CHAPITRE VI
Pour en détourner la jeunesse, les ennemis dela continencese plaisent à la déclarer
impossible, contraire aux lois de la nature,
au-dessus des forceshumaines. Mais il est si facile, au nom de l'expérience, de réfuter leur opinion fantaisiste, qu’ils n'hésitent pas à changer de tactique et à charger la continence d’un autre vice rédhibitoire. Ils affirment sans rire qu’elle est redoutable et lui attribuent les plus pernicieux effets, les plus graves dangers pour les individus
comme pour la société tout entière. Con- .
. tradiction singulière qu'il faut bien relever et qui suffirait à elle-même à justifier l’ac-
sÈrge
cusée et à condamner ses implacables et peu logiques adversaires |
La continence, nous dit-on, ferait à la société un tort énorme et irréparable en la privant d’un grand nombre d'enfants, en fermant systématiquement les sources de la vie. Le célibat religieux serait même criminel en France puisqu'il contribuerait indirectement à la dépopulation croissante du pays que les statistiques révèlent el que tous déplorent.
L'argument n’est pas sérieux, le célibat religieux n'étant le lot que d'une infime proportion de la population ; mais il aun singulier avantage : celui de se retourner contre ses auteurs. Ils ont la prétention d’opposer le célibat au mariage. Quelle illusion ! Comment ne voient-ils pas que le célibat est nécessaire au mariage, et qu'il ya entre l'un et l’autre un lien étroit, une cor- rélation nécessaire ?
Non seulement la continence n’est pas contraire à la fécondité des familles, mais elle la garantit et l’assure en entourant le mariage d'honneur et de respect, en faisant observer $es lois. Ce qui ruine lentement et
sûrement la France, ce qui produit une dépopulation de plus en plus rapideet inquiétante, cest l’incontinence avec les maux désastreux qu’elle entraîne (onanisme, avortements, syphilis, eic.), c’est le mariage sans foi, sans Dieu, avec ses navrantes misères, avec ses honteuses fraudes.
La pratique honnête du mariage, telle que le christianisme l'impose, donne seule libre essor aux enfants ; et c’est la chasteté qui en estincontestablement le principe et la sauvegarde. Il faut donc respecter et encourager la continence, si l’on aime la France et si l’on croit à son avenir.
Les maux de l'incontinence sont aussi connus et incontestés que sont supposés et imaginaires ceux mis au compte de la chasteté. En désespoir de cause, nos contradieteurs doiventadmettre quel'homme peut se passer de la femme et renoncer absolument aux rapports sexuels, mais ils ne craignent pas, pour servir leur haine, d'imaginer, au compte des continents, une inversion abominable. Ils prétendent que le sens, géné dans son évolution normale vers l’autre sexe, se retourne vers lui-même et
que les pires aberrations génitales (sodomiques,pédérastiques, bestiales) sont le fruit détestable de la continence. En d’autres termes, l'abstinence que nous enseigne l'Eglise vis-à-vis de la chair serait plus apparente que réelle et couvrirait d’infâmes turpitudessouslesdehors d’uneréserveaustère et le couvert dela plus pure morale : la chasteté nous priverait seulement des plaisirs naturels du mariage sans nous enlever les appétits vénériens, et l’homme quin'userait pas de la vie conjugale ou de la simple fornication serait fatalement appelé aux vices contre nature les plusabjects et les plus dangereux. Les célibataires religieux seraient donc des hommes criminels, hypocrites, méprisables, à mettre au ban de la société.
Cette monstrueuse proposition méritet-elleune réfutation?Nousnelecroyonspas.
L’accusation est d'autant plus osée qu'elle ne s'appuie sur aucune preuve et qu'elle est démentie par les faits. Ne sait-on pas partout que la foi, en prescrivant la chasteté, la veut entière et sans réserve, excluant du cœur tout désir sensuel, et que, si elle dé-
fend la simple fornication, elle réprouve et LE
condamne bien davantage la masturbation,
la sodomie et tous les vices contre nature?
Des hommes vraiment chastes oubliant toute pudeur, reniant leurs engagements sacrés, se livrant à la chair et aux pires abaissements, voilà ce qui ne se comprend pas et ne se voit pas davantage.
Maispar contre, ce qu’on voitetce quin a rien d'imprévu ni de déconcertant, c’est le spectacle lamentable des hommes charnels
‘ne s'arrêtant jamais au seuil du mal et par-
courant au gré de leurs caprices tous les degrés de la luxure. Leur sens connaît l'inversion et la perversion; il n'a pas de*réserve, pas de secret, pas de pudeur. Quelle barrière larrête! Ces malheureux allient
toutes les débauches et passentindifférem-
ment, ou plutôt avec une passion toujours éveillée, de l’'onanisme à l'adultère, de la for-
nication à la pédérastie, dela sodomie à la bes-
lialité, cherchant dans les pires excès un aliment nouveau à leur sensualité insatiable ‘.
La virginité resplendit pleine et entière dans les cœurs chrétiens, et elle ne peut
: C£, D'S. La Morale, 9° éd., t. IL,
SPEARS RE nes” | 0
s'épanouir que là. Le célibat religieux demeure continent, malgré quelques exceptions. Ces exceptions d’ailleurs accusent les défaillances de la chair aussi bien dans l'ordre naturel que du côté bestial et contre nature.
Nous n’ignorons pas que, dans le camp des libres-penseurs, on accuse les instituteurs congréganistes, voués au célibat, d'être sujets àl'impureté et de dépenser trop souvent dans de honteuses manœuvres les forces sexuelles qu'ils ont en réserve et qui n'ont pas d'écoulement normal dans le mariage. On a citéavec complaisance et exagé= ration quelquescondamnations prononcées contre des Frères pour attentats à la pudeur.
Les maîtres voués au célibat sont de chair et de sang comme d’autres et, par suite, exposés à faillir, mais ils trouvent dans la foi et dans les pratiques religieuses le meilleur des dérivatifs et la plus sûre sauvegarde. L’immense majorité des Frères se distingue par ses mœurs pures et austères :
nous aimons à leur rendre ce témoignage, et nous posons à notre tour une question.
Pourrait-on garantir au même degré la
vertu des instituteurs laïques”? Ce serait une tâche difficile. Les statistiques démontrent avec l'irréfutable éloquence des chiffresque les attentats à la pudeur sont beaucoup plus fréquents chez eux. Or, le mariage leur est ouvert et la fornication même leur paraît trop souvent permise ; preuve nouvelle que le sens génital, entreprenant et insatiable, s'égare de lui-même et que le mariage ne guérit pas nécessairement de la luxure et ne préserve pas des plus tristes excès.
Le célibat chrétien est une source, non pas d’abaissement, mais de relèvement moral : c’est l’école du sacrifice et la base des plus hautes vertus. Aussi les débauchés de.
toutordre,ennemis-nés des bonnes mœurs, Je visent comme l'obstacle fondamental et l’accusent des maux les plus déplorables.
La continence, disent-ils encore, aurait sur le système nerveux une action prépondérante des plus fâcheuses. Retenant les forces sexuelles dans une inactivité voulue et constante, concentrant dans l'organisme l'énergie créatrice et lui faisant obstinément violence, elle exaspérerait peu à peu les nerfs et créerait le nervosisme. L’hys-
La
térie même n'aurait pas d’origine plus évidente.
Rien n’est plus faux.
L'énervement a des rapports manifestes avec la vie mondaine et ses excitations passionnelles de tout ordre, mais 11 n’a aucun lien avec la vie calme et réglée, avec les risgoureux devoirs du célibat. L'énergiene diffère pasdescélibatairesaux gens mariés, elle se dépense également chez les uns comme chez les autres, quoique par des voies diffcrentes : la vie sexuelle est greffée sur la vie générale, mais ne lui est pas nécessaire.
: Quant à l’hystérie, le médecin la rencontre dans toutes les conditions sociales, chez les femmes les plus chastes comme chez les plus dissolues. Cetteétrange et malheureuse névrose est souvent d'ordre héréditaire, elle n’est jamais due à la pratique de la continence. Nous l’avons observée, mais très rarement, chez des religieuses ; nous la constatons tous les jours, dans la pratique courante, chez des femmes mariées, chez des jeunes filles, et surtout chez des femmes de mœurs légères. L'incontinence n’en est pas l’évidente origine, mais elle y
aurait certainement plus de part que la continence. Si l’on examine à ce point de vue spécial les nombreuses hystériqués de la Salpétrière, on n’a pas de peine à reconnaître que leur mal dérive le plus souvent des excès vénériens et qu'il n’est jamais dû à un célibat sévère et véritable.
Etrangère à l'hystérie, la continence l'est aussi à la folie. Cette redoutable affeclion, quand elle n’est pas transmise par le sang, naît du dérèglement des passions #; et l’on comprend quelle soit exceptionnelle chez tous ceux qui vivent en dehors des agitations du monde sous l’ empire de la loi religieuse.
L'heureuse influence de la continencesur la santé générale n'est pas douteuse ; et il nous paraît inutile de discuter l'opinion singulière qui accuse le célibat de débiliter les forces et d'épuiser le tempérament.
Nous lui connaissons une vertu toute contraire S’ilestvraiquele sens génitaldépasse aisément la mesure et que les excès vénériens usent rapidement l'organisme, nous