‹ La Vie de jeune filleChapitre 10 sur 47 · PEAU DE SATIN · texte numérisé non relu

PEAU DE SATIN

plus avantageux au point de vue de la coquetterie et le plus dangereux aux yeux de l'hygiène est le blanc d'albâtre ou blanc de Kresner, qu'on ne saurait condamner trop haut. Il est composé de céruse ou carbonate de plomb et détermine à la longue tous les accidents du saturnisme.

Méfiez-vous des fards, Mademoiselle, le meilleur ne vaut rien. Et d'ailleurs à quoi bon, quand on est jeune, quand on a comme vous un teint de lis et de rose?

La médecine, qui ne saurait approuver les fards, repousse énergiquement l'usage et l'abus des parfums, si répandus encore dans le monde féminin. Les jeunes filles auront le bon sens de s'en garder. Les odeurs, presque toujours dues à la volatilisation d'huiles essentielles, sont malsaines et dangereuses : elles excitent le sens et l'imagination, troublent l'entendement, donnent l'insomnie et la migraine, et finalement conduisent à des troubles nerveux graves. Elles ne constituent pas un goût élevé et délicat, mais une passion basse, croissante et désordonnée.

Vous vous plaignez, et à juste titre, de la déplorable manie qu'ont les jeunes gens d'empester les appartements de l'odieux tabac, de fumer sans arrêt cigares et cigarettes. X'ètes-vous

pas aussi déraisonnable, Mademoiselle, en vous entourant d'odeurs, en vous parfumant? Ecoutez le professeur Fonssagrives : u Les femmes ne fument pas, mais elles odorent ; elles remplacent la nicotine par les essences, et le cigare par les flacons, les bouquets, les sachets et les cassolettes. » Et notre savant confrère exprime le vœu qu'on laisse ces stimulants suspects à celles (( qui, n'ayant rien à voir au parfum des bonnes mœurs et à l'odeur d'une réputation irréprochable, remplacent ces arômes par ceux, plus faciles à se procurer, qui sortent de l'officine des parfumeurs ».

Acceptez ce sévère mais juste verdict du D"" Fonssagrives, persuadez-vous de l'inutilité et du danger des parfums, sevrez-en vos mouchoirs, vos. cheveux et votre corsage, et méditez cette sage et belle maxime des anciens que je traduis du latin à votre intention :

Maie olet qui bene olet ; bene olet qui mhil olet.

(( On sent mauvais quand on sent bon : on sent bon quand on ne sent rien. »

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