réputation ; ces sourires, l'aurore de la gloire. Et puis, quand il ne songeait pas à la renommée, notre homme était heureux de se plonger dans tout ce luxe. Artiste et sensuel, il y rencontrait mille joies.

D'abord il était ravi de voir de belles choses. Toutes ces tapisseries, sculptures ou peintures, ces meubles de prix, ces bibelots rares, lui faisaient goûter non seulement la vie somptueuse mais la vie exquise. C'était comme un monde mythologique, fait pour servir de cadre à des divinités. Et que dis-je? Les divinités marchaient sous ses yeux! Il n'avait guère besoin d'efforts, ni de puiser beaucoup dans son magasin d'encens pour faire, de ces femmes qu'il voyait, des déesses semblables à celles d'Homère. Que dire de ces concerts, où des voix célestes se faisaient entendre, de ces ballots qui déployaient aux yeux leur mirage

enchanteur? Que dire aussi — car il ne faut rien omettre — de ces festins où sa gourmandise s'épanouissait en une sorte de béatitude? Tant de nectar et d'ambroisie sous tant de formes, cela le transportait à la table des dieux : son être tout entier fondait en délices.

Mais hàtons-nous de le dire, les sens sont fort loin, ici, d'être seuls en jeu. Ni son goût du luxe n'est d'un niais, ni sa gourmandise n'est d'un goinfre. La sensualité, chez lui, se tourne aisément en émotions d'art. Quand ses yeux se promènent sur ces femmes belles et parées, certainement il voit autre chose que les jeux de la lumière sur les satins et les brocarts, ou le doux rayonnement des perles sur des gorges nues. Mais s'il voit aussi les femmes elles-mêmes, s'il admire ardemment et peut-être immodérément ces fleurs vivantes groupées en parterre (telles brillaient les roses au jardin de Déduit!); si, faisant à cette heure un de ces châteaux en Espagne dont il fut toute sa vie le trop complaisant architecte, il rêve d'avoir à lui « tous les honneurs, toutes les femmes », son imagination de poète le sauve, j'imagine, malgré lui de ses sens : et, par une série de transfigurations, le rêve se termine en apothéose.

Et puis notre poète, toujours ondoyant, observe parfois : nonchalamment, je le veux bien, mais enfin il voit et s'amuse. Mille gestes, mille jeux plaisants de physionomie, toutes les comédies ou basses ou mesquines qui se jouent derrière les sourires polis et la noblesse des attitudes deviennent une joie pour sa malice champenoise. Un moment après il admire à nouveau l'extérieur

iÀL LA VIE DE JEAN DE LA FONTAINE

brillant, l'enveloppe des âmes; il se complaît à ces aspects factices mais exquis de la vie humaine. Et ainsi de toute façon il jouit de ce monde, qui lui offre sans cesse une ivresse si délicate, qui donne une fête perpétuelle à ses sens et à son esprit.

On se lasse de tout, surtout La Fontaine (1). La maison de Fouquet l'ennuierait bien vite, s'il ne pouvait pas en sortir. Mais rassurons-nous, il prend souvent Fair. L'année dernière il avait passé l'hiver à Château-Thierry; il y passe encore l'hiver cette année (2). A Paris même il a une existence à lui, pleine d'amusements. Quand il a rimé pour l'un de ses termes soit une ode anacréontique, soit une ballade ou un madrigal, quand il a dormi quelques heures sur le Songe de Vaux, il est maître de son temps et de son plaisir. Bien des maisons lui sont ouvertes, ou amies. Si la mort a fermé celle du vieux Colletet, et s'il a froidement rompu avec la fausse muse Claudine (comme il brûle aisément ce qu'il adorait!) (3), il lui reste toujours l'austère maison de M. Conrart; il lui reste des salons mondains où mainte conversation, mainte scène comique l'amuse : tel celui que nous ouvre la « Ballade sur les Romans », et dans lequel il clôt si joliment le bec à une fausse prude. Il lui reste encore ses vieux compagnons, avec lesquels nous avons chance de le revoir. Il peut s'offrir les joies de la musique et du théâtre : naguère c'était Jodelet au

(1) Voy. Psyché : «... à la lin on s'eniiuyo de tout, et des belles choses comme du reste... »

(2) Lettre de Conrart.

Ci] Les oracles ont cessé,

Colletet est trépassé...

Petit-Bourbon, ou la Pastorale comique donnée à Issv par le musicien Cambert, ou le Bé lis aire de M. de La Calprenède; et puis les Italiens, et puis les Précieuses ridicules de ce Molière entrevu jadis, et qu'il revoit chez le Surintendant. Vers la fin du printemps, quand il revient de sa province, un spectacle nouveau s'annonce pour lui. La capitale est en effervescence. On attend l'entrée de la jeune Reine. Cent mille provinciaux se sont abattus de toute part, avides de se trouver sur le passage de leurs souverains. A cette inauguration brillante d'un règne grandiose La Fontaine s'empresse, comme tout le monde. Installé dans le faubourg Saint-Antoine sur quelque échafaud (1), dominant la rue encombrée et tumultueuse, par cette journée du 26 août 1660, que n'a-t-il pas vu?

Mais tandis qu'autour de lui tel gazetier de profession (Loret) ou de hasard (Mme Scarron) note minutieusement la marche de tous les corps et l'aspect de tous les costumes, il promène distraitement ses yeux sur ce déploiement de magnificence. Il ne songe à peindre ni les housses en velours rouge, ni les plumets multicolores des mousquetaires, ni les écharpes blanches des chevau-légers, resplendissants dans leurs justaucorps écarlates ; il ne s'arrête ni aux pierreries du comte de Guiche, ni aux rubans de La Feuillade. Il note d'un regard, il notera d'un mot la profusion de l'or et des broderies, sans que cet apparat somptueux ait l'air de l'émerveiller. Moitié par inclination naturelle, moitié par fonction d'amuseur, il s'amuse aux choses plaisantes, au vieux chan-

(1) Voy., dans le manuscrit de Tallcmant, une note.

celier qui chancelle (ce vieux Ségnier, beau comme Médorl), au brave imprimeur Rocollet dont la pauvre échine roule drôlement sur son cheval, et, plus qu'à tout le reste, aux mulets de Son Éminence. Parés, majestueux, vraies bêtes d'Eglise, « ils se suivent en file ainsi que patenôtres » : et seuls les nobles, beaux comme des anges, peuvent rivaliser avec ces mulets. Mais soyons sérieux pour parler du Roi. de ce Roi qui, pareil au vainqueur des Titans et au dieu du jour, apparaît souriant, superbe, au milieu des chapeaux brandis et des mains tendues, dans la longue clameur frénétique d'un million d'hommes en adoration. Et n'oublions pas cette Reine, que toute la France désormais vénère, mais qui est une femme, cette femme si blanche, si rose et si blonde, qui sera la compagne de l'heureux monarque, et va dormir avec le Roi.

Après ce très grand jour la vie ordinaire reprend. Resté sans nul doute à Paris, La Fontaine recommence ses vagabondages. Il apprend les nouvelles, ou va voir les curiosités. Les grandes fôtes royales du Louvre ou de Vincennes ne sont pas pour lui; le deuil de la reine d'Angleterre ne le touche point, ni l'Avent que prêche l'abbé de Tonnerre. Peutêtre s'intéresse-t-il davantage à la maladie de Son Éminence, parce que la fortune du Surintendant y est elle-même intéressée. Hélas, ce bon seigneur est lui aussi malade; et sûrement le poète en a quelque alarme, quitte à être bientôt rassuré. On parle du prochain mariage de Monsieur : bon sujet pour le terme de Pâques. Pour le reste, que lui offre Paris en fait d'attractions? Les beaux motets des Théatins, où d'ailleurs n'entre pas qui veut, Lorsqu'y sont les Reines; le géant du Pont-Neuf,

vu il y a trois ans ; les travaux de démolition du Petit-Bourbon : ceci est amusant à voir les jours où l'on flâne (i). Et puis, que vont devenir les Italiens? Que va devenir surtout la troupe de Monsieur, et cet admirable Molière? On lui donnera, diton, une salle au Palais-Royal. En attendant qu'elle soit inaugurée, les amateurs de théâtre peuvent aller voir le Tigrane de l'abbé Boyer, ou le Camma du cadet Corneille.

La Fontaine a dès lors un lien suffisant pour le retenir à Paris, l'amitié du jeune Racine. Que ce petit cousin de Vitart, de Poignant et de Mlle de La Fontaine lui ait été présenté plus tôt, c'est plus que probable. Bien que les amis de nos amis ne soient pas forcément les nôtres, il y avait entre eux trop de relations communes pour qu'ils ne se fussent pas déjà rencontrés. Mais jusqu'à la fin de 1659 Jean Racine était un simple écolier d'Harcourt. Il n'a pu y avoir liaison qu'à partir du jour où l'adolescent s'est révélé poète : et c'est justement dans le milieu de 1660. A la fin de septembre paraissait chez Courbé la Nymphe de la Seine, et ce début valait d'être remarqué. Ne Favait-il pas été parles experts (sollicités, il est vrai, mais singulièrement affirmatifs) qui s'appelaient M. Chapelain et M. Perrault?

Alors aussi s'émancipait le jeune Racine. Jusquelà tenu en bride par son cousin Vitart, il commençait (quitte à se faire rappeler à Tordre parla mère

(1) Psyché :

Telles l'on démolit les maisons quelquefois;

La pierre est mise à part, à part se met le bois;

On voit comme fourmis gens autour de l'ouvrage.

Agnès) à courir librement les rues : non seulement les rues, mais encore les coulisses, puisque, son manuscrit sous le bras, il allait chez les comédiens et même (proh pudor!) chez les comédiennes, fiévreux de faire un sort à sa tragédie d'A masis. Au milieu de cette fièvre, sentant pousser ses ailes et s'agiter son ambition, est-il surprenant qu^il ait cherché à se faire des amis et retrouvé ce compatriote déjà très en vue, dont se colportaient dans plusieurs salons les madrigaux et les ballades?

Ce qui est sûr, c'est qu'ils se sont vus alors familièrement, c'est qu'ils ont fait ensemble (seuls ou avec d'autres loups, leurs compères) leur métier de nourrissons des Muses et de disciples de Bacchus. On évoquerait aisément ces « brindes » poétiques au cabaret de Vaugirard, et des promenades dans Paris, et mainte partie de théâtre. — Mais ce qu'on entrevoit surtout, entre les deux poètes, ce sont de longues causeries. Le jeune homme bouillant expose à son aîné ses projets d'avenir ; il lui dit le plan d'une pièce entrevue, et l'opposition courroucée de sa trop austère famille, et les comédiens qui répondent évasivement. Il est sans fortune : que faire? Son cousin Vitart, qui l'a introduit chez les Luynes, n'a réussi qu'à lui faire confier quelques besognes fastidieuses. A présent, on lui parle de l'état ecclésiastique : son oncle Sconin, grand vicaire, l'appelle à Uzès, et lui promet un bénéfice. Peut-être dira-t-il oui : un bénéfice ne force point à renoncer aux Muses. Qu'en pense l'ex-oratorien? — La Fontaine sans doute lui conseille de se plier aux circonstances, de s'en aller, quitte à revenir. Et voilà comment un de ces

jours, Racine, sans enthousiasme, partira pour le Languedoc.

En attendant notre homme continue sa belle vie flâneuse. Le Songe n'avance guère. Sous prétexte de se mettre en train, le poète se plonge dans mainte lecture (1). Il rêve de beaux poèmes, qui ne se feront point; les heures passent, il est heureux. Il l'est en dépit de soucis d'argent. C'est au mois d'août de cette année 1661 qu'il rembourse 9 000 livres à Mlle de La Fontaine, mais reste son débiteur pour 9 000 encore (2). C'est dans le même mois qu'un jugement fixe la somme du remboursement de ses charges : mais combien de temps le fera-t-on attendre"? — Bah! il cesse vite d'y penser et se laisse vivre, tout entier au charme d'une vie sans obligations.

Il ne se doute guère que cette vie est près de finir, et que la grande fête préparée à Vaux sera la dernière. — Cette fête est connue, lui-même l'a décrite : raison forte pour n'en point parler. Et pourtant... « J'étais là, telle chose m'advint », semble-t-il nous dire. Et l'on suit les mille détails qui passent sous ses yeux : fiévreux préparatifs dans le palais et les jardins, va-et-vient empressé de manœuvres et de serviteurs; Le Brun et Torelli qui surveillent les décorations, l'officieux Pellisson qui se multiplie; l'arrivée de Molière, qui répète ses Fâcheux ébauchés en hâte. Le soir vient, et le mouvement continue encore. Les marteaux à grand bruit tombent sur les clous ; des valets cir-

(1) Les Contes et les Fables supposent une foule de lectures. — (2) Acte cité par Mesnard .

culent avec des flambeaux. Pourtant tout s'apaise. Mercredi, le grand jour. La matinée voit la fin des préparatifs. Enfin, au début de l'après-midi, on entend battre les tambours : le Roi ! La cour d'honneur s'emplit du fracas, puis du tumulte des carrosses. Empressement, saluts; assemblage confus de costumes de toutes couleurs, qui éclatent avec leurs broderies d'or sous le soleil; et, après le premier silence respectueux, le bruissement des conversations et déjà des rires. Les grands jardins s'égaient, se fleurissent de cette foule brillante, qui circule autour de la cascade ou de la gerbe d'eau. Puis le festin, où s'est surpassé Vatel : profusion de mets et de vins, et de liqueurs de toute sorte; pyramides de confitures et avalanches de citrons doux; mais surtout goût exquis, ordonnance rare. Maintenant on se lève, on s'empresse à la comédie. Elle va se donner là-bas, au bout de l'allée de sapins, dans une délicieuse fraîcheur; car la brise du soir passe sur des fontaines. Le murmure des jets d'eau se tait devant la musique, et la scène s'éclaire de flambeaux, tandis que là-haut peu à peu s'allument les étoiles. Prologue, danses agrestes au son des hautbois ; et, coupée de ballets, la pièce. Ces Fâcheux (si vivants, si neufs!) ravissent La Fontaine : sauf la conversion du tuteur, comme tout cela est vrai, pris dans la nature ! et cela est fin comme du Térence. Décidément ce Molière est son homme... Il s'émerveille encore, que de toute part dans le ciel des fusées s'élancent et sifflent; gerbes de feu, pétards ; et le dôme du palais s'embrase, jetant une nuée de serpents de feu. Deux heures du matin, la cour se retire : grand brouhaha, tambours; puis le bruit

s'éteint, les roulements s'éloignent, et tout rentre dans la nuit.

Le lendemain, c'est lendemain de fête. Partout les carcasses du feu d'artifice, les culots de fusées, les débris de tout genre, fleurs fanées, verdure flétrie. Les allées piétinées ont un air de désolation. Mais quoi? le parc reprendra vite son aspect charmant. Ce sera un bel épisode à introduire dans notre Songe; et les nymphes de Vaux garderont le souvenir du. glorieux hommage rendu par leur maître au jeune souverain.

Trois semaines plus tard, à Nantes, le Surintendant était arrêté.

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