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CHAPITRE XX

LA VIE DE l'esprit

L'homme, a dit un grand penseur, n'est ni ange, ni bête. Vous trouverez d'aimables et insinuants courtisans pour vous dire que Pascal n'a pas parlé de la femme, et pour cause. Ils prendront des poses solennelles et vous souffleront à l'oreille : la femme est un ange. Vous êtes un ange.

N'en croyez rien, Mademoiselle, résistez à ces galants séducteurs et rappelez-vous le dicton de la fable qui est ici la réalité : Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l'écoute.

La femme n'est pas un pur esprit, elle est, conmie l'homme, une personne composée d'un corps, et d'une âme, un animal raisonnable. C'est une vérité, qui n'est peut-être ni aimable ni gracieuse, mais c'est la vérité. Permettez qu'on vous la dise.

La femme, comme l'homme, ne vaut que par son esprit et son cœur, associés dans l'accomplissement du devoir. Et on ne saurait trop insister sur la nécessité de se replier sur soi-même, sur l'importance de la vie intérieure qui est la vie de l'es.prit.

D'où partent toutes nos actions, tous nos désirs, toutes nos pensées réfléchies et raisonnables, sinon du for intérieur qui les inspire et les commande ? C'est là que se trouve le moi, le seul maître de notre vie, seul responsable de nos actes. Tout le reste se rattache à la pénombre de la subconscience, au sousmoi (1), ne dépend pas directement de notre âme, ne saurait lui être imputé à bien ou à mal. Aussi cette forteresse spirituelle, où se concentre notre activité, est-elle la seule qui doive nous intéresser et nous préoccuper. Le reste n'est que sensibilité machinale, mouvement vital.

Il importe de se retirer souvent en soi-même, de se recueillir, de se soustraire au monde et à ses bruits. Là, dans l'isolement et le calme, on se rend compte de ses pensées, de ses, intentions, on scrute l'intimité de sa conscience, on y met l'ordre, l'harmonie, y faisant rayonner la lumière de la vérité. L'important est de voir clair, de constituer notre

(1) D"- S., Le Sous-Moi, 2« édit.

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unité morale, de gouverner souverainement non seulement l'intelligence, mais la raison.

L'examen fréquent, journalier, de notre état psychique porte un nom connu, familier aux chrétiens : c'est V examen de conscience. Il est nécessaire à toute femme qui comprend la vie, qui entend la conformer aux préceptes divins, qui se rend compte de ses faiblesses et de ses fautes, qui a l'ambition de s'en corriger et de se perfectionner tous les jours dans, la voie morale oii elle s'est engagée. Notre ambition n'est-elle pas d'atteindre le Ciel, et comment y parvenir sinon par la sainteté ?

Le mot vous effaroucherait-il ? Je ne puis le croire, car que de fois dans vos salutaires méditations a surgi spontanément de votre cœur cette brûlante aspiration : Mon Dieu, je voudrais être une sainte !

C'est le cri qui sort naturellement de toute conscience chrétienne, c'est notre appétition ardente, c'est notre vœu le plus réfléchi, le plus fort, le plus profond, parce qu'il est le plus et le seul nécessaire.

Ne l'oublions pas, la sainteté, c'est la raison émancipée à sa plus haute puissance. Elle ne supprime pas la nature, elle la dompte souverainement et la soumet à l'esprit, qui s.e trouve détaché de la chair

en quelque sorte et divinement surélevé. Comme le disait admirablement notre éminent ami le cardinal Perraud, (( être saint, c'est prendre au sérieux les enseignements de la foi, les paroles et les exemples de Jésus-Christ, les vœux du baptême (1) ».

(1) Le Bienheureux J.-B. de la Salle, panégyrique, Autun, E.ITISSIEU. 1889. D. 81.

Dejussieu. 1889, p. 81

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