FUITE DES OCCASIONS I
C'est encore la volonté qui nous retient loin des mauvais lieux, des spectacles risqués et déshonnêtes ; c'est elle qui nous détourne des lectures malsaines, des livres pornographiques, des feuilletons orduriers, des gravures obscènes, des objets d'art qui blessent la plus élémentaire pudeur.
C'est la volonté qui nous arrête au moment où nous allons, poussés par l'instinct aveugle, aux mauvaises compagnies, aux affiliations suspectes; c'est elle qui nous fait craindre et éviter les amitiés sensibles si faciles à se transformer en amitiés sensuelles, les camarades vicieux, les maisons sans mœurs ; c'est elle qui nous détourne des familiarités dangereuses avec les jeunes parentes, surtout avec les cousines ; c'est elle qui nous préserve des indignes vulgarités, des conversations avec
les domestiques qui tournent si vite aux grossièretés et aux mauvais propos; c'est elle qui nous empêche de déserter la bonne société, même maussade ou monotone, et qui, malgré tout, nous fait garder et chérir le foyer sacré où vivent et se perpétuent les cœurs fidèles et les bons exemples.
C'est la volonté qui nous maintient, en dépit des tentations, dans cette sereine et fortifiante atmosphère de la (amille ; c'est elle qui nous éloigne du monde dont nous sentons vite, quoique bien jeunes, et dont nous détestons de plus en plus les mensonges, la vanité et le néant; c'est elle qui nous garde dans la vérité et dans l'honneur, alors que nous avons douloureusement sondé les bas-fonds de la conscience et que nous réprouvons sincèrement la malice du péché, les turpitudes du vice.