CELLES QUI NE SE MARIENT PAS
Elles ont renoncé à tout, elles ont noblement sacrifié leurs désirs, leurs rêves, leurs espérances, pour se consacrer à la plus basse et à la plus obscure des tâches, le plus souvent méconnues dans le sacrifice où leur vie se consume. Les unes se sont vouées à l'ingrate éducation de sœurs ou de frères plus jeunes, à la garde d'enfants disgraciés ou idiots. Les autres se sont constituées les anges gardiens de parents âgés ou infirmes, sans attendre, et, hélas 1 sans obtenir d'autre récompense que l'ingratitude. Elles font leur devoir simplement, grandement, sans un soupir, sans une plainte, avec le sourire sur les lèvres et Dieu dans le cœur.
Jeunes filles, ces vierges, vos aînées, sont votre exemple, votre bonheur et votre leçon. Si vous n'êtes pas appelées à les imiter, si vous ne pouvez pas vous grandir à la hauteur de leur abnégation, rendez-leur du moins hommage, aimez-les, respectez-les et imitez — de loin — leurs vertus.
Un grand écrivain, Louis Veuillot, les a célébrées dignement avec sa plume d'or, et le P. Monsabré n'a su que le copier pour les peindre : (( Par amour de Dieu, elles se sont refusées à l'amour des hommes et au service même de Dieu; par charité, elles se sont sevrées des joies de la charité. Elles n'ont plei-
nement, ni la paix du cloître, ni le soin des pauvres, ni l'apostolat dans le monde, et leur grand cœur a su se priver de tout ce qui était grand et parfait comme lui. Elles ont enfermé leur vie en de petits devoirs : soutiens de vieux parents qui les accablent de leurs exigences, servantes de frères ou de sœurs frappés dans la chère moitié de leur vie, mères d'orphelins, elles, remplacent des absents que l'égoïsme ou la mort ont emportés : se donnant tout entières et ne recevant qu'à demi. Jeunesse, liberté, avenir, elles ont tout sacrifié ! 0 vierges veuves, religieuses sans voile, épouses sans droits, mères sans nom, soyez bénies ! La voix méprisante du monde vous appelle vieilles, filles, mais vous serez fières et bien vengées, lorsqu'en présence du monde entier, le Christ vous ouvrira ses bras et vous dira : vent sponsa mea ! viens mon épouse (1) 1 »
(1) Conférences de Notre-Dame de Paris, 1887, p. 257.