‹ La Vie de jeune filleChapitre 26 sur 47 · JE SUIS FEMME · texte numérisé non relu

JE SUIS FEMME

et de l'appeler, avec Hippocrate, un foyer d'infirmités et de douleurs, et avec Michelet, Véternelle blessée.

Mais gardons-nous de nous abandonner à ces excès de langage qui s'inspirent d'un point de vue étroit et faux, et craignons de blasphémer ei;i accusant la nature, en déniant à la plus belle moitié du genre humain sa part de vie, de santé et de bonheur ici-bas. Nul n'ignore que les troubles de la menstruation sont dus en grande partie à la vie factice, agitée et détraquée du monde, au surmenage et aux excès de nos villes : les paysannes qui vivent au grand air et au soleil, avec des mœurs simples et une existence calme, sont beaucoup mieux réglées que nos citadines et ne connaissent pas leurs malaises.

La nature, ou, pour parler clair, Dieu, ne fait rien en vain; et s'il a doté la femme de règles, c'est pour une raison que nous ne connaissons pas et que la science découvrira tôt ou tard. Ne peut-on pas déjà la pressentir ? Le Créateur n'a pas voulu certes associer à l'homme une infirme, mais bien lui donner une compagne saine et vivace, aimante et fidèle. Ce n'est pas en vain que tous les mois la nature prive la femme d'une quantité notable de matériaux organiques, la dépouille de force en excès. Il es.t probable

que les règles constituent pour elle une exonération naturelle, une décharge salutaire qui lui permet, jeune fille, de rester pure et chaste; épouse, de contenir ses sens, d'être fidèle, et de garder l'honneur du foyer.

Ne considérez donc pas, jeunes filles, les. règles comme une lourde tare et une gratuite vexation, ne vous plaignez point d'une sujétion qui est avant tout un dérivatif et une sauvegarde, cessez de récriminer contre la Providence en enviant le sort de l'homme et en maudissant le vôtre, avec ces sottes exclamations que le dépit vous arrache : Quel ennui que ces règles ! Quel malheur d'être femme !

La menstruation ne constitue pas seulement le précieux bouclier de votre vertu, c'est l'annonce et la préparation de votre bonheur futur. Etroitement liée à Y ovulation, elle est en rapport avec la fonction sublime qui doit vous échoir, avec la maternité qui vous attend, que le mariage vous réserve. Ah ! soyez fières de votre grand rôle, et ré jouissez- vous, loin de vous plaindre, de voir régulièrement, d'avoir exactement vos époques. Toutes n'ont pas ce bonheur, hélas ! et vous l'apprécierez davantage en lisant le fait suivant.

Un jour, à ma consultation, une jeune fille me fut

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présentée. Elle était jeune et belle, dans la grâce et la fraîcheur de ses vingt ans, elle avait toutes les apparences d'une bonne s.anté, d'une robuste constitution, mais elle n'avait jamais été réglée. On venait de demander sa main, et les douceurs de l'hyménée lui souriaient, la tentaient avec instance. Mais les parents étaient perplexes, inquiets : ils me ramenaient parce qu'ils voulaient savoir en conscience si elle était mariable et capable d'avoir des enfants. En cas de négative, ils étaient décidés à provoquer une rupture qui navrait par avance le cœur de la jeune fille.

Un examen attentif me fit découvrir que les organes essentiels du sexe lui manquaient, et je dus prévenir la famille de cette regrettable anomalie. La jeune fille ne put se contenir, elle s'affaissa sur une chaise et éclata en s,anglots. <( Pourquoi ne suis-je pas faite comme tout le monde ? » ne cessait-elle de crier : « je ne pourrai donc jamais avoir un mari et des enfants ! »

Elle était inconsolable. Que son désespoir, après tout excusable, serve de leçon à celles qui sont tentées de se plaindre de leurs méchantes règles.

Acceptez donc généreusement ce tribut que vous devez payer à la nature et voyez-y le prix de la noble

et incomparable fonction à laquelle vous êtes appelée. Hier vous n'étiez qu'une faible enfant, sans souci, sans importance, dont la société n'attendait aucun service : aujourd'hui vous êtes femme pour devenir bientôt épouse et mère, pour assurer l'établissement d'une famille. Or, ne l'oubliez pas, ce n'est que du jour où vous avez vos règles que vous êtes femme, vraiment femme, assurée de vos prérogatives et de votre rang dans le monde.

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