CHAPITRE XXI
La femme n'est malheureusement pas un pur esprit. Elle est comme nous, hélas. ! aux prises avec les passions de la nature déchue, elle est cruellement partagée entre son âme et son corps, entre V esprit et la chair, elle est continuellement tiraillée par deux principes contraires, par le bien et le mal. Cet antagonisme perpétuel a été très bien dépeint par Racine dans ces vers, libre traduction de saint Paul :
Mon Dieu ! quelle guerre cruelle !
Je trouve deux hommes en moi.
Et Louis XIV, en entendant les vers du poète, ne pouvait s'empêcher d'applaudir et de s'écrier : « Ah ! que je connais bien ces deux hommes-là ! » L'âme du roi comme celle du plus humble de ses sujets, la vôtre comme la mienne ne saurait être étrangère à cette lutte intestine, à ces orages du cœur qui constituent la vie même.
Il serait préférable, disent certains, d'avoir une vie calme et sans nuages. Mais, nous le demandons, où serait la vertu, où serait le mérite ? D'ailleurs, il faut prendre cette vie comme elle est, telle qu'elle nous est offerte. C'est un combat qui s'impos.e sans trêve, qu'on n'est pas libre de refuser, un combat dont le Ciel est le prix.
Les tentations, ce sont les assauts que ne cesse de nous livrer l'esprit du mal pour nous détacher du devoir et nous enlever à Dieu. Il ne faut pas ni s'en étonner ni s'en effrayer. L'important est de les repousser, l'essentiel est de ne pas s'y plaire et de ne pas y consentir. A quoi bon rêver d'un monde où il n'y aurait pas de tentations ? La lutte est notre état normal; et la tentation importe peu, pourvu qu'on la combatte ou qu'on la surmonte.
Acceptons gaîment, généreusement, le combat qui nous est journellement offert et résistons sans nous lasser à la tentation, au mal. Nous ne serons pas toujours victorieux — ce serait le Ciel ! ■ — mais nous serons toujours d'ardents combattants, décidés à vaincre, conscients de nos fautes et y puisant avec la pensée du repentir un désir nouveau et plus vif du bien et de Dieu.
Il ne faut pas surtout se croire fort, s'endormir
sur les lauriers et dans une fausse sécurité. La lutte n'est jamais finie. Une tentation est vaincue, c'est bien; mais elle ne nous préserve pas d'une autre. La tentation est toujours redoutable : elle survient brutalement, inopinément, elle nous surprend et nous retourne en un clin d'œil. Tout à l'heure, nous étions forts, conscients, sûrs de nous.-mêmes, prêts à tout braver et à tout vaincre; maintenant, nous nous trouvons en face du danger, impuissants, fragiles, mous, faibles comme des enfants ! N'est-ce pas là la triste et presque décourageante expérience de tous les jours, et n'est-elle pas faite pour nous inspirer le sentiment de notre faiblesse, la nécessité d'une lutte vaillante et le besoin de la grâce d'En- Haut ?
La tentation est fréquente, inévitable. Gardonsnous de nous en effrayer à l'excès, d'y voir un gouffre* fatal. C'est la vie même. On tombe dans la tentation, mais on ne s'y perd pas nécessairement. II appartient à l'esprit de s.'opposer à la chair, à la loi supérieure de vaincre la « loi des membres », comme parle si bien saint Paul. Que la chair frémisse, s'agite, suscite des troubles sensibles ici ou là, peu importe pourvu que l'esprit n'y coopère pas. L'action du corps n'est rien si nous n'y participons
pas volontairement. La pensée charnelle, les émotions profondes, les mouvements intimes ne sauraient alarmer outre mesure, ils ne doivent pas. être tenus pour nécessairement coupables : ils sont le plus ordinairement spontanés, involontaires, ils dépendent de la (( loi des membres », dont nous ne sommes pas responsables. La loi de l'esprit es,t tout autre et plane souveraine et intangible, au-dessus des mouvements inquiets de la chair : c'est l'essentiel.
Toutes les tentations ne sont pas involontaires, fatales, inévitables. Il en est auxquelles on va de propos, délibéré ou non, il en est qu'on recherche ou qu'on fait naître. Quand on y succombe, on ne peut accuser que sa légèreté et son imprudence. L'occasion fait le larron. Si l'on recherche les occasions de tentations au lieu de les fuir, on est sûr de manquer à l'honneur, à la conscience et à Dieu.
Soyez sages et vigilantes, Mesdemois.elles, et vous échapperez au danger. Il suffit de peu de chose pour allumer la passion. C'est une visite qu'on risque, c'est une lettre, c'est un mot, c'est un serrement de main, moins que cela, c'est un ges.te, un sourire, qui va éveiller au fond d'une âme le désir mauvais, la pensée impure, et préparer les chutes lamentables, les pires catastrophes. En évitant toute avance,
toute familiarité, on garde la réserve qui convient et on se préserve du mal.
Est-ce à une fille d'Eve qu'il faut rappeler la nécessité de ne pas user de son pouvoir tentateur ? Ce n'est pas tout de ne pas brûler : il ne faut pas davantage allumer d'incendie autour de soi. Vous pouvez par vos avances, par vos manières, par vos démarches, par vos paroles, par vos réticences, par ces mille riens qui constituent le jeu cruel de la coquetterie, vous pouvez faire naître une passion folle, que vous ne partagez pas; mais vous demeurez responsables et coupables de toutes les fautes que votre légèreté fait commettre. Gardez-vous d'un jeu pareil, qui est une infâme déloyauté. Vous n'avez pas le droit de promettre ce que vous ne pouvez pas tenir. Il n'est pas permis de faire appel à l'amour sans le motif légitime du mariage. Vous êtes responsable des débordements que vous excitez chez auti'ui comme en vous-même.
Toute jeune fille qui se respecte doit se posséder dans une parfaite intégrité et éviter de pareils écarts : elle se méfie des orages du cœur, maintient la <( bête » sous bonne garde et conserve précieusement la paix de l'âme.