PAS DE CORSET
Vous VOUS souvenez de la coutume barbare et grotesque qu'ont les Chinois de déformer les pieds de leurs femmxes, de les réduire à un moignon étroit et court qui rend la démarche de ces malheureuses sautillante, incertaine et pénible.
Nous avons eu, nous qui nous prétendons civilisés, un instrument de torture réservé à la femme. C'est le corset, qui constituait à la fois une cuirasse et un étau. Le règne du corset est heureusement terminé, car la mode a ses caprices, parfois bienfaisants.
Les jeunes filles comprendront tout l'intérêt qu'elles ont à ne pas se serrer en apprenant les conséquences graves, pernicieuses pour la santé, qu'entraînait le port de la cuirasse féminine :
Les côtes, et particulièrement les fausses côtes.
sont comprimées, abaissées, immobilisées. La base de la poitrine est rétrécie au détriment des organes qu'elle renferme et des viscères abdominaux : le diaphragme est comme paralysé. Par suite, le jeu des côtes, si nécessaire à la respiration, ne peut plus se faire librement, le poumon est refoulé et réduit, l'hématose devient à la fois difficile et incomplète, la respiration diaphragmatique ou ventrale est spécialement compromise. Cette gêne de la respiration a son retentissement fâcheux sur les différentes fonctions, surtout sur la circulation, elle entrave les mouvements, la parole, elle prépare les congestions, prédispose à l'hémoptysie, aggrave les moindres affections pulmonaires. Combien de jeunes filles délicates, diathésiques, ont du à leur maudit corset la douleur d'être enlevées à la fleur des ans par l'impitoyable phtisie !
Le cœur est particulièrement influencé par la compression des côtes gauches et par le trouble de la circulation, il n'est pas libre dans son expansion. De là de l'oppression, des palpitations, des syncopes fréquentes. Que de fois, au théâtre, en soirée, au bal, des jeunes femmes se sont trouvées mal sous les plus brillants atours ! On les ressuscite en les délaçant, en mettant fin à l'atroce constriction du corset. Mais
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jamais ces malheureuses n'ont avoué la cause de leur mal, parce qu'elles ne voulaient pas renoncer à une torture si bien portée !
L'action nocive du corset sur l'estomac est évidente, c'est la plus fréquente. Il empêche l'ampliation de l'organe pendant le repas, met obstacle au cours normal des matières, ralentit ou trouble plus ou moins la digestion. Il expose souvent à des étouffements, des nausées, des vomissements, à la gastralgie et aux dyspepsies; et l'on sait le fâcheux retentissement des maux d'estomac sur la nutrition, le caractère et les facultés psychiques.
Le foie, qui déborde normalement les fausses côtes, est de plus sérieusement éprouvé : déformé, aplati, il se trouve déplacé vers la fosse iliaque, quelquefois divisé en deux par une large dépression que creuse le rebord des fausses côtes. La fréquence des calculs biliaires, des coliques hépatiques, si souvent signalée par les auteurs chez la femme, n'a pas d'autre cause.
La circulation abdominale se trouve plus ou moins entravée, et les différents viscères abaissés vers le petit bassin peuvent être affectés de congestion, de catarrhe, d'hémorragies et autres troubles graves.
Voilà le lourd bilan du corset, et nous n'avons pas
tout dit. Quelle jeune fille raisonnable voudrait «. se faire » à ce corset antiphysiologique et meurtrier ? Il ne répond à aucune indication et cause des maux multiples et déplorables. 11 ne dessine pas les formes, il fait la taille, une taille fine, la taille de guêpe, mais au moyen d'une constriction graduelle et au prix de la santé (1).
Jeune fille, adoptez et propagez le mot d'ordre de l'hygiène : Pas de corset !
(1) Depuis les premières éditions, la mode a évolué ; le corset antiphysiologique a disparu. Il tend à être remplacé aujourd'hui par une ceinture en tissu élastique, très souple, comportant un petit nombre de baleines et un buse flexible. Il faut se réjouir de cette transformation pour le bon sens et l'hygiène. Mais le corset a eu un règne si long et si prospère, la mode est si fantasque, que la prudence nous conseille de ne pas supprimer le- présent chapitre.