JE SUIS FEMME
Vous rappelez-vous le jour où la réalité de votre nature s'est révélée inopinément, brutalement, où vous êtes vraiment sortie de l'enfance pour devenir jeune fille et vous sentir femme ? C'est le jour de vos premières règles.
Vous sentant mouillée, vous avez secrètement, curieusement regardé votre linge, vous y avez découvert une tache de sang rouge et frais, vous avez vu que vous perdiez du sang.; et, inquiète, troublée, vous êtes allée conter avec effarement l'affaire à votre mère, qui, douce et tranquille, vous a consolée et rassurée avec ces mots : Ce n'est rien, mon enfant, c'est naturel. Toutes les femmes, sont comme toi. Chaque mois, tu perdras ainsi du sang, plus ou moins, pendant quelques jours, et tu n'auras d'autres soins à prendre que de te garnir avec du linge pendant l'écoulement et de te nettoyer ensuite.
Toutes les jeunes filles ont à connaître ce moment critique, toutes doivent garder cette nouvelle fonction et éprouver périodiquement le fastidieux retour des règles. La plupart l'acceptent sans murmure, avec résignation : quelques-unes s'en réjouissent et poussent la gloriole jusqu'à narguer leurs compagnes moins avancées ou plus jeunes; d'autres le subissent avec colère, s'irritent d'être aussi durement arrachées à leur ravissant idéal et de payer un tel tribut à la nature, elles y voient une humiliation et une honte.
Il est certain, que dans l'épanouissement radieux de la jeunesse, avec les occupations de la vie et les exigences du monde, l'écoulement mensuel du sang n'a rien d'agréable, ni de réconfortant, d'autant plus qu'il est loin d'être toujours facile et indolent. La fonction des règles, la menstruation, comme on l'appelle, s'accompagne trop souvent de troubles variés, névralgies, migraines, vomissements, gastralgies, coliques, douleurs, pertes, etc., sans parler des changements qu'elle provoque dans le caractère et l'intelligence. Et à considérer le gros bilan de misères qui l'entourent, on est tenté de plaindre, avec le poète,
La femme, enfant malade et douze fois impur,