LA VIE INTERIEURE I
exercer sa maîtrise. Cette raison ne vient que lentement, ne s'affermit qu'assez tard. Et c'est pourquoi, chez nombre d'adolescents, elle paraît absente ou faible : elle n'est pas assez intense pour amener à sOnder le fond de la conscience, pour faire goûter les avantages, la nécessité de la vie intérieure. Il y en a peu qui rentrent en eux-mêmes et se rendent compte de sa vertu, qui en usent et en profitent. Et c'est pourtant là qu'il faut tôt ou tard en venir, c'est là qu'est le nœud vital de tout homme qui compte, le secret du bonheur en ce monde.
D'où partent toutes nos actions, sinon du for intérieur qui les inspire et les commande ? C'est là que se trouve le moi, seul maître de notre vie,. seul responsable de nos actes. Tout ce qui ne se rattache pas à cette origine ne
pend pas directement de notre âme, ne saurait lui être imputé à bien ou à mal. Aussi cette forteresse, où se concentre notre activité consciente, est-elle la seule qui doive nous intéresser, celle à laquelle doivent aller tDus nos soins. Le reste n"est que sensibilité machinale, mouvement vital. La vie extérieure et mondaine, qui accapare si souvent la scène et Tattention, n'est que secondaire, elle est toujours commandée par la vie intérieure et en dépend étroitement.
« Connais-toi toi-même >.>, dit la sagesse antique ; et la philosophie moderne ne peut que lui faire écho. Il n'y a rien à cultiver en nous que la conscience. La foi chrétienne ne parle pas autrement que la psychologie quand elle nous appelle à l'introspection, à la vie intérieure. C'est là seulement que résident
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les forces humaines, si bornées et pourtant capables de soulever le monde; c'est là que vit la conscience, ce secret inspirateur de nos actes qu'on a appelé le miroir de Dieu.
Il faut se retirer souvent en soimême, se recueillir, s'abstenir du monde et de ses bruits, se fermer aux impressions du dehors. Là, dans le calme, on se rend compte de ses pensées, de ses intentions, on scrute l'intimité de sa conscience, on y met l'ordre et l'harmonie, on fait exactement la part de ce qui est personnel et voulu, celle de ce qui est inconscient ou étranger au moi. L'important est de voir clair, de constituer notre unité morale, de gouverner résolument notre vie intérieure qui retentit toujours dans notre vie extérieure et dont nous sommes responsables. Celui qui se
possède est sûr de sa voie ; et il marche virilement à sa destinée.
Uexamen fréquent, journalier de notre état psychique porte un nom connu, familier aux chrétiens : c'est Vcxamen de conscience. Il est nécessaire à tout homme qui prend au sérieux la vie, qui entend la conformer aux préceptes divins, qui se rend compte de ses erreurs et de ses fautes, qui a l'ambition de s'en corriger et de se perfectionner tous les jours dans la voie morale où il s'est engagé.
Tous les philosophes, même païens, même incrédules, ont reconnu l'importance et la valeur de l'examen de conscience, en ont recommandé la pratique. Mais, est-il besoin de le dire, c'est le concours de la volonté qui en fait tout le prix. Le danger est dans l'habitude, dans la routine. Malheur à