CHAPITRE XXI Le travail
Le travail est la loi commune, la loi inexorable.
Pourquoi ? Ne le demandez pas aux philosophes à courte vue, aux rêveurs du matérialisme, aux jouisseurs et aux débauchés du monde, mais rentrez en vous-même et demandez-le à la conscience qui révèle si crûment les basfonds de notre nature, demandez-le à l'histoire qui nous apprend la triste déchéance de cette nature, la chu4e originelle.
« Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front », a dit Dieu à Adam coupable ; et cette redoutable parole s'est vérifiée, elle a retenti douloureusement
l6o LA VIE DE JEUNE GARÇON
dans tout le cours de rhumanité. Ce ne sont certes pas les creuses théories du socialisme qui pourront la voiler, ce ne sont pas ses fallacieuses promesses qui arriveront jamais à la démentir.
Les faits sont là pour établir que l'homme est condamné à expier et à souffrir dans le travail.
Le travail est dur, ingrat, mais salutaire. Tous nous avons d'abord peine à l'accepter, mal à le subir. Mais quand on l'embrasse courageusement, quand on en fait la règle de sa vie, on y trouve bientôt une occupation sérieuse et utile, on arrive à y prendre un certain charme, un véritable plaisir.
Qu'on soit courbé sur le sillon ou penché sur la table de bureau, qu'on joue des bras oii du cerveau, le travail a des vertus surabondantes que l'hygiène et la médecine exaltent à l'envi.
LE TRAVAIL l6l
Il exerce les muscles, actionne les tissus, facilite le jeu des organes, épuise les nerfs, entretient la nutrition et la vie même. Il est nécessaire à la santé et rend de tels services à l'économie qu'on devrait le pratiquer même s'il ne nous était pas imposé par la nature.
Le travail n'est pas moins indispensable au point de vue moral qu'au physique : il occupe et distrait l'imagination, donne un aliment à la vie affective, calme et discipline les passions.
Le travail qui s'impose à nos épaules doit être soutenu, persévérant pour être accepté sans peine, pour donner tous ses fruits. Et ce labeur nous amène insensiblement par sa constance à en prendre l'habitude et l'amour. 11 a de si merveilleux effets, il nous procure tant de satisfactions, il étanche si pleinement notre besoin d'activité physique
OU notre soif de savoir, qu'on finit par l'accepter avec joie. L'amour de la science n'a pas d'autre origine ; et c'est là pour l'homme un précieux réconfort, un utile dérivatif à ces tracas dont la vie est pleine, c'est une saine et digne occupation.
Pour faire ici un franc aveu que d'autres partageront sans peine, même parmi nos plus intimes, nous sommes né paresseux. Notre première jeunesse n'éprouvait aucun charme pour le travail. Il nous inspirait même — horrcsco rcfcrcns — une invincible répugnance. Que celui qui au même âge n'a pas eu ce sentiment nous jette la première pierre ! Mais qu'il se corrige comme nous l'avons fait !
Le goût de l'étude s'est développé lentement, avec les années, par la raison, et la douce habitude s'est fortifiée