‹ La vie de jeune garconChapitre 6 sur 56 · CHAPITRE V Un lioniine · texte numérisé non relu

CHAPITRE V Un lioniine

Être un homme, devenir un homme, quelle douce et grande perspective pour le jeune éphèbe ! Et comme son imagination aime à s'en nourrir dans le rêve ou même tout éveillé ! Il y a là un noble but qui s'offre à ses visées ; et, loin de Ten détourner, il importe de le lui faire aimer et rechercher en lui montrant toutes les qualités qu'il doit s'efforcer d'acquérir^07/r être un homme, pour être digne de la virilité qui s'annonce et qui vient à grands pas.

Être un homme, c'est être capable d'un travail utile, apte à gagner son pain par ses généreux efforts. Quelle

joie sera la vôtre, jeune homme, quand le premier salaire viendra payer votre premier labeur, quand vous pourrez vous dire gaiement et noblement :

Allons ! je ne suis plus un être parasite, une bouche inutile, je ne suis plus à charge à personne, je puis désormais vivre honorablement, subvenir à mes besoins, rendre service aux autres et à moi-même ! La vie occupée et rétribuée, c'est sans doute le travail, mais c'est aussi l'honneur, c'est la liberté.

Mais, direz-vous naïvement, je ne suis pas un ouvrier. Qu'importe? Du petit au grand, nous sommes tous des travailleurs ou nous devrions être tels. La richesse ne donne pas droit à l'oisiveté, elle oblige à mettre en valeur nos capitaux, nos propriétés ; et nul n'échappe à la dure loi de l'effort. Un moraliste macabre a dit en plaisantant :

Nous sommes tous des condamnés à mort. Il aurait pu dire avec une égale vérité : Nous sommes tous des condamnés au travail. Mais ce travail nous est salutaire, il n'est pas seulement prescrit par la morale individuelle et sociale, il est encore, nous le verrons, commandé par l'hygiène (i) dans l'intérêt du corps.

Etre un homme, c'est encore être capable de se marier, de fonder un foyer. Vous n'en êtes pas là. Ce -n'est pas à quinze ans qu'on est hanté de l'idée de prendre une femme. La nubilité, le mariage, ne sont encore qu'en lointaine perspective ; mais c'est s'y préparer dignement que de mener une vie réglée, laborieuse, surtout sage et continente. Pour être un jour viril, il faut

'i) Chip. XXI.

consacrer sa jeunesse à la chasteté, il faut s'abstenir des plaisirs grossiers et déshonnêtes, il faut garder religieusement la vertu et l'honneur. On réserve ainsi son âme, son cœur, son corps dans la pureté, à celle qui associera un jour sa vie à la nôtre, à celle qui nous apportera un cœur virginal et chaste, à notre future femme.

Etre un homme, c'est être capable de constituer une famille. Vous appartenez à une famille honnête et respectée ; mais, un jour, vous la quitterez, laissant père et mère, frères et sœurs, pour fonder vous-même un nouveau foyer, pour créer une nouvelle famille, pour avoir à votre tour femme et enfants. Ah ! la paternité est une noble et sainte fonction. Elle vous est promise.

Soyez -en digne. Le sang que vous avez reçu est pur ; vous tiendrez à le

garder tel, exempt de souillures, vous éviterez toutes les occasions qui pourraient l'altérer et vous vous assurerez ainsi une progéniture saine et forte.

Vous êtes fier de vos parents. Que vos enfants ne soient jamais tentés de rougir de vous ou de vous maudire !

Etre un homme, c'est être un digne père de famille, capable d'élever ses enfants et d'en faire des honnêtes gens, des citoyens utiles, des femmes sérieuses; c'est être apte à servir la société et la patrie en y propageant des foyers chrétiens. Ah ! si tous les jeunes gens nourrissaient en leur cœur une telle pensée, y subordonnaient leur vie, quelle unité et quelle grandeur ils donneraient à leur conduite, quel bel avenir ils assureraient au pays ! C'est de la vertu individuelle que vient la valeur sociale. Toutes les lois du monde

n'arriveront pas à sauver un pays, s'il n'y a pas à la base des mœurs pures.

Faisons des hommes de caractère, des chrétiens instruits et énergiques, et la société sera grande et prospère.

Il n'y a pas de plus louable ambition, de plus légitime prétention, jeune homme, que celle d^être un lionime ; mais il ne faut pas se tenir à la pensée, il faut se faire au rôle. La virilité comporte de lourdes charges qu'on ne peut éluder. Nombre d'adolescents n'ont ici que les plus médiocres, les moins avouables visées : ils n'attendent dans la qualité d'homme qu'une occasion de rejeter les langes de l'enfance, de briser les liens de l'autorité, d'agir à leur fantaisie, sans contrôle, en toute liberté. Aberration profonde et dangereuse qui entraîne de cruelles conséquences, et dans laquelle vous ne

tomberez pas, conscient de vos devoirs !

L'homme, dit-on, est le roi de la création. Sans doute ; mais il doit avant tout se montrer digne de sa couronne, digne surtout de la liberté que le Créateur a bien voulu lui octroyer et qui le place si haut au-dessus des autres êtres. Il doit sa primauté à sa raison, à sa volonié, au bon usage qu'il en fait, et non aux attributs masculins que le distinguent et qui ont leur rôle. Nous allons, dans le chapitre suivant, indiquer ce rôle étroit et définir la loi de la sexualité, qui est mal comprise par le monde et qui préoccupe singulièrement les adolescents.

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