‹ La Vie de jeune filleChapitre 27 sur 47 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

La jeune fille rêve souvent, facilement, j'allais dire naturellement, dès qu'elle est seule, dès que le monde la laisse à sa propre initiative. Quittez-la un instant, étendue sur sa bergère, et revenez un moment après, discrètement, sans bruit; vous la verrez dans une pos.e abandonnée, les yeux vagues et perdus dans l'horizon. Elle rêve...

On devine les objets où s'égare avec complaisance son imagination ouverte, ardente. Ce sont les mystères de son cœur, les pourquoi de l'existence, les secrets de la nature. Et il n'y a pas de sujet qui excite et tourmente davantage son esprit que celui de la vie et de ses origines.

Pourquoi suis-je au monde ? Pourquoi suis-je femme ? Pourquoi le sexe ? Pourquoi des hommes et des femmes ?

Cette curiosité est native, forte, irrésistible. Quoi qu'on fasse pour l'enrayer, elle se développera et arrivera à se satisfaire. N'est-elle pas, après tout, raisonnable et légitime ? Ne la laissons pas s'égarer dans les voies dangereuses. Cherchons à la contenter dans la mesure utile, en respectant toutes les convenances; et nous aurons trouvé dans chacune de nos aimables lectrices une alliée sûre et fidèle pour la cause du bien et de la vérité.

Pourquoi le sexe ? dites-vous. Pourquoi suis-je d'une nature, et mon frère d'une autre ? Pourquoi, partout et toujours, des garçons et des filles ?

Et, pour toute réponse, je me contente de vous demander à mon tour :

Pourquoi avez-vous un père et une mère ? Pourquoi leur avez-vous voué, dès votre prise de connaissance, le respect, la vénération et l'amour ?

Parce qu'après Dieu vous leur devez l'existence, tout ce que vous êtes et tout ce que vous valez.

Ce sont eux, ces chers parents, qui vous ont élevée, nourrie, instruite, éduquée après vous avoir appelée à la vie. Là est le secret de la nature, la raison du mariage, le mystère de l'amour.

L'homme et la femme s'unissent pour fonder la famille, pour avoir des enfants, pour perpétuer la

société. Votre père et votre mère se sont associés un jour et vous avez été le fruit béni de leur mariage.

N'insistons pas davantage sur ce grand mystère du foyer et gardons-lui religieusement le caractère sacré auquel il a droit. Cherchons ailleurs une explication plus nette et plus simple de la sexualité, et nous la trouverons facilement. Elle est en effet dans la nature, dont l'homme est le roi incontestable, mais à laquelle il se rattache étroitement par son corps vivant et sensible. Toute la nature animée (végétaux et animaux) connaît et révèle la grande loi de la sexualité.

Voyez les plantes. Elles sont variées., innombrables, splendides ou charmantes, belles ou bonnes; et cependant elles sont toutes éphémères, elles n'ont qu'un temps. Beaucoup ne vivent qu'une année; rares sont celles qui atteignent plusieurs siècles. Toutes sont vouées à la mort, à la dissolution. Le végétal a des phases réglées d'existence : il est jeune, vivace, plein de sève, puis il arrive à une robuste maturité, enfin il vieillit, il s'appauvrit, s'étiole, languit et meurt. Mais — retenez ce point — il ne meurt pas tout entier : il a dans la force de l'âge une vertu merveilleuse qu'il met en œuvre et qui lui permet, comme l'a dit un grand naturaliste, de par-

ticiper, quoique périssable, à l'éternel et au divin. Cette vertu procréatrice s'affirme dans la fleur, votre délicat et gracieux symbole.

Vous voici arrivée, par une voie détournée, mais sûre, au problème qui tourmente votre cœur; vous touchez à sa solution, vous bnîlez, comme vous disiez naguère dans vos jeux d'enfance. Prenez une fleur quelcoiique; ou plutôt non, prenez votre fleur préférée, le lis odorant ou la rose printanière, regardez-la de près, étudiez sa structure, et vous y trouverez sans peine et non sans joie le secret des sexes-

La fleur étale glorieusement au soleil ses jolis pétales, sa ravissante corolle; mais ces légères enveloppes ne sont que pour le plaisir des yeux et du nez. Ouvrez-les doucement; et vous découvrirez le cœur de la fleur, l'intime réceptacle de l'amour avec l'élégant pistil et les fines étamines. Tous ces noms vous sont familiers, car ils appartiennent à la botanique, que vous avez apprise.

Les étamines représentent Vêlement mâle, qui donne une poussière jaunâtre, le pollen ou matière fécondante. Le pis.til, c'est Vêlement femelle qui contient l'ovule. Et voilà nos deux sexes réunis. Toutes les fleurs ne les ont pas, vous le savez. Il y a souvent, sur des pieds différents, des fleurs, mâles

et des fleurs femelles. Elles sont séparées parfois par de grandes distances : le mariage se fait tout de même, et la nature y a pourvu merveilleusement. Comme les tiges qui portent les fleurs sont fixées au sol et que les étamines ne peuvent se joindre au pistil, le pollen est transporté de la fleur mâle à la fleur femelle par les vents, par les insectes qui butinent, par nous-mêmes quelquefois; ej le baiser de l'amour se fait à distance, mais ces rapports yar 'procuration ne se voient que chez les plantes.

Troublant mystère ! Aussitôt fécondée, la fleur perd sa brillante parure, se flétrit et meurt, mais c'est pour faire place au fruit. Du fruit sort la graine, et de la graine jetée en terre une jeune plante qui grandit rapidement, se couvre de feuilles et donne à son tour fleurs et fruits. C'est la loi évolutive du monde vivant.

Le sexe s'affirme encore plus nettement chez les animaux, et il vous suffira de fouiller dans vos souvenirs de la campagne pour trouver un exemple caractéristique. Vous avez vu et admiré à la bassecour de la ferme ou du château le coq superbe au miHeu des poules, vous avez constaté que les poules sont soumises, que le coq se montre prévenant, galant même avec elles., mais batailleur avec ses

semblables. Et vous vous rappelez cette fable du bon La Fontaine apprise sur les bancs de l'école :

Deux COQS vivaient en paix :

Une poule survint et voilà la guerre allumée.

Mais ce ne sont là que querelles domestiques, qui sont étrangères à notre sujet, plus encore au vôtre ; passons.

La poule pond des œufs, et elle en pond tellement que c'est une fortune pour la ferme. Tout le monde mange des œufs, aliment complet qu'on ne saurait trop recommander, et vous vous rappelez votre joie d'enfant à absorber des « cocos ». Mais au poulailler on réserve certains œufs auxquels le coq n'est pas resté étranger, et on les laisse dans le nid. La poule les y couve longtemps, et vous savez le résultat. Bientôt la coque se brise, et l'on en voit sortir ces petits poussins, à peine couverts de plumes, si tendres et si jolis avec leur petit cri et leur bec ouvert, qui vous ont tant amusée naguère.

Des chercheurs de quintessence, des ergoteurs se sont demandé si l'œuf vient de la poule ou la poule de l'œuf, en d'autres termes lequel des deux a paru le premier sur la terre. C'est un oiseux problème qui ne vous arrêtera pas, mais vous pourrez à l'occasion, vous devrez le pos.er à ces libres penseurs qui

veulent supprimer Dieu; il suffira, tout simple qu'il est, à les embarrasser et à les démonter. Rien ne s'est fait tout seul; et il est clair qu'à l'origine des temps, l'œuf ou la poule — qu'importe ? — a reçu l'être des mains du Créateur.

Toute espèce animale vient d'un œuf, Harvey Ta découvert, et la science l'enseigne. Les animaux supérieurs, les vertébrés, se partagent à ce point de vue en deux grandes classes : les ovipares et les vivipares. Les premiers, tels que les oiseaux, les reptiles, les poissons, font comme notre poule : ils pondent des œufs. Les seconds, mammifères et quelques reptiles, sont vivipares : ils donnent des petits vivants. Le développement de l'être a lieu, pour ceux-ci, dans l'organisme de la mère, pour ceux-là, en dehors, dans l'œuf pondu et souvent couvé.

Qu'en est-il de l'homme ? me direz- vous.

Il faut vous le rappeler à la suite du grand Pascal, « l'homme n'est ni ange ni bête ». Il n'est pas un pur esprit, comme le croient certains rêveurs, il n'est pas davantage un vulgaire animal, comme le prétendent les matérialistes. Gardons-nous de ces opinions extrêmes, également fausses et dangereuses.

L'homme est un animal raisonnable, une personne

composée d'un corps et d'une âme. Linné l'appelait homo sapiens, l'homme sage. Hélas ! il ne l'est pas toujours, mais il devrait l'être, car il a la raison, il est doué d'intelligence et de volonté. Son âme est faite à l'image de Dieu. Mais, comme générateur, il ne se distingue pas des animaux : c'est un vivipare. Nous naissons tous bien constitués et vivants, et notre premier acte en venant au jour est un cri, — combien cher à nos mères ! le cri de la délivrance.

L'homme est donc vivipare. Il vient, nous l'avons dit, d'un œuf évolué au sein d'une femme. Pour que cet œuf se développe dans l'organisme féminin, comme la graine se forme dans l'ovaire de la fleur, il est indispensable qu'il soit préalablement imprégné d'un principe fécondant, de même que les organes floraux femelles doivent recevoir des organes mâles la poussière fécondante nommée pollen.

Or, si la femme détient en ses ovaires une infinité d'ovules, c'est l'homme qui dispose des cellules fécondantes. Ici intervient donc, en vue de la propagation de l'espèce, la collaboration des sexes : l'homme, uni à la femme dans une étreinte intime de leurs corps, lui communique la précieuse semence sans laquelle l'œuf ne saurait évoluer pour devenir ce chef-d'œuvre qui se nomme : un enfant.

Tel est, en quelques mots, le moyen employé par la divine sagesse pour assurer la transmission de la vie.

Mais pour que cette collaboration des sexes mérite le nom d'amour, il faut que l'étreinte des corps se complète par une véritable communion des âmes et c'est pourquoi cette œuvre de chair qui se continuera plus tard par « l'élevage » et l'éducation de l'enfant n'a sa place que dans le mariage, qui est le vrai « nid » de l'amour.

Ces explications, Mademoiselle, sont suffisantes pour satisfaire une légitime curiosité, elles donnent la raison des sexes, elles dévoilent discrètement le mystère de l'amour. Les étreintes de l'amour, vous les connaîtrez un jour, dans le mariage, avec celui auquel vous aurez donné votre cœur. Voilà votre charmant maître, votre initiateur autorisé. Ecoutez-le avec confiance, comptez sur lui, comme il compte sur vous.

Votre innocence est à la fois une parure et une défense. La pureté doit vous être précieuse, parce qu'elle fait votre force et votre honneur, parce qu'elle plaît au cœur de Dieu; mais, elle sera encore plus chère et précieuse au mari que le Ciel vous destine. Ce sera le plus riche, le plus beau cadeau de noces

que vous pourrez lui faire, un cadeau royal. Il le désire, il l'attend, et il est sûr de vous posséder tout entière. Le cœur d'une vierge est sans prix : c'est le palpitant foyer d'un amour sans bornes qui ne se donne qu'une fois et pour toujours.

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