‹ La vie de jeune hommeChapitre 10 sur 31 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Que la continence soit possible, nous venons de le voir ; mais, pourrait on objecter, elle n’est le lot que de quelques âmes exceptionnelles, privilégiées, elle est si difficile que le plus grand nombre ne saurait y prétendre ou y avoir accès. Il faut écarter une telle pensée et décidément la rejeter, parce que la continence n’est pas seulement possible, elle est encore et surtout nécessaire. Son observance s'impose au nom des plus sacrés intérêts de l'individu, de la famille et de la société.

La chasteté est une incomparable vertu que nous devons au christianisme : elle donne à l'homme une force supérieure, un attrait divin, un avant-goût du ciel, elle

s impose plus ou moins à tous et ne devrait être ni attaquée ni défendue, se recommandant d'elle-mên:e à ceux qui reconnaissent la dignité de notre nature, les nécessités de la vie individuelle et sociale et notre véritable destinée.

Ce n'est pas seulement la religion qui impose la pureté à ses fidèles, c’est encore la raison qui la préconise, c’est la science même qui y voit un facteur capital de la force et de la santé et dénonce au contraire dans le vice opposé, la luxure, le redoutable agent de la déchéance vitale, des pires maladies et de la mort.

Que les passions déchaîinées du monde troublent les consciences, qu'elles pervertissent aisément nombre d'âmes, elles n'arriveront jamais du moins à entamer l'enseignement de l'Eglise, à renverser les idées et les choses, à faire prôner le vice et condamner la vertu. |

Il ne faut ni s'étonner ni s’alarmer outre mesure de l'assaut des furieuses et mauvaises passions qui se produit à l'heure présente. Ce retour offensif du paganisme a sa raison d’être : il tientétroitement à Ja dé-

chéance des mœurs publiques, qui est ellemême due à l'abandon des pratiques relisieuses, à l’affaiblissement de la foi. Mais tout ne cède pas au courant brutal du siècle ; et, s'il triomphe en apparence, il rencontre dans les masses populaires, au fond des âmes, une résistance obstinée, invincible. Le bien, lui aussi, a ses adeptes, ses apôtres, ses chefs et son armée ; et il agit toujours, sans bruit, avec une courageuse tenacité : il connaît les obstacles qu'on lui oppose, illes méprise et il en triomphera.

Les vertus chrétiennes, qui fleurissent partout et quand même, retrouveront leur éclat, leur faveur, le jour où la science et la raison seront enfin écoutées et suivies, le jour surtout où la religion reprendra la place qui lui appartient dans l'Etat, dans la société comme dans la famille. Et ce jour n’est peut-être pas aussi éloigné que le prétendent les sectaires inféodés à l’ennemi de tout bien.

C'est le sort de la vérité d'être en butte

sur cette terre à la contradiction et àla guerre. Mais le mal n'obtient jamais que

des succès apparents, fragiles et éphémè-

Fu, Re

res ; et la réaction salutaire ne tarde pas à naître de ses excès mêmes.

La chasteté est une condition nécessaire de la vie humaine, un gage de progrès s0cial, le fruit précieux de la civilisation, et il faut bon gré mal gré l’admettre et la défendre sous peine de nous ravaler au niveau des brutes ou de nous ramener aux barbares. | |

On ne transige pas avec une telle vertu :

il faut l’accepter entière avec toutes ses conséquences ou la rejeter complètement.

Le choix s'impose pour tout homme entre Ja luxure ou la continence : il ne saurait être douteux.

Prescrit par la loi chrétienne, le célibat est aussi nécessaire à la société civile, parce qu'il respecte et défend les familles qui en sont la base. Sans le célibat, il faut le dire bien haut, il n'y a pas de mariage.

L'institution du mariage est l’élément premier et essentiel de la famille, celui dont dépendent l'avenir et la prospérité de la société : elle n’est assurée qu'autant que le célibat lui-même en garde les abords et en maintient l'honneur.

Il y a mieux encore, l'union matrimoniale n'est possible qu'au prix de cette réserve intime des époux qui a reçu le nom de chasteté conjugale. Or, cette chasteté est le fruitet la récompense de la continence observée préalablement dans le célibat : elle comporte une contrainte pénible, angoissante même parfois, et fait payer douloureusement des joies bien éphémères. Il est plus facile de s'abstenir complètement de la chair que d'en user modérément. |

La chasteté, que notre siècle prétend répudier, demeure la loi tutélaire de la nature humaine : ce n'est pas une vertusurérogatoire, puisqu'elle s'impose plus ou moins à tous les états, à tous les âges. Pour tous ceux qui ne sont pas appelés à fonder une famille, elle constitue un devoir absolu, rigoureux dont l'observance importe non moins au bien public qu à la conscience individuelle: elle est voulue de Dieu, mais elle respecte aussi la nature propre du célibataire et surtout l’état conjugal des autres, elle est la précieuse sauvegarde des foyers et par suite de la société tout entière.

La continence ne supprime pas, comme on l’a dit, la vie sexuelle qui est liée à la vie générale et fait partie de l'homme même, elle la limite, la canalise en quelque sorte et la veut dans sa fin qui est la génération par le mariage. Hors de là, il n'y a pas de vie sexuelle possible, et Ia continence apparaît comme la règle posée par la raison et la science.

Aussi le célibat, loin d'être apposé à la procréation, loin de lui nuire, la rend plus sûre et plus forte, lui donne tout son essor. Il prépare l'homme aux rudes devoirs de la vie conjugale, il lui donne d'y garder la réserve et la mesure, il lui apprend par la meilleure des écoles l’art de se dévouer et de se sacrifier. il fait respecter un état qui n’est pas seulement l’union de deux corps, mais l’accord béni de deux âmes qui s’aiment sous l’œil de Dieu.

Page 1