L'AMOUR
prendre. Elle admire le brillant clinquant, elle goûte fort les faux atours qui lui cachent la pâle réalité et souvent le danger et la hideur du mal. Qu'elle se méfie des vaines apparences, qu'elle évente et comprenne le jeu de la nature, qu'elle surveille attentivement ses sens et surtout qu'elle n'abandonne jamais le gouvernail de sa raison ! Le péril, ô jeunes filles, n'est pas tant dans le sens que dans l'imagination qui vous égare avec ses mirages. Que la folle du logis, comme l'appelait Malebranche, n'ait jamais raison de votre esprit et n'accapare en aucun cas la direction de votre vie !
Combien de jeunes filles se croient sûres d'ellesmêmes, maîtresses de leur cœur et de leur sens., et s'éprennent follement de telle ou telle personne apparue à l'horizon. Elles la connaissent peu ou point, mais la parent aussitôt de tous les dons, des qualités les plus exquises. Elles l'enveloppent d'une ardente sollicitude, la suivent partout avec la pensée et croient naïvement ne pas excéder les bornes de la simple affection ni aliéner la liberté de leur cœur. Elles se persuadent que leur attachement n'est pas une basse servitude et n'a rien que de légitime et d'honorable sans voir ni comprendre — ô aveuglement de la pa§sion ! — que leur affection soi-
disant idéale, que leur amour prétendu platonique plonge ses vivaces racines, puise son perpétuel aliment dans la chair.
Cet amour, hâtons-nous de le dire, est acceptable, permis s'il peut ou doit aboutir à sa fin, s'il a pour objectif vrai ou supposé le mariage ; mais il ne faut pas s'illusionner sur ces motifs, sur sa vraie base. Il est ordinairement d'ordre sexuel, à l'insu même de l'intéressé; et par suite il doit être prévenu. Les mouvements du cœur ont besoin d'une règle sévère : ils ne sauraient être trop étroitement surveillés et contenus si l'on tient à l'honneur de la vie, à la maîtrise du cœur, à la paix de l'âme.
Il y a en nous une bête qui sommeille. Gardonsnous de la réveiller, d'exciter ses, ardeurs. L'amour est une puissance perfide : ne lui donnons pas l'essor, car nous ne sommes jamais sûrs de la contenir.
L'homme n'est qu'une bête, disent les matérialistes; et ils acceptent, ils encouragent ses excès comme des simples effets de la nature. C'est une monstrueuse et dangereuse erreur. Dans sa vie raisonnable, l'homme ne peut être qu'au-dessus de la bête; dans ses débordements, il tombe au-dessous; jamais il n'est à égalité. La bête doit toujours être dominée et gouvernée par l'esprit.