AVEC CES MESSIEURS
Dans la fleur de la jeunesse, on a le cœur gai et content, on rayonne en quelque sorte autour de soi la joie et le bonheur, on voit la vie en rose et on ne rêve que plaisirs. La jeune fille n'échappe pas plus que le jeune homme a ce béat optimisme ; et il serait cruel de lui en faire un crime. Qu'elle s'ouvre joyeusement à la vie, qu'elle soit expansive, qu'elle aime à rire, c'est naturel, — et c'est permis.
Mais de grâce, qu'elle soit digne, sérieus.e, honnête dans la vie du monde, qu'elle garde vis-à-vis de l'autre sexe non seulement l'élémentaire pudeur, mais la plus exquise réserve, qu'elle n'oublie jamais auprès de ces Messieurs l'honneur de son sexe, le respect de toutes les convenances et sa propre dignité. Il y va de son avenir, de ses plus chers intérêts.
Regardez ces jeunes filles légères, évaporées, qu'une mauvaise éducation a dépourvues de toute l'ègle et qui se lancent dans la vie sans en connaître les écueils et les dangers : leur exemple doit vous servir d'avertissement et de sauvegarde. Elles, accusent un profond dédain pour les préjugés du monde, s'affichent en tous lieux avec des toilettes excentriques et tapageuses, sont osées, provocantes, et se croient encore honnêtes. N'ont-elles pas l'extrême prétention d'être simples et naturelles, exemptes de cet air emprunté et faux qui distingue les autres, celles qu'elles nomment les yetites 'pensionnaires ? Le monde, auquel elles se livrent éperdument, leur souffle l'amour du plaisir : elles s'amusent. Aucune extravagance ne les arrête. Elles s'affranchissent de tout ce qui gêne leurs ébats, des servitudes mondai»^ is comme des scrupules intimes, elles prennent toutes les libertés du sexe fort, lui empruntent même ses vices. On les voit s'attabler au café, s'afficher au théâtre, fumer la cigarette avec une superbe désinvolture, et sans y trouver le moindre agrément : elles ont rompu avec les vieux usages, elles sont ou veulent paraître libres, émancipées.
Hélas ! elles sont si bien émancipées, dégagées des convenances, qu'elles recherchent les hommes et ne