CHAPITRE XII
Considérée au point de vue de l'hygiène, la vie de jeune fille doit être consacrée à fortifier son corps, à développer ses qualités physiques. Cette tâche est des plus importantes; elle se résume dans V exercice.
L'exercice musculaire, la gymnastique en un mot, est un moyen merveilleux et souverain qu'il faut recommander à tous et en particulier aux jeunes filles pour conserver la santé, accroître ou garder la vigueur et la beauté du corps, distraire l'esprit et discipliner les passions.
Secouez-vous donc, jeunes filles apathiques, indolentes ou paresseuses., qui prétendez vivre sédentaires sur votre chaise ou vous abandonner dans un fauteuil aux douceurs du farniente et de la rêverie, secouez-vous, remuez-vous, et efforcez-vous par une
activité réglée de fatiguer vos nerfs et d'épuiser une énergie exubérante qui pourrait vous, conduire à de dangereux écarts. Les mouvements sont très utiles à la santé : ils favorisent la circulation, l'hématose, la nutrition, ils facilitent le jeu des organes et combattent avantageusement les diathèses.
Les mérites de l'exercice ne doivent pas faire oublier ses inconvénients ou ses dangers. On abuse de tout, même des meilleures choses. Tandis que les jeunes filles abouliques (1), dont nous parlions plus haut, se distinguent par une inertie complète, d'autres se trouvent pour faire de l'exercice avec excès, pour se fatiguer, se surmener et contracter des affections plus ou moins graves. La jeunesse est particulièrement exposée, par son inexpérience et sa présomption, à se dépenser follement, à dépasser la mesure convenable. Il faut toujours proportionner la nature des mouvements et leur nombre, c'est-àdire la dépense des forces, à la vigueur et au tempérament des personnes; il faut surtout régler méthodiquement les exercices, les graduer et les obtenir, sinon sans aucune fatigue, du moins sans trouble et sans effort exagéré.
De tous les exercices, le plus simple est la mariai) Sans volonté.
che : elle actionne surtout les membres inférieurs et excite favorablement les différentes fonctions. On ne saurait trop la recommander à la ville comme à la campagne. Elle doit être assez rapide pour produire tout son effet (chaleur et moiteur de la peau) ; mais on doit éviter la longueur. Les jeunes filles que cet exercice rebute peuvent se borner à la 'promenade : le mouvement est plus lent, plus mesuré, mais peut être plus prolongé, et on y trouve intérêt et profit.
La course accroît l'activité des muscles, de la peau, de l'hématose : elle est très fortifiante et recommandable, à condition d'être maintenue dans de justes limites. Elle fait la joie et la santé des petites filles ; mais qui oserait en France la conseiller aux grandes ? En attendant que la mode accepte C€ sport, elles pourraient s'y livrer loin des. regards, sur les chemins ombreux et en retireraient un grand bénéfice. Qu'elles le sachent, les Américaines, les Anglaises ne croient pas déchoir en courant, et leur santé y trouve son compte.
La même observation peut être faite pour le saut, qui exerce à la fois les muscles des membres, du thorax, de l'abdomen et du dos. On le laisse aux jeunes gens et aux chiens savants. Pourquoi les jeunes fille§ n'en profitent-elles pas ?
L'équitation, en amazone ou à califourchon, a ses avantages et ses dangers. Les jeunes filles qui s'y livrent modérément, sans grandes et vertigineuses chevauchées, font un exercice salutaire.
On peut en dire autant du patinage, qui occupe utilement les journées d'hiver et fait si bien valoir la grâce et l'agilité des jeunes filles. Glissez donc hardiment sur la glace. Mesdemoiselles, si vous ne craignez pas le coup de la froide bise, les ennuis de l'apprentissage et quelques culbutes.
Le canotage et son corollaire habituel, la natation, exercent utilement les muscles des membres et sont salutaires. De même le tennis, la balle, le croquet et autres jeux de force et d' adres.se.
Le cyclisme est le sport à la portée de tous : -1 n'est pas sans avantage pour la santé. Les jeunes filles peuvent-elles s'y livrer comme les jeunes gens? Assurément. On doit aussi être sage et se garder de l'emballement. La pratique de la bicyclette, excellente en soi, tourne le plus souvent à l'excès. Les personnes nerveuses, excitables, ne se bornent pas à un exercice tempéré, elles se livrent au cyclisme avec passion, s'entraînent souvent à des raids insensés et trouvent toujours un record à battre. Il n'y a que des inconvénients à agir ainsi. Mieux vaut s'abs-
tenir complètement d'un sport qu'où ne se sent pas capable de régler raisonnablement.
Vauto est agréable et sain en ce sens qu'il est l'occasion de déplacements fréquents en dehors de l'atmosphère vicié des villes. La pratique du volant peut donner aussi à celle qui s'y applique une certaine maîtrise en soi.
Faites-donc de l'auto, Mademoiselle, surtout si votre papa vous a offert une six-cylindres pour vos étrennes. Mais ne vous grisez pas trop de vitesse, ne dépassez pas le 120, et suivez le code de la route, si vous voulez arriver au mariage avec vos deux bras et vos deux jambes.
La danse, si goûtée de nos grand'mères, fait fureur aujourd'hui, bien que dans des conditions différentes. Est-elle permise ? Celle qui s'exerce la nuit dans une atmosphère chaude et viciée est absolument contraire à l'hygiène : on ne s'y livre pas d'ailleurs pour fortifier le tempérament. La morale n'y trouve pas davantage son compte, surtout s'il s'agit de nos danses ultra-modernes, d'importation exotique, où, au rythme d'une musique sauvage, l'indécence du décolletage s'ajoute à celle des mouvements. Il faut donc condamner les soirées dansantes, avec leur fièvre et leurs tourbillons : mais
on peut accepter, dans les familles, de petites sauteries qui servent à occuper les loisirs, et à épuiser les nerfs.
La fréquentation des théâtres et des cafés-concerts n'est pas, d'une manière générale, à recommander aux jeunes filles, même accompagnées : elle n'est pas plus hygiénique que celle des bals, et elle ne saurait fournir souvent que le plus triste et le plus dépravant enseignement à leurs yeux innocents et à leurs chastes oreilles.