CHAPITRE XIX
L'hygiène générale de la jeune fille a été indiquée dans les premiers chapitres de ce livre. Il nous reste à signaler les soins hygiéniques qu'appellent les organes intimes et qui s'imposent. C'est une tâche délicate, qui ne saurait être éludée : nous la remplirons avec ménagement, mais sans omission, sans vaine pruderie.
L'hygiène ne se borne pas à pres.crire le lavage des mains et de la figure, elle s'applique à toutes les parties accessibles du corps sans exception, elle veut la propreté du corps entier. Quoi de plus utile, quoi de plus néces.saire que la propreté ! Ce n'est pas à la femme qu'il faut le rappeler. Le corps est l'enveloppe de l'âme, et il doit être pur comme elle.
La propreté n'est pas seulement une qualité, c'est une vertu, et des plus importantes : elle convient à tous. Comment deviendrait-elle un défaut, comment serait-elle considérée comme malsaine, honteuse ou coupable, par les personnes chastes quand elle s'adresse aux organes qui en ont le plus pressant besoin, aux organes génitaux ? Au nom de la science, au nom de la morale même, il est urgent de rompre avec d'antiques errements qui font comme un devoir de la négligence et de l'incurie, avec de sots préjugés qui peuvent avoir le prestige de la tradition mais qui n'ont ni raison, ni profit, ni excuse. Il n'y a pas de honte à observer la propreté dans tout notre être, il est bon de nettoyer ce qui est malpropre, il est utile de conserver au corps, à tout le corps, l'intégrité que lui a donné le Créateur. C'est un devoir absolu, à la fois hygiénique et moral, d'assurer aux parties les soins intimes de toilettes qu'elles réclament.
(( La propreté, a dit Bacon, est la chasteté du corps; elle est, dans une certaine mesure, gardienne de la pureté des mœurs, elle est une condition de santé pour l'homme, mais aussi une condition de dignité pour lui. »
On ne saurait condamner trop sévèrement l'incurie
des femmes qui se négligent sur ce point : elles font injure à leur corps, et leur faute peut avoir une autre conséquence qu'elles ne soupçonnent pas, un fâcheux retentissement sur l'âme, elle peut susciter des troubles graves dans leur cœur et influencer douloureusement leur avenir.
Il n'y a rien de plus nécessaire que le nettoyage des organes, surtout quand ces organes sont muqueux, pourvus de nombreuses glandes, et profondément situés. Tel est le cas des organes sexuels de la femme. Avec toutes les précautions de la décence, la jeune fille doit leur donner des soins journaliers, procéder chaque matin à une toilette intime et complète, avec une éponge fine imbibée d'eau tiède. Le nettoyage quotidien est indispensable à une place continuellement souillée par l'urine, les sécrétions muqueuses ou autres ; et nous le recommandons avec insistance, parce qu'il est indispensable et trop souvent négligé. Quelques bains de siège, avec une cuvette ou un bidet, sont aussi très utiles. Tous ces soins sont donnés rapidement, convenablement, en se rappelant que les organes intimes doivent toujours être traités avec précaution et respect.
La jeune fille n'y porte pas inutilement la main, mais se maintient dans une méticuleuse et exquise
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propreté. Toujours modeste, elle s.urveille ses muqueuses et en prend soin. Elle doit observer de plus, au moment des règles, une hygiène particulière.
La première et presque unique indication est de favoriser l'écoulement du sang en évitant le froid sous toutes ses formes. Il faut non seulement supprimer les lotions des parties à l'eau froide, mais encore garder le corps, les pieds, et surtout les mains, de tout refroidissement. Le moindre lavage a pour effet de contrarier la fonction menstruelle : il est capable non seulement d'arrêter les règles, mais de causer des troubles consécutifs graves, des affections utérines, abdominales ou thoraciques, de donner le coup de fouet à une diathèse jusque-là ignorée et latente et d'amener la mort. Gardez-vous donc prudemment de l'eau froide, pendant les époques, même pour les soins de la vulgaire toilette dans les longs mois d'hiver. En été, cette précaution est moins nécess.aire.
Si le froid est une cause de saisissement, le trouble moral en est une autre, non moins dangereuse. Il ^o faut s'épargner autant que possible les émotions, r^ les. tracas, dans ce moment difficile où on est sensible, nerveuse, irritable à un degré plus ou moins élevé. La colère, la frayeur et en général toute exci-
talion violente des passions ont pour effet de contrarier le sang et même de l'arrêter.
A l'opposé du froid, la chaleur favorise le cours du sang cantaménial, elle le rend facile et indolent. Aussi ne saurait-on trop recommander à la jeune fille qui a ses règles l'usage de vêtements chauds et le port du pantalon. Celui-ci d'ailleurs, nous l'avons dit, doit être considéré comme une pièce indispensable de l'habillement intime. Si les règles tardent à venir, si elles sont lentes, difficiles, douloureuses, si la jeune fille souffre des reins ou du ventre, une petite médication est de rigueur. L'infusion chaude, aromatique, d'armoise a une réputation ancienne et méritée. On pourra aussi avoir recours aux capsules d'apiol, qui sont très efficaces d'ordinaire. En même temps., des bains de pied à la moutarde, des sinapismes promenés sur les cuisses ou les lombes, des bains généraux tièdes sont utiles. S'il y a constipation, ce qui est pres.que la règle chez les femmes, une petite purgation active et favorise la venue des règles : on peut aussi user des laxatifs, des pilules d'aloès et de podophyllin, des cachets de rhubarbe, etc. L'exercice modéré est salutaire; mais il faut éviter à tout prix les fatigues, les excès. Mieux vaut pour le bon écoulement des sangs, le repos à la
chambre dans une atmosphère tempérée qu'un travail pénible ou une marche rapide, exagérée, au grand air.
Au moment où les règles arrivent, on prend la précaution de se garnir entre les jambes d'une serviette repliée, qui passe d'avant en arrière, et dont les extrémités sont s.oigneusement fixées à un lacet qui fait le tour de la ceinture (1). La nature du linge n'est pas indifférente : on choisit de préférence de la toile vieille ou usée, mais absolument propre ou au besoin aseptisée, qui ne peut ni froisser ni écorcher la muqueuse mince et délicate des parties. La serviette, est-il besoin de le dire, est changée matin et soir pendant la durée de l'écoulement. Certaines femmes ne se garnissent pas : c'est une faute, à moins que le sang ne se perde qu'en quantité insignifiante. Les Anglaises, personnes pratiques d'ordinaire, emploient un sachet oblong garni de son qui à la vertu d'absorber rapidement le sang, mais qui est épais, lourd et gênant. Il n'y a pas d'avantage à l'adopter.
Immédiatement après les règles, il est nécessaire
(1) On emploie plus généralement des serviettes en tissu spongieux, dites : hygiéniques, spécialement confectionnées pour cet usage. Elles se fixent à une ceinture spéciale en tissu élastique.
de soumettre à un lavage complet et minutieux à l'eau tiède les parties et les cuisses plus ou moins souillées par le sang menstruel. On y procède avec convenance, mais sans le moindre scrupule : c'est indispensable.
La jeune fille est souvent atteinte, en dehors des époques, d'un écoulement blanc ou blanc jaunâtre [peintes ou flueurs blanches, leucorrhée) . C'est là un symptôme important, et qu'il n'est jamais permis de négliger. Il accuse souvent un état morbide constitutionnel, lymphatisme, scrofule, anémie, ou simple faiblesse. On ne doit pas s'en alarmer, mais il est bon de prévenir sa mère et de la tenir au courant de ce phénomène pathologique. Dans les cas où il est accentué, il importe.de s'adresser sans retard au médecin, qui examine le cas et ordonne un traitement approprié d'ordinaire efficace.