CHAPITRE XXV l'amour et le mariage
L'amour que vous sentez fermenter au fond de votre cœur n'y a pas été mis en vain : il a un but, il a son rôle dans votre vie. Il vous a été donné par le Créateur comme tout ce que vous possédez, il a une fonction utile, nécessaire.
Vous avez l'intuition de cette fonction, l'instinct de votre destinée, et vous êtes la dernière, fille candide et simple, à ignorer la signification de l'amour. Ne craignez pas de la proclamer bien haut, n'hésitez pas à enseigner autour de vous, à défendre et à propager cette vérité primordiale qui est de nos jours si outrageusement méconnue par tant de malheureux jeunes gens, par l'opinion et les mœurs publiques, par le pouvoir et la législation même :
U amour est fait your le mariage, il y trouve son foyer et sa fin. Ses plaisirs sont vifs, exquis, et ils
n'ont rien que d'honnête et de légitime quand on les goûte dans l'ordre de la nature suivant les lois de Dieu. On peut, on doit les rechercher uniquement dans le nid qui leur est consacré. Le mariage leur est largement ouvert : il donne à nos instincts naturels toute la satisfaction qu'ils peuvent réclamer, mais seulement dans l'union complète et indissoluble que Dieu bénit. Hors de là, il n'y a, pour l'amour, que folies, péchés, turpitudes, scandales : c'est la honte et le déshonneur dans le vice et dans la boue. Autant l'amour est acceptable, désirable, recommandable dans le mariage, autant il est malsain, déshonnête et interdit dans le célibat, oii il n'y a place que pour une continence chaste et sévère.
Le mariage n'appartient qu'à l'homme, il est absolument inconnu au monde animal. C'est une institution primordiale, capitale, nécessaire, qui nous est propre et reste aussi inexplicable qu'incomparable au point de vue naturel. Elle trahit l'origine et la fin de l'homme et marque ses plus nobles prérogatives : le mariage naît de son libre choix, engage sa parole et sa foi, donne tout son être, âme et corps, et crée la famille, qui est l'élément premier et la base fondamentale de la société.
Le mariage, qui unit à jamais l'homme et la
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femme, est constitué essentiellement par le lien qui résulte de leur accord et l'obligation qui s'y rattache. Rien n'est comparable à ce lien qui établit la communauté des personnes. Contrairement à toutes les conventions sociales qu'un accord fait naître, mais qu'un autre accord peut rompre, le contrat conjugal n'est pas résiliable au gré des parties : il est indissoluble. Deux volontés peuvent librement s'accorder, se donner l'une à l'autre, s'aliéner, mais elles ne peuvent plus se dédire, se reprendre : elles sont unies pour la vie.
Qui a forgé les chaînes de la vie commune ? Assurément, ce n'est pas la seule volonté humaine, mais c'est Dieu même qui a donné à l'union conjugale un caractère sacré, inaliénable. Le mariage est religieux dans son institution primitive, et comme l'a dit le pape Léon XIII dans sa célèbre encyclique, « il est saint par sa propre force, par sa nature et de luimême ».
Malheureusement, les s.aintes lois du mariage n'ont pas été longtemps respectées par l'humanité déchue, dont elles bridaient étroitement les violentes passions, et il a fallu qu'un Dieu vînt en personne les proclamer et les restaurer. Jésus assiste aux noces de Gana et y inaugure sa vie publique par un pre-
mier miracle, le changement d'eau en vin, qui figure la transformation divine du mariage. Plus tard, interrogé par les Pharisiens, il n'hésite pas à condamner le divorce et replace la loi conjugale sur ses vraies bases : « N'avez- vous point lu, dit-il, que Celui qui créa l'homme au commencement le créa un seul homme et une seule femme, et qu'il dit : Uhomme quittera son yère et sa mère et s'attachera à son épouse, et ils seront deux dans une seule chair. Et moi je dis : Ils ne sont pas deux, mais une seule chair. Que V homme ne sépare pas ce que Dieu a uni. »
Ces solennelles paroles du divin Maître annoncent la grâce qui va transformer l'union conjugale. Les apôtres reçoivent de sa bouche la vraie doctrine, et saint Paul la commente pour tous dans une de ses belles épîtres : « Que les femmes soient soumises à leurs maris comme au Seigneur; car l'homme est la tête de la femme, comme le Christ es.t la tête de l'Eglise, lui, le sauveur de son corps. Comme l'Eglise est soumise au Christ, que les femmes sont pareillement soumises en toutes choses à leurs maris. Hommes, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l'Eglise jusqu'à se livrer pour elle, afin de la sanctifier en la purifiant par le baptême d'eau dans la
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parole de vie, voulant se donner à lui-même une Eglise glorieuse, n'ayant ni tache, ni ride, ni rien de tel, mais s.ainte, immaculée. Ainsi, les maris doivent aimer leurs femmes comme leur corps ; celui qui aime sa femme s'aime lui-même. Personne jamais ne hait sa propre chair; mais on la nourrit et l'entretient avec soin, comme le Christ l'Eglise; car nous sommes les membres de son corps, nous sommes de sa chair et de ses os. C'est pourquoi l'homme abandonnera son ptre et sa mère et s'attachera à son épouse ; et ils seront deux dans une seule chair. Ce sacrement est grand, et moi je dis dans le Christ et dans l'Eglise. »
Ainsi le mariage est bien, comme l'enseigne l'Eglise d'accord avec le précieux texte de l'Apôtre et avec toute la tradition, un des sept sacrements de la loi évangélique, institué par Notre-Seigneur Jésus- Christ. Et ce sacrement ne se surajoute pas au mariage; mais, ainsi que le déclare le Concile de Trente, le mariage même est sacrement. C'est dans le contrat, dans l'échange des consentements que résident les éléments sacramentels dont naît un lien sacré et surnaturel, imprégné de la grâce de Dieu : les futurs sont, à bien dire, les mJ.nistres du sacrement. Ce sacrement demeure permanent, indéfec-
tible dans le mariage, et y verse à toute heure la grâce « qui perfectionne l'amour naturel, affermit l'opinion jusqu'à l'indissolubilité absolue et sanctifie les conjoints (1) ».
Voilà le mariage qu'a rêvé toute jeune fille, avec son cœur honnête et chrétien, celui qu'elle compte bien réaliser, s'il plaît à Dieu. Et c'est ce mariage, centre et but de l'amour, base de la famille, fondement de la société, qu'on voit de toutes parts aujourd'hui méprisé, bafoué, attaqué. Tous les ennemis de la foi et de l'ordre social s'entendent pour l'ébranler et le détruire. Loin de les repousser, l'Etat leur a ouvert la brèche en décrétant la loi néfaste du divorce. Et cette loi ne suffit plus aux époux volages, aux cœurs dévergondés. Elle oppose encore quelques obstacles à leurs volontés, à leurs caprices. Pourquoi ne pas obtenir le divorce yar consentement mutuel ? L'opinion goûte fort cette concession fatale ; elle l'arrachera bientôt à la faiblesse du pouvoir. C'est un acheminement direct à Vunion libre, c'està-dire à l'amour sans mariage, que notre dignité d'hommes et de chrétiens devrait à elle seule nous défendre d'emprunter aux bêtes.
Il est temps de réagir contre ces déplorables ten-
(1) Définition du Concile de Trente.
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dances, contre ce retour au paganisme et à l'état de nature, il est nécessaire de protester hautement contre l'odieuse profanation de l'amour et de lui rendre sa vraie place dans le légitime mariage.
C'est à vous, jeunes filles, de contribuer, à votre rang, pour votre part, au respect des lois de l'Eglise, à la défense du sacrement d'amour, à la restauration des mœurs publiques. Tenez-vous fidèlem.ent. opiniâtrement, à l'enseignement de la foi, et rappelez-vous cette définition que vos dignes mères ont apprise dans l'ancien catéchisme et qui marque si bien leur grand et noble rôle, celui que vous remplirez un jour :
« Le mariage est un sacrement qui donne la grâce pour sanctifier la société légitime de l'homme et de la femme. La fin du sacrement de mariage est la naissance des enfants, qui, renaissant spirituellement par le baptême, puissent remplir V Eglise et le Ciel (1) ».
La religion vous rappelle qu'on se marie pour avoir des enfants, pour créer une famille, et son enseignement est nettement corroboré par celui de la science. Mais le mystérieux instinct ne vous a-t-il pas préparée depuis longtemps à ce noble rôle de la
(1) Catéchisme de Paris, 1850
maternité, où vous trouverez votre meilleure joie et votre seule grandeur ? Rappelez-vous vos jeux d'enfance, où votre esprit se fixait, où votre petit cœur se complaisait. N'est-ce pas dans la poupée, dans l'enfant en miniature, que s'absorbaient toutes vos pensées, toutes vos tendresses, tous vos plaisirs d'enfant ? Vous ne songiez qu'à bien emmailloter cet informe et ridicule petit sac de son, à le coucher dans son minuscule berceau, à le couvrir soigneusement, à lui éviter rhumes et bronchites. Vous dorlotiez avec amour ce pauvre mannequin. Et votre attentive sollicitude ne négligeait rien pour lui conserver la santé. N'était-ce pas la pâle image, l'ingénieux emblème du bébé rose et frais que l'avenir vous destine, et ne faisiez- vous pas le doux apprentissage de la vie, sans vous en douter ? Petite mère, vous aviez l'intuition de votre destinée, vous préludiez au grand rôle que le mariage vous réserve. L'occupation de la petite fille n'est pas seulement un jeu, elle prend la forme grave et impérieuse d'un devoir, sous les puissantes instigations de la nature, qui sont, à bien dire, les vues providentielles de Dieu.
L'amour pour le mariage, la maternité dans le mariage, voilà la royale destinée qui vous attend. Vous y serez fidèle, et Dieu vous bénira.