CHAPITRE IV
« Quatre amis, dont la connaissance avait commencé par le Parnasse, lièrent entre eux une espèce de société... », — que tout le monde connaît, par toute sorte de livres. Mais comment négliger dans l'histoire de notre poète des réunions qui lui firent passer si utilement tant d'heures joyeuses? D'autant qu'on ne les a pas toujours peintes, en tout cas datées, très exactement (1).
Rappelons qu'elles ne peuvent être antérieures au début de 1664. — La Fontaine connaissait Racine de longue date: il avait retrouvé Molière vers 1660; il pouvait avoir vu Boileau par l'entremise de Furetière (2). Mais, d'autre part, Boileau, que son frère Puymorin avait présenté à Molière vers 62 (3), Boileau en décembre 63 n'avait pas encore vu Racine (4). C'est seulement quelques semaines plus tard que toutes ces liaisons plus ou moins lâches (rendues intermittentes par les absences de La Fontaine et par le séjour de Racine dans le Languedoc), se rejoignent et se resserrent, pour devenir une société.
(1) M. Lafenestre les place de 61 à 64: M. Faguet (Annales, 2 oct. 1910) écrit : « La société des quatre amis va de 1660 à 1665. »
2 Furetière connaît la famille Boileau (voy. Le Verrier). — (:;, tbid. — (4) Lettre de Racine à Le Vasseur.
C'est à Despréaux, semble-t-il, que revient l'honneur de lavoir fondée. Une tradition solide veut qu'il ait loué une chambre, rue du Vieux-Colombier, pour v réunir ses amis. Nous n'avons qu'à les suivre en ce quartier de Saint-Sulpice. Boileau vient de la Sainte- Chapelle, Molière de la rue Saint-Thomas-du-Louvre (en attendant qu'il habite rue Saint-Honoré) ; Racine, toujours voisin de son cousin Yitart, demeure pour le moment près du nouvel hôtel de Luynes, rue de la Butte (1); enfin La Fontaine vient du Luxembourg ou de chez Jannart.
Déjeuners ou dîners, leurs réunions se font le plus souvent autour d'une table. Et on peut les voir aisément, assis, le verre en main, — tels ces musiciens que nous peint Mignard, — attablés devant un jambon dont la tranche rose fleurit la nappe, parmi les assiettes et les plats d'étain (2). Jambon de Mavence, épaule de mouton ou omelette au lard, ce n'est pas l'affaire. Ils ne sont pas là pour manger, bien que d'ailleurs aucun d'eux ne fasse fi de la bonne chère : ni Molière, chez lequel d'Assoucy jadis s'était cru transporté au pays de Cocagne; ni La Fontaine, qui est gourmand avec délices ; ni Boileau, qui, déjà initié à la gourmandise par ses amis de la Croix-Blanche, disserte gravement, ou bouffonne, sur les mets et sur les vins. Mais, par exemple, soyons certains qu'ils boivent, joyeusement, copieusement. Et pendant que Molière, dont la bonne figure s'illumine, les regarde avec son sourire de contemplateur, les
(1) Aujourd'hui, rue Saint-Guillaume. — (2) Ce tableau appartenait en 1911 à M. R. de Malleray.
yeux fins de Boileau pétillent, ceux de Jean Racine s'enflamment (ses grands yeux pâles si profonds); et Jean de La Fontaine, humant le vin en connaisseur, plisse avec satisfaction ses lèvres gourmandes.
Ils sont jeunes (même les deux aînés) (1) , ils s'égaient, ils causent. De quoi? « de leurs plaisirs, » nous dit l'auteur de Psyché, et il veut dire de leurs amours. Mais cela n'est pas vrai de tous. Boileau a toujours été plus que sage, Molière est rangé et forcé de l'être. Racine, par contre, dans toute l'exubérance de ses vingt- cinq ans, s'applaudit de sa détestable conduite, qui là-bas à Port- Royal fait pleurer des âmes pieuses. Quant à notre homme, apologiste des grisettes (2), il leur offre son cœur volage, et parle ici gaillardement de leurs appas, de leurs bons tours. Ne le dédaignez pas : il ne demande qu'à s'élever jusqu'aux Iris; le moment n'est pas loin où il va s'attendrir bon jeu bon argent, sans s'y attarder et sans en mourir, en soupirant ses Élégies.
Plaisirs du moment, échos du passé. Quand Racine a évoqué le soleil d'Uzès ou son enfance à la Ferté-Milon; quand La Fontaine, émoustillé par le bon vin, a parlé de Château-Thierry, d'aventures galantes, de scènes rustiques, — Molière puise dans les souvenirs de ses longues tournées en province. (« Vous nous parliez d'Uzès : je me souviens qu'étant en Languedoc... ») Et Boileau, fin diseur, raconte à son tour. Pur Parisien, il n'a guère dépassé Villeneuve-Saint-Georges : mais il
(1) La Fontaine a quarante-trois ans, Molière quarante-deux, Boileau vingt-huit, Racine vingt-cinq.
(2) Contes : Joconde.
a de bons yeux-, et, pour qui sait voir, Paris est un monde ! Il a souvent flâné autour de la Sorbonne, (ah! le bon temps des Provinciales, où l'on voyait passer, circonspects ou gesticulants, les bons Pères que fouaillait Pascal!...) Surtout il connaît à fond le Palais, tous les antres de la chicane : et là, que de scènes burlesques où se dévoile piteuse la nudité du cœur humain ! . . . Dans les fumées du vin les langues se délient. Les intrigues d'hier succèdent aux vieilles histoires. On va de Paris à la province, de Saint-Germain à la place Maubert. Et c'est un pétillement de bons mots, un feu croisé d'exclamations, un jaillissement de plaisanteries. Et de temps en temps, réveillé de ses longs silences. La Fontaine enthousiasmé s'écrie : « Vertudiable (1)! »
Mais enfin, quoi qu'en dise notre homme, — qui par horreur dupédantisme proteste contre le soupçon d'entretiens réglés, — leurs réunions sont littéraires. S'ils sont joyeux, s'ils aiment la vie, ce n'est pas (comme les Linières et les Pinchesnes) d'une façon bassement gloutonne : ils aiment la poésie, ils aiment les lettres. S'ils tombent moins souvent que d'autres dans la « maladie du siècle » — le mal d'écrire — ils y tombent, et ils y pensent, et leurs préoccupations d'écrivains les suivent ici. Quoi? Racine se désintéresserait de ses œuvres, lui si avide de gloire, si fiévreux dans son désir d'être joué, de l'être vite et de l'être bien? Et Boileau oublierait les choses littéraires, lui qui est dans tout le bouillonnement de sa verve satirique, lui dont toutes les passions sont passions d'homme
(1) Le Verrier, Sur la satire VII.
de lettres? Passe pour Molière, plus réservé : et encore, en pleine lutte, comment ne se souviendrait-il pas de son art? Quant à La Fontaine, n'estil pas en train de secouer sa nonchalance? — Gardons-nous de prendre au sérieux ces airs détachés, par où il a voulu donner à ses amis une physionomie d'honnêtes gens, — qu'ils avaient d'ailleurs.
Donc ils parlent de lettres, de leurs ouvrages, de ceux des autres.
Molière ici me paraît être au centre. Auteur des Précieuses et des Deux Écoles (et même du Tartufe), il est le seul qui soit déjà quelqu'un. De plus, on l'attaque; il traîne derrière ses triomphes la meute hurlante de ses ennemis : va-t-il être vainqueur de la pieuse cahale? que sera ce Don Juan où il veut fustiger les grands sans honneur?... — Boileau, qui a salué la victoire de YÉcole des femmes ^ ne déteste pas moins toutes les grimaces; lui aussi il a commencé la lutte : sa satire à Molière a déjà paru (1), celle à Le Vayer va paraître, et il en colporte d'autres (achevées ou non) dans les salons et les cabarets. Demain, quand l'apparition de Joconde (2) suscitera une querelle entre les partisans de La Fontaine et ceux de Bouillon, tels autrefois les Jobelins et les Uranistes, Despréaux lancera sa Dissertation sur Joconde (3), et il y fera, en même temps que l'apologie de La Fontaine, celle du naturel, de la vérité. — Plus personnel dans son ambition, plus artiste aussi dans son idéal, l'auteur de la Thébaïde (qui va être celui d'Alexandre) s'entend fort bien avec Boileau, ne fût-ce qu'au sujet
(1) 12 juillet 1664, dans les Délices de la poésie galante. — (2) Fin décembre 1664. - (3) Publiée seulement en 1669, avec les Contes, chez Sambix.
de Quinault et de son Astrate. — Et, au fond, ils s'entendent tous sur les imbéciles et sur les précieux, sur Cotin comme sur La Serre ou sur Le Pays. Pour un ouvrage de haute valeur, comme ces Maximes (1), combien de détestables et de ridicules! Ce Chapelain, dont les oracles règlent les pensions (ingrat Racine, qui ne proteste pas!...), ce Chapelain est misérable ! Ce pauvre d'Assoucy, qui se dit l'empereur du burlesque, est le roi des niais. Assez de fadeurs et de fadaises ! Tout, dans ce règne qui s'annonce glorieux, doit tendre au solide et à la grandeur.
Ainsi parle Boileau, et tous font chorus. Je sais bien que parfois La Fontaine doit faire ses réserves. Si Despréaux est jeune, s'il n'est pas encore le législateur du Parnasse, s'il a très bien su voir dans Jocondele sourire charmant du conteur (2), il n'en a pas moins l'humeur dissertante, et par moments quelque étroitesse. Notre homme n'aime guère les formules, ni les routes tracées au cordeau; il préfère les jolis sentiers. Il le dit, et on le rabroue. Sa lenteur d'expression, le décousu de ses phrases et de sa pensée, ses retours brusques à un sujet abandonné, donnent à rire aux deux jeunes gens (3). Et tandis qu'il accepte bonnement la chose (quitte peut-être à s'en souvenir), Molière, plus voisin de lui par le goût, par l'âge, Molière
(1) Ici, nous avançons : nous voilà vers la lin de 1665. — (2) « Ce molle atque facetum... qu'Apollon ne donne qu'à ses favoris. »
(3) Il faut bien que quelque chose explique une tradition représentée d'abord par le mot de Molière, ensuite par l'épigramme soi-disant faite par La Fontaine « contre Boileau qui le raillait amèrement de ses ingénuités ». On a dit que Boileau n'était point pédant : ce serait à voir, en tout cas il semble bien qu'il ne rendit point justice entière à son ami.
plus mûr et plus pénétrant, pense sans doute ou même prononce le mot qu'on lui a prêté : « Laissez nos beaux esprits se trémousser : ils n'effaceront pas le Bonhomme (1). »
Mais de toute façon le Bonhomme reste indulgent à cette jeunesse batailleuse. Il aime les jeunes gens, il aime ceux-là. Il leur sait gré de l'encourager par leurs applaudissements et de l'animer de leur verve. Il ne dédaigne pas d'écouter leurs avis, — parfois. Surtout il est heureux de vivre dans leur société : ses quarante ans s'y rajeunissent.
Du reste, cette vie commune est loin de s'enfermer dans les causeries d'une chambre. Sans cesse ils se promènent, assistent aux scènes de la rue. Des tréteaux du Pont-Neuf ils vont aux Italiens, où Molière leur donne leurs entrées et les accompagne, car il a un faible pour Scaramouche. Dans ce même Palais-Royal ils voient jouer leur ami, ainsi que sa femme; occasion pour Racine et pour La Fontaine de rôder autour des coulisses et de voir si, comme le dit Molière, ce sont « d'étranges animaux » que les comédiennes. Qui sait s'ils n'ont pas une fois ou l'autre suivi la troupe à Fontainebleau ou à Saint-Germain? Parties improvisées, qui s'accompagneront de rires, de chansons, toujours de bouteilles. — Molière est pressé (sa vie est si lourde !), mais les autres ont du temps à eux. Quand ils en ont assez du Cours la Reine ou des Tuileries (si favorables aux confidences), ils poussent jusqu'à la campagne : Vin-
(i) C'esl la première fois que nous trouvons ce mot. Bonhomme indioue un homme d'un certain â<^c (La Fontaine a dix-huit ans de pïua que Racine), en môme temps qu'une nature débonnaire.
cennes et la Pissotte, Saint-Cloud et la du Ryer (1), Antonv, Saint-Germain. Versailles. A eux les prés fleuris, les forêts, les grandes avenues, ou les bords charmants de la Seine! Ils reviennent joyeux (La Fontaine surtout, et Racine), ayant vu des fleurs et de la verdure, un ciel plus large, plus souriant.
Et puis, il est temps de le dire, nos quatre amis sont beaucoup d'amis. Le plus intime est sûrement Chapelle, que mainte anecdote nous montre avec eux : Chapelle, grand buveur, épicurien nonchalant et spirituel, conseiller très sûr pour Molière, qu'il aime d'une affection solide, auditeur redoutable pour Boileau qui l'estime fort. C'est lui qui dans le groupe prendra la place du grand comique, lorsque celui-ci, brouillé avec Racine (à la fin de 1665), se retirera (2). Un autre intime, naturellement, est Furetière : homme déjà posé, le seul d'entre eux qui soit de l'Académie, il prépare sous leurs yeux le Roman Bourgeois. Son don des portraits les amuse; mais, avec cela, il se livre peu : sa figure reste énigmatique, un peu sournoise. Un homme d'esprit sûrement, un ami officieux peutêtre, mais pas un bon homme. On le voit, avec les autres, chez Antoine (?) Hessein, dont la sœur a épousé Rambouillet de la Sablière. Celui-là n'a guère, je crois, de relations avec les Muses, mais il abreuve leurs nourrissons. C'est chez lui que
(1) Morte, mais la maison subsiste. — (2) Sur Chapelle, dont on a quelques vers aimables, il faut voir l'épitaphe faite par Bernier. Rappelons l'anecdote sur les « cloches argentines » du Lutrin ; « Tais-toi, dit Boileau, tu es ivre. » — « C'est toi qui es ivre, de tes vers. » Mais d'ailleurs Boileau parle de lui (lettre à Brossette, 1er avril 1700) sur un ton admiratif qui surprend un peu : « les deux plus beaux esprits de notre siècle, je veux dire M. Racine et M. Chapelle ».
s'opère (évidente actualité, car nous sommes en décembre 1664, et la comète met en grand émoi tout Paris) la métamorphose en comète de la perruque de Chapelain. Il a sa note originale, c'est un enragé disputeur; mais nos gens ne craignent pas cela :
La dispute est d'un grand secours,
Sans elle on dormirait toujours.
Quand ils veulent plus d'aménité, ils n'ont qu'à rendre visite au doyen Patru. Pauvre bonhomme! Son éloquence ne l'a pas enrichi. Il vit chétivement rue du Puits-l'Hermite, là-bas, très loin, dans la paroisse de Saint-Médard : mais son affabilité et sa bonne humeur, sa réputation dorade rigide, attirent nos amis jusqu'en ces régions écartées.
A côté des gens de lettres, voici des artistes. D'abord le vieux Mignard (1), un des amis de Molière, dont il est en train de faire le portrait; Mignard, un Champenois qui aime les livres. La Fontaine en particulier peut le suivre, soit au Val-de-Gràce qu'il décore, soit chez M. d'Herwart où il peint l'histoire de Psyché, soit dans son atelier (au Louvre), où le poète regarde avec intérêt quelques « étudiants » copier un modèle, qui est quelquefois une femme (2).. Mais ce qui ne l'intéresse pas moins, c'est d'entendre Molière et Mignard parler peinture, à propos du Val-de-Gràce ou du livre de feu Dufrcsnoy (3).
(1) Pierre Mignard (1610 (?)-95); voy. sa vie par Monvillb. —
(2) Contes : le Cas de conscience :
... Quelqu'un n'a-t-il point vu Comme on dessine sur nalure?
On vous i jiuipe une créatuiv, Une Eve, ou quelque Adam, j'entends un objet nu. Puis force gens assis, etc.
(3) Dufresnoy, peintre, ami de Mignard (mort fin 1665).
De la peinture nos gens peuvent passer à la musique. Ils connaissent tous Michel Lambert et son gendre Lulli, dit Baptiste. Lambert chante volontiers des airs ou des vaudevilles (Vous soupire; tout haut, et tout bas je soupire) (1), ou se livre à des pantomimes très réjouissantes. Lulli, qui est avec Boesset surintendant de la musique, n'est pas moins comique et grimaçant que son beaupère. Chanteur ordinaire mais diseur très lin. il chante et joue du violon tout ensemble (Savezrous bien, la belle — Ce que l'on dit de vous?); et les tricotets et les sarabandes se mêlent à ses chants bachiques. Avec lui on aura de joyeuses farces, des entrées dans plusieurs concerts; et, quoique marié (plaisante raison!), il hante volontiers avec eux tous les cabarets.
Les cabarets sont toujours lieu de ralliement (2). Que ce soit chez Crenet à la Pomme-de-Pin, ou au Mouton-Blanc, ou à la Croix-Blanche, à la Croixde-Lorraine ou au Petit-Maure, on est sûr de trouver joyeuse compagnie. Là coulent à Ilots tous les vins fameux : vins d'Arbois, vins d'Anjou, Condrieu, Hermitage, et les Sillery et les Avenay; là, parmi les brumes du tabac, se jouent les parties de trictrac, de dés, de piquet; là s'achèvent ou se nouent les parties de débauche; là se débitent récits galants ou gasconnades. Mais là aussi se disent des vers.
Car les Muses elles-mêmes ne rougissent point de paraître dans certains de ces cabarets. Elles y sont attirées par la jeunesse la plus brillante. Ceux
(1) Yoy. les Airs de Cour et Vaudevilles (Sercy, 65, passim). — (2) C'est' le dernier moment de leur vogue; bientôt ils seront mal vus. Plus tard les cafés les remplaceront.
que nos amis y rencontrent et dont ils deviennent les amis, s'appellent La Rochefoucauld, Vivonne, Termes, Cavoie ou Nantouillet. Tout d'Hozier est là, ou tout l'armoriai de France, et presque tous sont gens d'esprit (1). Despréaux obtient auprès d'eux des succès, presque des triomphes. Pour La Fontaine, qui est timide, ils ne sont pas des auditeurs; mais ce seront bientôt des lecteurs et des partisans.
Ainsi se répand au dehors le petit cénacle. Mais il en faut toujours revenir, si l'on veut le bien voir, à l'intimité. Intimité douce et féconde. Bientôt, vers la fin de 1665, blessé de voir Racine quitter sa troupe pour celle « des Grands Comédiens », Molière s'éloignera. Mais, en dehors de Racine, les autres n'auront garde de le délaisser. La Fontaine, notamment, le verra beaucoup (2). En même temps il restera l'intime de Racine et de Boileau. îl les emmènera quelquefois à Reims, où ils iront plaisanter et boire avec le joyeux Maucroix (3); plus souvent à Château-Thierry, par exemple au printemps de 65, quand appelé là-bas pour un certain temps, il aura peur d'être privé de leur compagnie (4). Tant cette amitié lui est
(1) La Rochefoucauld (le fils!) ne passait point pour un génie. — {2) Rien ne le prouve, mais tout le fait croire : leur parenté d'esprit, les emprunts que La Fontaine fait à Molière, la fable de la petite Louisou dans le Malade imaginaire.
(3) Voy. lettre de Boileau à Maucroix (169.H). — (4) C'est alors que Boileau, invité à dîner par le lieutenant (Rousselet?), lui entendit débiter les triomphantes sottises qu'il a mises dans la bouche de son gentilhomme campagnard : voy. le commentaire de le Verrier sur la Satire III. — Je date 1665 : car la Satire contient une allusion à ï Astrale, joué dès l'hiver 1 664-1 tt65, et qu'on n'a pu lire qu'après. D'autre part es 1666 La Fontaine est bien a Château-Thierry (en mai notamment); mais à ce moment
devenue un besoin ! Il leur a dû beaucoup (comme il doit beaucoup à Molière) : et à ses débuts surtout, au moment où. fonctionnaire menacé, il veut faire des lettres sa carrière, ce sont eux qui encouragent ses rêves de gloire, qui l'aident, le soutiennent dans sa marche vers le succès.
Boileau vient de prendre un privilège pour ses Satires et doit préparer soigneusement son édition: Racine, d'abord attentif à la carrière de son Alexandre, est ensuite occupé à répondre à Nicole. — Le printemps 1K65 est tout à fait probable.