‹ La Vie de jeune filleChapitre 22 sur 47 · LA VIE FRIVOLE · texte numérisé non relu

LA VIE FRIVOLE

La jeune fille ne se borne pas à exercer ses muscles pour complaire à l'hygiène, elle prend surtout — et avant tout — soin de son âme pour rester digne de son rang et répondre à sa destinée. Elle cultive son intelligence, complète son instruction, achève son éducation morale et religieuse. Sa vie est un apprentissage de la vie sérieuse, elle veut être sérieuse aussi, bien pondérée et réglée.

Plusieurs vont nous trouver bien grave, austère, sévère même. La vie sérieuse ! Déjà ! à vingt ans ! Est-ce possible ? Attendons à trente, à quarante ans, pour réfléchir et pour travailler, et d'ici là ne pensons qu'à rire et à nous amuser !

C'est le langage que tiennent de nos jours nombre de jeunes filles lancées, et l'on sait qu'elles prati-

quent ce qu'elles disent, et qu'elles vont loin. Nous ne convertirons peut être pas ces écervelées, mais nous devons quand même leur rappeler les règles du devoir : elles donnent un pernicieux exemple et elles font loi trop souvent dans le monde. Elles nous écouteront peut-être quand nous leur montrerons qu'elles ont le plus grand intérêt à être et à se montrer sérieuses. Les autres n'ont pas besoin de notre leçon, elles trouvent au foyer un vivant et doux exemple, elles n'ont qu'à suivre et à imiter leurs mères.

La vie consiste-t-elle à exhiber ses charmes faux ou naturels, à montrer ses dents, sa main, sa poitrine, à paraître sous de gracieux ou beaux atours, à s'occuper de colifichets et de toilettes, à courir les grands magasins, à papoter et à fox-trotter ? Il y a des femmes qui le pensent, qui se croiraient perdues, déshonorées, s'il fallait renoncer à la fièvre tourbillonnante du monde; mais, pour être fixé, il suffit d'interroger les hommes. Le sentiment de ces messieurs n'est indifférent à aucune, il est de première valeur. Or, il est invariable. Tous s'accordent à mésestimer les mondaines, (( les garçonnes », même et surtout ceux qui s'abaissent à mener la vie avec elles. Ils réservent tous Icui's respects, toutes leurs

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sympathies — comme leur amour — à celles qui s'abstiennent des futilités bêtes, des plaisirs faciles et malpropres, et s'attachent aux grands devoirs de leur état, à la vie de famille, aux soins domestiques, au service obscur et désintéressé du foyer. Leurs préférences sont légitimes, justifiées, et toute femme doit avoir à cœur de les mériter.

La jeune fille doit avoir et manifester non seulement de l'indifférence, mais du mépris et du dégoût pour les frivolités et les vaines jouissances du monde, elle doit se complaire dans la forte et riante perspective de la famille, de ses doux plaisirs et de ses austères devoirs. Le goût des autres plaisirs ne la tente pas. Et si les nombreuses relations ne l'effrayent pas, elles ne la trompent ni ne l'illusionnent jamais : elle en sait trop la fragilité. Les visites, les bals, les réceptions, les dîners sont acceptés comme une obhgation de société, comme une distraction reçue, mais ne suffisent pas à contenter le cœur, à remplir une vie. Il y faut une occupation plus sérieuse et plus digne.

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