‹ La vie de jeune hommeChapitre 15 sur 31 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

L'homme qui s’enivre trouve souvent dans l'opinion vulgaire une fallacieuse excuse : on dit que ses excès n'engagent que sa personne, ne sont préjudiciables qu'à lui-même, sans intéresser autrui. L'erreur est singulière, car tous les membres du Corps social sont solidaires, et la faute d’un seul retombe nécessairement sur tous les autres. Mais le sophisme n’en est pas moins populaire : l’ivrogne, répète-t-on, est un brave homme qui ne fait de mal à personne... qu à lui-même, on l'excuse volontiers, et on verse des trésors d’indulgence sur un vice abject et détestable.

On n’en saurait dire autant de celui qui nous occupe. L'homme qui veut satisfaire

sa passion génitale et se jette dans la fornication n’est plus seul. Il lui faut une femme, complice ou victime. Et l'important est de savoir que cette nécessité double la faute et la responsabilité. Le fornicateur ne fait pas seulément tort à son honneur, à sa santé, à sa vie morale et physique, mais ilattente aussi à l'honneur, à la santé, à la vie morale et physique de la malheureuse qu'il s'associe et qui lui sert d'instrument.

* Cette considération est importante. Se présente-t-elle à l'esprit du jeune homme qui va faire le pas fatal? En accomplissant l'acte coupable, se doute-t-il de la iourde responsabilité qui pèse sur ses épaules? II n'est pas permis de le croire ; mais nous savons que la troublante pensée de la complaisante coopératrice poursuit et inquiète le fornicateur, quand il est rendu à luimême, quand le feu de la passion est

tombé, quand il voit froidement l'abime

de sa faute. Une telle inquiétude est légitime, bien que tardive : on souhaiterait qu'elle se présentât de bonne heure au cœur de tous ceux qui sont tentés d'aban-

rh

donner le droit chemin, car elle serait de nature à les retenir.

Il est mal de violer la loi de Dieuet de se perdre ; mais comme la faute grandit et s'aggrave quand on entraîne dans la perdition un de ses semblables surtout pour la misérable satisfaction du sens! N’est-il pas honteux, l'homme qui n'hésite pas, en vue d'une éphémère jouissance, devant la coupable séduction, celui qui ne craint pas de corrompre et de souiller une innocente jeune fille? Le fait n'est pas aussi rare qu'on le croit.

Le luxurieux naturellement blasé aime la «chair fraîche » : il témoigne d’une prédilection marquée pour la fleur virginale, pour la femme neuve, pure, inexpérirmnentée. L'accès en est plus facile, l'abord plus engageant ; et l’on escompte un plaisir plus intense. Toutefois l'entrée en relation est longue, difficile, mais elle a des apprêts infinis qui amusent, un imprévu qui plaît, et la victoire apparaît si assurée à qui veut la préparer et l’attendre! Aussi avec quelle patience, avec quel art machiavélique on

combine l'investissement et l'assaut de la 4°

volonté féminine ! Le mensonge impudent en fait tous les frais. La jeune fille naïve se laisse aborder, son chevalier d'aventure est plein d’amabilité et de prévenances et lui promet, en de mielleuses paroles, tout ce que son cœur peut désirer, le respect, le dévouement, l'amour, le mariage surtout, il l'accable de serments et de cadeaux. Comment, la passion et la légèreté aidant, n’arriverait-il pas à ses fins 2... La faute est commise, et aussitôt le séducteur satisfait abandonne sa victime au plus triste sort.

Ce crime est de tous les jours, et, s’il échappe à la vindicte des lois, il subit linflexible condamnation de tout honnête homme. Nous pensons que la jeunesse s’en détournera avechorreuretgarderatoujours pour l'innocence le respect qui lui est dû.

On ne fait pas toujours une victime, mais on trouve aisément une complice. Les coureurs de « bonnes fortunes » ne rencontrent pas nécessairement sur leur route, à discrétion et sans peine, une jeune enfant à tromper et à pervertir. L'offre n'est pas en proportion de la demande. L'innocence

est parfois si bien gardée et le plaisir est toujours si tentant, si pressant que le sens se contente d'une proie moins riche et plus accessible. 1] y a tout un monde de femmes faciles, coureuses ou courtisanes de tout âge et de tout rang : le luxurieux s'adresse à elles sans erreur ni crainte, il les trouve toujours prêtes aux plaisirs de l'amour.

Elles n’ont plus ni mœurs à garder ni virginité à perdre, elles ont renoncé à toute vertu, à toute pudeur, elles se livrent, se vendent, se prostituent au premier venu.

I ne faut être ni délicat, ni difficile pour aller à de pareilles filles et satisfaire avec elles sa passion. La joie brutale qu'on peut rer de ces rapprochements ne compense vraiment pas la honte et le dégoût qui s’y attachent. C'est la béte qui cherche la béte ef qui la trouve ; mais quelle associée misérable , quelle béte immonde que cette « rouleuse » dont les faux transports s'adressent indifféremment à tous, dont les embrassements coupables sont sans élan et sans fraîcheur, dont les charmes vingt fois fanés et profanés par des «adorateurs » de rencontre sont sans vertu et sans attrait !

À quels indignes abaissements ne descend pas l'homme qui oublie son devoir

dans une passion criminelle ? A quelles

honteuses compromissions ne consent-il pas dans ces unions d’une heure? I pré:

tend y trouver le plaisir et iln'y rencontre

que la honte ; il y cherche le bonheur et ne s’en retire que la déception dans lesprit et le désespoir dans le cœur. On 'appelle volontiers « filles de joie » les mal-

heureuses qui se prêtent aux plaisirs las-

‘cifs et font de leurs corps le plus infâme commerce. Amère dérision des mots ! Les joies que le sens génital recherche et prétend obtenir par une brutale satisfaction

sont rapides, fugitives et ne laissent après

elles que lassitude, regrets et désillusions : elles violent la loi de Dieu, détruisent la paix de la conscience et ne seront jamais, pour l'âme avide d'infini, que de:« mauvaises joies », comme parle si bien Virgile.

La fille, même légère, même vicieuse, ne serait pas irrévocablement perdue et pourrait, dans une forte et salutaire réaction, revenir au devoir et réparer le passé par une vie de travail et d'honneur ; mais

les exigences de l’homme de débauche la poussent, l’excitent et la maintiennent le plus souvent dans son infâme commerce.

Et elle roule, de degré en degré, aux abimes du vice et de la misère, pour finir à la maison publique, à la prison, à l'hôpital.

La responsabilité de ces navrantes déchéances incombe un peu à la faiblesse de la femme, mais le luxurieux qui en a abusé en prend aussi sa large part. Le pouvoir a souvent parlé de combattre, de limiter la prostitution féminine ; et toujours a surgi la même réponse douloureuse :

Que les hommes commencent !

Jeunes gens, relevez ce défi, défendez et sauvez l'honneur du sexe fort. Montrez, par une énergique décision et une saisissante originalité, que vous êtes dignes de votre rang et capables de vertu, résolus à promouvoir ei à assurer la restauration de la continence et le relèvement des mœurs publiques !

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