‹ La Vie de jeune filleChapitre 24 sur 47 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Le passage de l'enfance à la jeunesse, la transformation de la petite fille en jeune fille, c'est le moment décisif et délicat de la puberté. Il ne se fait pas sans apporter dans l'organisme, dans le caractère, dans l'esprit, dans tout l'être, des modifications étranges, importantes, des troubles variés et parfois graves qui justifient le nom qu'on lui donne souvent de crise de la puberté.

Il ne faut ni s'étonner ni s'alarmer des mystérieux apprêts de la nature, il importe de s'en rendre compte. Des organes se dérobent soigneusement à la vue, se voilent pudiquement, parce qu'ils sont le siège de la concupiscence, fruit amer de la faute originelle. Ce ne sont pas des organes ordinaires, indifférents, ce ne sont pas surtout des organes

nobles, comme aiment à le prétendre les matérialistes. A quoi bon chercher à réhabiliter ce qui est et sera toujours la marque d'une déchéance et l'objet de notre honte ? La pudeur est un sentiment étrange qui atteste notre misère et fait notre grandeur : il est indéracinable du cœur humain. Gardons-le fidèlement, maintenons nos sens dans une sévère continence, maîtrisons les ardeurs de l'amour et ne pensons à en user que dans le nid qui lui est réservé, dans le mariage honnête et béni de Dieu.

La transformation physique de la fillette en jeune et grande fille se fait lentement, insensiblement : la vie sexuelle constitue ses organes et les dispose à exercer leurs fonctions.

C'est d'abord la poitrine qui se gonfle. A droite et à gauche apparaissent et grossissent rapidement les deux seins, petites pelotes élastiques et fermes. Respectez-les et soyez-en fière : c'est le gage de votre maternité future. Ce n'est rien aujourd'hui, si vous êtes modeste et pure; c'est une parure qui aura plus tard son prix. La Providence vous en a dotée pour allaiter un jour les chers petits que le mariage vous réserve. Ah ! n'outragez pas ces précieux réservoirs de vie, gardez- vous de les prostituer par des décolletages malsains, voilez-les toujours

avec un soin jaloux; et que leur présence ne vous suggère pas d'autres sentiments que ceux de la reconnaissance au Créateur et du grand rôle que vous remplirez dans le mariage ?

En même temps que les seins, les ovaires et Tutérus, cachés dans le ventre, augmentent de volume, commencent à fonctionner, et les règles apparaissent. Nous parlerons plus loin de ces phénomènes intimes, et nous nous bornerons ici à marquer les changements extérieurs qui sont corrélatifs et frappent tous les regards.

La jeune fille subit alors dans sa conformation une modification profonde qui prépare son rôle physiologique et met en valeur sa grâce et sa beauté. Ses formes se développent et se perfectionnent. Son visage se dégonfle et s'amincit, ses traits s'accusent. Elle se pare de fraîcheur, prend un port digne, des mouvements mesurés, fait valoir tous ses charmes.

Par un contraste frappant, en même temps que le corps s'allonge et s'effile, les hanches s'élargissent, font plus ou moins saillie. Le bassin se développe avec ampleur, attestant déjà la grande fonction que la nature destine à la jeune fille et qui doit en quelque sorte remplir sa vie et glorifier son cœur. La maternité est l'œuvre maîtress.e de la femme.

Les changements physiques de la puberté s'accompagnent de modifications profondes de l'habitus extérieur et de la sensibilité générale. Les jeux sont abandonnés. Le rire cesse d'être bruyant, expansif : il devient rare, contenu, et se transforme dans le doux et radieux sourire. La tenue est composée, la marche lente. Le sans-gêne et la franchise du jeune âge font place à la réserve et à l'observation. Les yeux, ces fenêtres de Vâme, ne sont plus ardents, ouverts, interrogateurs comme naguère : ils ne perdent pas leur vivacité, mais leur ardeur aime à se cacher sous le voile discret et modeste des paupières.

L'attitude nouvelle des jeunes filles s'accuse dans leurs rapports avec tout le monde, elle est surtout frappante vis-à-vis des personnes de l'autre sexe. Ce ne sont plus l'abandon et la camaraderie des fillettes et des garçons confondus dans l'innocence, mais une pose empruntée, comme fausse, puis un embarras croissant et un éloignement honteux, instinctif. Ce changement est caractéristique et prend sa source dans le sentiment nouveau de la pudeur (1).

Tout s'explique par l'éveil du sen qui métamorphose lentement le tempérament et suscite dans l'imagination des tableaux nouveaux, étranges, trou-

(1) Voir plus loin, chap. xxix. .

blaiits, flans le cœur des désirs vagues, immenses, une appétition croissante à la vie s.exuelle.

La jeune fille, heureusement, a sa mère qui veille sur l'éclosion du sens et en assure le développement avec un soin jaloux. A l'effarement des premiers signes, aux angoisses, et aux aspirations du cœur, aux mille inquiétudes de la puberté, cette mère ne manque pas d'opposer une parole amie et consolante; elle sait, d'un mot, rassurer son enfant et satisfaire, dans la juste mesure, à une légitime curiosité.

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