CHAPITRE IV
Il y a des arguments qui ne supportent pas de réplique, parce qu'ils ont la force de l'évidence : tel celui du philosophe antique qui démontrait le mouvement... en marchant. Il nous semble de même quela continence se démontre irrésistiblement par l'exemple des hommes chastes et que sa possibilité n’a pas besoin d'autre preuve.
. La chasteté est une vertu supérieure qui est observée partout à la face du monde et qui est incontestable. Ceux qui refusent d’y croire sont des sourds et des aveugles volontaires qu'ilfaut renoncerà convaincre.
La continence est possible, puisque depuis 1800 ans des millions d'hommes et de
femmes la pratiquent avec succès. Dans l'Eglise, les chastes ont été et sont toujours légion, et la virginité demeure la force, la gloire et la resplendissante couronne de notre divine religion.
La vertu des femmes n'est pas mise en doute de nos jours, même par les libertins :
elle est trop notoire et d'un prix trop précieux dans la vie des ménages pour être discutée. Nous y voyons un argument vainqueur pour la continence de l'homme ; car si la femme, être faible et sensible, est capable de chasteté, pourquoi ne serait-elle pas égalée et dépassée dans cette voie de l'honneur par l'homme, au tempérament plus fort, à la volonté d'acier? H yalàen faveur de la vérité une raison puissante que nous faisens valoir ailleurs ‘ et qui ne saurait laisser indifférent le sexe si fier de sa puissance et de son rang. |
Mais la vertu des hommes n’est pas un mythe. En dépit de tous les sarcasmes et de tous les mensonges, la pureté n'a pas déserté le cœur masculin ; et nous y croyons
1 Chapitre XV, p. 191:
par expérience. Il y a dans le monde des continents à tous les degrés de l'échelle sociale : ils nese vantent pas de leur vertu, ils n’en font pas commerce, et ils passent ignorés, mais on les reconnaît à leurs œuvres.
Ils se respectent, ils respectent les autres et observent la loi de Dieu : les luxurieux font tout le contraire. Le nombre de ces vaillants est considérable, mais il ne figure pas aux statistiques : il serait encore plus grand si toutes les circonstances du milieu n'étaient pas contraires à la foi qui seule, répétons-le, rend l'âme indépendante et la vertu solide.
Nous connaissons des hommes qui ont très gaillardement gardé la virginité jusqu'à 20, 30 ans et plus sans être moins uirils que d’autres, et qui ont eu l'avantage appréciable en se mariant de ne pas apporter à leur femme des sens émoussés et les restes d'un cœur flétri. Leur vie de garçon a été pure, ce qui leur a permis d'arriver au mariage avec tout leur honneur : n'est-ce pas une garantie précieuse pour l’union conjugale? La vertu -de ces honnêtes gens, utile à l'ordre social, n’at-
tend pas du monde sa récompense : la bonne conscience leur suffit avec l'espoir de jours meilleurs. | Nous connaissons d’autres hommes, très virils certes, qui ont fait en pleine jeunesse le vœu de chasteté et qui l’ont très noblement gardé toute leur vie. Nous pourrions citer à cet égard nombre de prêtres et de religieux que nous avons personnellement connus, aimés etadmirés ; mais nous croirions faire injure aux autres et les désobliger eux-mêmes en les nommant. L’honneur du clergé est acquis... Le célibat ecclésiastique, que les protestants nous envient, est une grande et sainte réalité, en dépit des bas outrages qu’il recoit ; et notre témoignage n'ajouterait rien aux preuves surabondantes qui l’établissent :
il relève la dignité humaine si compromise en notre siècle et reste notre exemple et notre modèle. ” Il y a donc des hommes chastes, et leur vertu embaume la terre : connue de Dieu seul, elle a, qu’on le sache bien, son retentissement dans l'ordre providentiel. Sodome, livré à la plus effrénée luxure,
n'avait besoin que de huit justes pour échapper au feu du ciel : il ne les trouva pas et fut sacrifié. Que serait devenu, depuis tant de siècles, le monde ingrat et pervers en face du légitime courroux du Très-Haut, sans les mérites incessants et multipliés de tant d’âmes saintes et mortifiées ? Que deviendrions-nous nousmêmes si, pour couvrir les sacrilèges et les turpitudes infâmes de l'impudicité, il n'y avait pas au-dessus de nos têtes coupables le bouclier des cœurs purs attirant le regard miséricordieux de Dieu et éloignant le glaive de sa colère!