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CHAPITRE XVIII Tentations

La tentation est l'épreuve de la vie, l'obstacle au salut. On peut et on doit la craindre, mais on ne peut s'y soustraire, on ne saurait l'éviter. L'important, l'essentiel est de la combattre partout, toujours, dût-on parfois, hélas ! y succomber. Toute chute est lamentable, et il faut tout faire pour la prévenir ; mais elle est si facile avec la faiblesse de notre nature, dans l'entraînement des passions et du monde, que nul ne peut s'en dire à l'abri.

Ce n'est pas ici la place d'énumérer les tentations dont notre vie est semée, mais on peut du moins citer les plus graves, celles qui nous poursuivent

sans cesse et partout. 11 y a d'abord les tentations qui viennent de notre propre cœur et qui ne sont ni les plus rares ni les. moins puissantes. Il faut que notre volonté soit sans cesse attentive à les surveiller et à les refouler. Loin du monde, dans une solitude cherchée, l'imagination vagabonde et, si nous n'y prenons garde, nous entraîne à l'aventure. Rien n'est plus dangereux pour la paix de l'âme que les rêveries sentimentales, les pensées vaporeuses auxquelles on s'abandonne. Paré des plus beaux atours, le mai s'infiltre lentement dans notre for intérieur et y exerce vite les pires ravages. Il n'y a qu'un moyen de le vaincre : c'est de nous arracher à la mollesse, au farniente, à la folle imagination, et de nous plonger dans une tâche absorbante, dans un travail suivi et utile.

La lecture est une occupation recommandable, mais à condition qu'elle soit saine et profitable. Que de livres dangereux s'offrent à vos yeux, jeunes gens, pour vous égarer et vous perdre ! Combien vous devez être décidés à vous en détourner ! Sans doute, la curiosité vous tente, elle est à certains égards légitime, et elle sera un jour satisfaite ; mais actiiellcmcnt, ne l'oublions jamais, elle est prématurée et malsaine, elle ne saurait être trop énergiquement détournée et combattue.

Gardez- vous des regards immodestes que sollicitent autour de vous tant de manifestations prétendues de l'art, ne vous arrêtez pas aux cartes postales illustrées, aux gravures, aux tableaux, aux statues qui excitent le sens et troublent le cœur. Ne prêtez pas une valeur esthétique au nu qui blesse la

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pudeur et offense la morale. Soyez obstinément fidèles à l'honneur, réfractaires à la luxure, sévères à toutes les polissonneries, ennemis de la pornographie, restez toujours réservés et dignes. Même avec ces sages et nécessaires précautions, vous n'aurez pas trop de toute votre force d'âme pour résister au vice et pratiquer la vertu.

L'humilité convient à notre trop évidente faiblesse. Ne nourrissons pas le présomptueux espoir d'être toujours victorieux du mal, de rester purs de toute défaillance ; mais soyons profondément pénétrés du sentiment de notre fragilité et ne comptons pour triompher de nos penchants que sur le secours d'En-Haut promis au moindre de nos efforts. Soyons humbles, prions avec ferveur, demandons avec

confiance l'aide de Dieu, et nous sommes sûrs de vaincre.

Il y en a qui se découragent et abandonnent la lutte au moindre accident, à la première chute. Ce sont des lâches et des pusillanimes que l'orgueil aveugle et perd. Ils se croient sûrs d'euxmêmes, ils vont de l'avant, et ils tombent. Quoi d'étonnant ? Que ne se rendent-ils mieux compte de leur insuffisance, et ils chercheraient au-dessus d'eux le secours efficace et nécessaire. La chute survient-elle ? Loin de nous abattre, elle nous aiguillonne, elle est le point de départ, l'occasion d'une ferme résolution, d'une vaillance nouvelle et d'une vie meilleure.

Il faut bien se persuader que l'effort est de tous les instants, que la volonté doit toujours être armée et en éveil. La vie est un combat qui ne finit qu'avec

elle. Ne pensons jamais à nous reposer sur nos lauriers. Une bataille est à peine gagnée qu'il faut en recommencer une autre sur un terrain différent, avec de nouveaux adversaires. Malheur à celui qui, sentinelle vigilante du devoir, n'est pas toujours prêt à repousser l'ennemi !

Le chrétien est un soldat à son poste. Ce n'est pas cet être amorphe et veule qu'ont dépeint avec perfidie nos ennemis, incapable de tout effort, fermé à toute passion, prêt à tout subir et à tout croire. C'est un homme de chair et de sang comme un autre, faible et passionné, mais qui accepte virilement la loi de Dieu et qui vent y soumettre sa vie. Le chrétien, ce n'est pas l'homme qui n'a pas de passion ou qui ne fait pas de chute, c'est celui qui combat et maîtrise ses passions au lieu

de leur donner l'empire, c'est celui qui lutte sans cesse et qu'une faute n'arrête jamais dans la voie du bien. S'il tombe par malheur, il se relève aussitôt et puise dans sa faute un profond sentiment de repentir et un plus vif désir de Dieu, une plus âpre ardeur à vaincre ses instincts et le monde.

Écoutez cette belle lettre de M. Dupont de Tours à sa filleule (15 juin 1836) et qui s'adresse à tout adolescent désireux de bien et de mieux vivre :

« L'homme qui veut absolument quelque chose l'obtient en dépit des contrariétés que ses inclinations peuvent mettre dans la balance. Quand vous vous serez dit une bonne fois que votre détermination est irrévocable, vous vous sentirez tout autre. Vous vous trouverez forte et courageuse, comme au moyen d'une opération mécanique.

Toiii est dans votre volonté. 11 ne s'agit que de vouloir bien. Armez- vous surtout d'un courage persévérant. 11 n'est pas question de remporter sur soi des victoires partielles. Une vie chrétienne doit être une suite de victoires non interrompue. A votre âge la chose est facile. Prenez la douce habitude de marcher ainsi dans la voie de la perfection, et les jours qui vous sont réservés seront marqués par des progrès nouveaux. Je ne fais pas état, dans ce moment, des faiblesses qui sont inhérentes à notre humanité ; on ne se décourage pas pour y tomber si fréquetnmcnt ; tout au contraire, lorsqu'on comprend bien la science du salut, on profite de ces faiblesses pour acquérir une vertu sans laquelle toutes les autres perdent leur mérite aux y,eux de Dieu : l'humilité. »

Ces admirables paroles ne sauraient être trop méditées. Le sentiment chrétien qui les inspire est familier à tous les saints et s'est souvent exprimé par leur bouche en termes d'abjection qui heurtent notre suffisance et notre orgueil, mais doivent être compris et acceptés. « Nous sommes de pauvres misérables », disait Tun d'eux. « Je suis, disait l'autre, la balayure du monde. > Jamais nous ne serons trop pénétrés du sentiment de notre néant.

Soyons humbles, abaissons-nous devant Celui qui s'est- fait chair pour nous, et II nous donnera sa lumière et sa force, il nous comblera de ses grâces.

Mais, avec ce secours de Dieu qui ne fait jamais défaut, ne manquons pas de donner toutes nos énergies à son

service, comme le rnppelle si justement le saint homme de Tours. La volonté est nécessaire pour nous arracher au mal et nous livrer à la pratique de la vie chrétienne. C'est Vanne dn succès.

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