‹ La vie de jeune hommeChapitre 16 sur 31 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

La continence, nous l'avons dit, n’est pas une vertu simple et facile, d'usage courant et à la mode, telle que chacun puisse l’acquérir naturellement sans peine et sans combat : il faut la gagner de haute lutte et la garder soigneusement, parce qu’il faut vaincre le monde et la nature même. Elle est le prix de généreux et persévérants efforts, elle exige une énergique tension de la volonté appuyée sur des raisons de l’ordre naturel et de l’ordre surnaturel. |

Le jeune homme, dont le cœur s’éveille et s’agite avec une inquiète curiosité et de

puissants désirs, n'y trouve pas tout prêt

LOIS DE LA CONTINENCE 71 le remède de la concupiscence, tout formé le frein des basses convoitises. Au milieu du bouillonnement des passions, il doit s'armer de courage, et, pénétré de son devoir, conscient de ses moyens, se préparer à une longue et pénible lutte. La victoire n'appartient qu'aux vaillants et aux humbles.

On ne naît pas continent ;

On le devient par le sacrifice et par la prière.

La nature nous apporte, à la puberté, la convoitise de la chair et les brülantes ardeurs du sens ; elle ne nous apprend pas le devoir de les maîtriser ni l'art de les vaincre. |

C’est à la raison qu’appartient ce capital office. Mais comment soutenir l'assaut des puissances inférieures ? Comment lui Opposer une digue insurmontable ? Ce serait une grave erreur de croire que la résistance s’improvise au gré de chacun et suivant l'occasion, et qu’il n'y a pas de règles précises inspirées par la logique et l’expérience des siècles. La continence a ses lois que prescrit l’éternelle morale, et celui

qui prétend à l'honneur de la chasteté doit les connaître et les pratiquer sans omission ni relâche.

La première loi de la continence est d’embrasser l’homme tout entier, d'être à.

la fois dans son corps et dans son esprit :

elle suppose nécessairement la chasteté intérieure et la chasteté extérieure, la première étant toujours l’origine et là base de la seconde. Ceux qui prétendent se passer de l’une ou de l’autre sont des présomptueux et des ignorants : ils ne tiennent pascompte des conditions de notre nature et s’exposent aux pires défaillances.

La continence n'est pas seulement l'abstention de l’œuvre charnelle, le renoncementauxfonctionsactives de la viesexuelle, c'est la pureté de cœur et d’esprit, l’'abstention de pensées et de désirs vénériens..

Toute sà vertu, toute sa force viennent de l'accord de toutes les puissances de notre être pour vivre dans l'innocence. Que la continence serait vaine et fragile, si elle ne prenait pas racine dans le cœur et $i, tout extérieure et de surface, elle faisait place, au fond de la conscience, aux secrets et

tumultueux désordres de la lubricité ! C’est peu de garder au dehors la réserve sexuelle, si l’on ne tient pas les ardeurs du cœur contenues sous la loi du devoir, si l’on n'éloigne pas sévèrement et sans cesse de l’imagination toutes les occasions de troubles, si l'on n observe pas en un mot, dans toute son ampleur, la chasteté chrétienne.

Voilà la condition première, indispensable de Ja continence. Il ne suffit pas d'être continent en fait, il faut l'être d’intention. La chasteté ne doit pas être seulement dans le corps, mais dans le cœur et dans la volonté.

Dieu nous garde de méconnaître la pénible et rigoureuse servitude qu'une telle continence impose, non plus que les joies pures et suaves qu’elle procure ! Les âmes chrétiennes seules sont capables de goûter ces joies ineffables comme de supporter la contrainte morale dont elles sont le prix ; mais, si elles acceptent volontairement, généreusement et gaiement le fardeau, elles ne s’attribuent pas le mérite de la chasteté : elles savent qu'il revient à Dieu même qui les comble de sa grâce et à son

Eglise qui leur prodigue les vertus de ses sacrements. | |

L'homme que la foi ne fortifie pas est incapable de pratiquer la chasteté.

Cette vérité capitale a été vainement contestée par les adversaires de notre divine religion : elle est certaine, indiscutable, basée à la fois sur la raison et les faits.

L’antiquité païenne en fournit à la fois la preuve la plus complète et la plus convaincante. Elle a connu le courage, l abnégaon, le dévouement, la tempérance, toutes.

les vertus naturelles et elle les a portées parfois jusqu’à l'héroïsme, elle a toujours ignoré la vraie continence. Ne lui demandez pas le moindre trait de chasteté; sa force d'âme n'atteint pas à cette hauteur et se montre absolument incapable de garder.

l'innocence ou d'arriver à la pureté, ces :

deux fleurs exquises que l'esprit du Christ.

a fait naître et a multipliées à profusion dans les temps nouveaux...

Mais est-il besoin de remonter si haut pour établir notre thèse? Ne trouve-t-elle pas sa démonstration éclatante dans Vabime de débauches et de turpitudes où

. LOIS DE LA CONTINENCE rise

sombre la société contemporaine sans mœurs et sans foi ? On a voulu de nos Jours supprimer le culte, rayer Dieu, instituer une morale indépendante ; et on récolle les fruits d’une criminelle apostasie.

Les bases de l'ordre social sont ébranlées, parce qu'on a perdu le sens nécessaire de l'autorité et du respect, et l'avenir inquiète. les esprits sages. Les jeunes générations, élevées loin de toute religion sans le frein de la vraie morale, n'ont plus qu'une crainte, celle du gendarme, se livrent aux plus bas instincts et perdent leur âme et leur santé dans des excès sans nom. La pudeur extérieure existe, la chasteté est plus ou moins observée à la surface, parce:

que les lois civiles la commandent encore sous les peines les plus graves; mais le fond des cœurs est ulcéré, gangréné par la luxure et perdu à jamais pour l’honnéteté. | Le

On ne transige pas avec l'honneur, on ne transige pas davantage avec la chasteté. La conlinence ne supporte pas de partage : il faut l'accepter dans son intégrité et dans toute son ampleur. On la perd à la

moindre concession, à la plus petite faute.

Il faut en garder la blancheur immaculée et en subir la servitude à la fois douce et risoureuse. L’abstention de tout ce qui blesse la pureté en est la condition iné-

luctable. de

C'est pourquoi il faut non seulement renoncer aux pensées et aux désirs véné-

riens, mais fuir avec empressement, avec

constance toutes les occasions où l'impureté a accès, où la vertu est exposée. C'est là, il faut le reconnaître, une. Rioeyer noble tâche que s'imposent les continents :

elle n’est pas au-dessus des forces humaines, mais elle exige une sérieuse application de la volonté. Ceux qu’elle rebute et qui, après y avoir renoncé, s étonnent de n'avoir plus la chasteté, sont d'une rare inconséquence.

La concupiscence a les ardeurs d'un feu violent et en présente les dangers.

Comment ne pas être brûlé quand on s’y.

lance? Comment ne pas succomber à la tentation quand on la fait naître ou qu'on Ja recherche? On ne joue pas avec le feu, on ne s'expose pas au danger quand on

veut l'éviter et se sauver. Or la paix et l'innocence du cœur ne sont qu'à ce prix :

l'abstention absolue de l'œuvre de chair et la fuite constante des occasions.

La chasteté, nous l'avons dit, doit être à la fois extérieure et intérieure : il est nécessaire qu'elle intéresse et embrasse le corps et l'esprit, l homme tout entier.

La chastelé extérieure a une importance qu'il serait imprudent de méconnaitre elle dépend sans doute de l'intérieure, comme le corps dépend de l'âme ; mais, en raison de notre nature sensible qui nous rend si prompts et si fragiles à l'occasion, elle est aussi la condition et souvent la sauvegarde de la vraie continence.

Tous les sens doivent observer la modestie.

Les veux, ces fenêtres ardentes de l'âme, sont étroitement surveillés : ils se gardent des regards indiscrets, des provocations lascives, des lectures imprudentes et dangereuses, des spectacles malhonnêtes.

Les oreilles se ferment obstinément aux propos qui offensent la pudeur, poussent

à la débauche ou attaquent la morale.

Le tact est très susceptible. On se garde.

des caresses efféminées, des accès de mol-

lesse et d'abandon, des attouchements, imprudents et mauvais.

La langue est retenue sur les mulle

questions où elle pourrait s’égarer : elle se

préserve avec soin de toute parole inconsidérée, de toute expression grivoise ou prétant à l'équivoque. |

Le nez a un devoir relativement facile :

il évite les odeurs provocantes, les parfums qui troublent l'imagination et excitent le sens.

En observant la chasteté des sens, on assure souvent celle du cœur et on prévient les tentations et les chutes de l'âme : on l’a dit justement, le dehors protège le dedans, celui qui veille sur son corps garde son âme.

La chasteté intérieure, que nos ennemis feisgnent d'ignorer ou s’ingénient à contester, n'en reste pas moins l'œuvre maïitresse, aussi nécessaire que difficile, de la continence chrétienne; et elle n’est le fruit

que d'efforts généreux, persévérants, in-

cessants. Tout ce livre est consacré à montrer ses éléments et ses moyens.Nous nous bornerons à en signaler ici les grandes lignes, à en découvrir la racine maitresse.

La mémoire doit être étroitement surveillée : tous les souvenirs dangereux en sont sévèrement bannis, mais ils tendent à reparaître sans cesse, el c'est parfois une rude tâche de les refouler et de les chasser.

: L'imagination doit être réprimée à chacun de ses écarts et portée de suite, avec décision, maintenue avec fermeté dans une voie indifférente ou salutaire.

Le cœur doit être contenu et guidé dans ses aspirations, modéré dans ses mouvements, l'esprit veut être retenu sans cesse sur la pente rapide.et glissante de la sensualité, où nous incline la nalure.

Mais. dans cette continuelle surveillance de notre for intérieur, la volonté a le rôle prépondérant, décisif : forte, éclairée, elle conduit les facultés et les sauve de tout accident ; faible, incertaine, ignorante, elle se prête aux tentations, facilite les compromis, les chutes et précipite la ruine de l'âme.

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CHAPITRESX

Nous l'avons dit et nous avons souvent l’occasion de le répéter, le secours d’en haut est nécessaire à l'homme pour garder la chasteté ; mais ce serait une grave erreur de croire que la grâce suffit, et que la vertu ne repose pas d'abord et avant tout sur les aspirations du cœur et de l'esprit, sur les libres et méritoires efforts de la volonté.

Dieu vient toujours à l'appui de notre faiblesse, mais tl attend ces efforts, et les seconde de sa toute puissante action. La vieille maxime est toujours vraie : Aïde- Loi, le Ciel t'aidera !

Parmi les facteurs qui sont à notre disposition et qui relèvent de l’ordre naturel,

Te

il faut en noter trois aussi sûrs que puissants : l'habitude, le travail, la fuite des occasions. Tous ceux qui les mettent en œuvre et sont d’ailleurs pleins de bonne vo-

lonté sont certains, avec l’aide de Dieu, de.

lutter avec succès, de triompher des obstacles ordinaires et de maintenirleur vie dans la voie droite de l’honneur et du devoir.

L'’automatisme joue un grand rôle, un rôle prépondérant dans notre vie journalière ; et la plupart de nos actes sont machinaux, inconscients, résultant d’un premier acte posé délibérément et qui arrive à se répéter comme mécaniquement. C’est le fait de l'habitude qui est bien connue et constitue, on l’a dit justement, une seconde nature. |

Les désastreux effets de l'habitude sont

trop connus pour que nous ayons besoin de les rappeler ici. C’est par l'habitude que les

défauts s'acquièrent et grandissent, que

les vices envahissent l'âme et s’y enraci-

nent si profondément. Il a suffi d'un pre-

mier consentement de la volonté pour ouvrir la porte à la mauvaise habitude, pour créer la passion coupable.

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L'ivrogne a toujours subi un premier en- {raînement, où sa liberté a misérablement sombré : dès lors il n’oppose plus qu'une résistance atténuée et décroissante aux sollicitations de plus en plus vives de l'appétit, et il s'enfonce fatalement, progressivement dans son vice funeste et dégradant. C’est également l'histoire du luxurieux et de tous les débauchés.

Si l'influence de l'habitude est aussi pernicieuse que puissante dans les abîimes du mal, il ne faut pas méconnaitre, comme on le fait trop souvent, celle qu’elle possède dans la voie droite du bien. Cette influence est incontestable: l'important est d'en tenir compte et de l'utiliser.

La vie présente toujours à ses débutsun moment décisif, l'heure où elle doit choisir sa route : c’est à nous de l’orienter convenablement, de fuir la mauvaise voie et de prendrecourageusement labonne. L'importance du premier pas est telle que nous lui consacrons tout un chapitre à lire et à relire pour tout adolescent conscient de son devoir et soucieux de sa destinée }.

1 Chapitre XEV.ip. 129.

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Quand l’homme est livré à lui-même, sans le guide tutélaire de la famille, il est très exposé à prendre une mauvaise déterminalion, à faire fausse route ; et celui qui ne se trompe pas et s'oriente bien aun réel mérite ou une rare chance. Heureux les jeunes gens qu’une éducation chrétienne a prémunis des malsaines influen-

ces, préservés de la contagion du mal, in-

sensiblement dirigés et affermis dans les sentiers de la vertu et largement dotés de bonnes habitudes! La vie devient facile grâce à l’impulsion première; et bien coupable est celui qui ne répond pas à cette délicate attention de la Providence en restant fidèle au devoir et à Dieu!

La continence a de meilleurs soutiens que l'habitude, mais elle y trouve un merveilleux point d'appui, qu’on ne doit ja-

mais mépriser ni rejeter. Sans doute ce

serait une dangereuse illusion de se fier à

l'usage d’une saine pratique, de s'y re-

poser mollement dans une douce quiétude, de se croire à l'abri de la tentation et du danger. Il ne faut pas demander à l'habitude plus de services qu’elle n’en

comporte. Elle n'est utile et acceptable qu'autant qu'elle soutient la volonté et facilite les actes de vertu. L'énergie demeure toujours le grand moteur, l'indispensable ressort de notre vie.

Pour se garder dans la pureté, il ne suffit pas d’avoir cette pureté, il faut être décidé à tous les sacrifices pour la conserver et la défendre, il faut être toujours en garde contre l'ennemi du dedans et du dehors.

Sans cesse sur le qui-vive, voilà la formule de l’existence honnête.

Sentinelle vigilante, l'âme ne manque pas de surveiller ses sens, sonimagination, son cœur, de tenir l'attention en éveil et ne se regarde jamais comme assurée de ne pas faillir, car la chair est faible, et la volonté ne peut rien sans l'aide de Dieu.

Mais, quoi qu’en pensent ceux qui reprochent à l'habitude d’être sans liberté, sans mérite et sans vertu, on n'en doit pas médire quand elle favorise les inclinations légitimes, quand elle maintient dans la voie droite. Il ne faut pas craindre d'user de l’automatisme qui sert le bien. Ne rouoissons pas des vaines critiques dont on

accable la faculté passive et n'hésitons Jamais à suivre la sainte rouline de la vertu et du devoir. |

L'habitude règle la vie, mais n'empêche pas les ardeurs du cœur, les suggestions du dehors et du dedans, en un motles tentations. Pour vaincre ces assauts du mal, ce n'est pas assez de maîtriser la sensibilité, il importe encore de l'occuper, de la nourrir en quelque sorte, d’une manière utile et profitable. Il ne suffit pas de contenir les passions, il faut, en les dirigeant dans la voie droite et normale, leur donner un dérivatif. Le plus simple et le meilleur est assurément le travail.

Quelle que soit la force de la volonté, elle serait impuissante à nous maintenir dans le devoir, même avec le précieux secours de l'habitude, si la sensibilité n'avait un aliment proportionné à l’activité. L'oisiveté est la pire des conseillères, la source des mauvaises pensées et des tentations ;

et l’histoire montre que les plus grands es- .

prits, les plus nobles cœurs y ont parfois trouvé l'écueil de la perdition et de la mort.

Mais à quoi bon interroger l'histoire ? La conscience n'est-elle pas là pour prouver à chacun de nous que l'agitation des sens est incessante autant qu'inquiète, que l'esprit est prompt, brouillon et veut être occupé pour éviter les sottises et échapper aux tentations? L’imagination qu'on ne fixe pas vagabonde, s’excite elle-même, passe des objets futiles aux indifférents et arrive vite aux mauvais, aux pires. L'homme qui est désœuvré et qui s'ennuie est déjà sur la pente du mal: il cherche partout la distraction, l'amusement et il s'expose au jeu dangereux et fatal de la tentation.

I1 faut fuir résolument l’oisiveté qui laisse libre cours aux passions et que la sagesse antique a justement qualifiée de mére de tous les vices. Il faut non seulement s’adonner au travail, mais l'aimer en raison de ses avantages. Sous toutes ses formes, il a des vertus surabondantes que l’hygiène et la morale exaltent à l’envi”, et que nous nous bornons à rappeler ici : il occupe l'esprit, épuise les nerfs, fortifie

CE DS. Hygiène pour tous ; La Morale, g° éd., £.- III.

l'organisme et constitue le plus sûr rempart, le plus puissant préservatif contre

l'ennui et la débauche.

En accaparant à la fois l'attention et les sens, le travail tient la chasteté sous bonne garde, fortifie le cœur et l’arrache au péril des tentations : c’est l’un de ses inestimables avantages. L'éveil du sens est toujours à redouter. Il n’y a pas à le nier,

en effet, la sensibilité est vive, ouverte et.

susceptible de s'exciter, de s’enflammer, si on ne la surveille pas étroitement, si on l'expose aux excitations de tout genre qui la cherchent partout et sans cesse.

Pourquoi aller au-devant du péril, par une témérité insensée, par une puérile bravade ? Pourquoi risquer son âme dont on connaît le prix? On peut à la rigueur compter sur son intelligence, mais on ne saurait répondre de son cœur. Il est prudent de se réserver, de ne pas ouvrir la porte aux passions : on ne joue pas avec le feu. | L'occasion est donc le grand ennemi de la continence : c’est elle qu'il faut craindre, et qu’on doit non seulement éviter, mais

obstinément fuir. L'occasion fait le larron.

Si vous la cherchez, vous n’avez qu à vous attendre à ses effets, à la défaillance et à la chute. Si vous l'évitez, au contraire, si vous la fuyez, vous faites preuve de décision et de courage et vous êtes sûr d'échapper pour cette fois au danger et de préserver votre âme. Aucune loi n’est plus infaillible que celle-là, parce qu'elle repose sur la raison et sur une expérience de tous les jours, de tous les temps.

Les précautions les plus minutieuses sont vaines si nous allons au-devant des objets qui appellent ou réveillent la passion, si nous offrons à la sensibilité avide les moyens de s’exalter, de troubler notre jugement, de nous dominer et de nous égarer. Les jeunes gens qui, pris d'une folle témérité, cherchent les occasions au lieu de les fuir et se plaignent ensuite d'avoir la conscience inquiète, d'ignorer le bonheur de l'âme, d’être esclaves de leurs vices ne sont pas raisonnables : ils sont les victimes de leurs imprudences, les propres artisans de leur misère.

La nature obéit fatalement à ses ins-.

tincts, suit nécessairement sa pente. [ne faut pas l'accuser de nos égarements, maïs s'en prendre à la seule volonté coupable.

Comment le désir de la chair, inné en chacun de nous, résisterait-il aux sollicitations sensuelles que tant de malheureux lui offrent à plaisir? Comment ne s’allumeraitil pas avec ardeur, le feu que tant d’excitatons attisent”? La chair répond toujours à sa fin ; tandis que l'esprit aveuglé ou perverti trahit trop souvent son devoir et son Dieu.

Mais il ne faut pas seulement éviter les occasions, 1l faut les fuir. Or ces occasions

nous suivent partout, nous cherchent à

leur tour et avec une telle insistance qu'on ne sait comment y échapper. Jetez le regard sur le monde contemporain où la desünée vous appelle à vivre, et dites s’il n’est pas une occasion perpétuelle de mal, un danger permanent pour la continence : il ne respecte pas la chasteté ni même ces vertus délicates qui en sont comme le précieux vêtement, l'honneur, la décence et la pudeür.

Que les continents soïent avisés et vigilants ! Les pièges sont semés sur la route, età chaque pas l’occasion les guette. À eux de se défier ! Hélas ! les âmes jeunes et candides s’abusent aisément et sur le monde et sur elles-mêmes : elles se croient fortes, se lancent de confiance et se laissent prendre. C’est la matière qui a raison de l'esprit.

Que de catastrophes ainsi nées de la curiosité et des mauvais livres ! Les lectures dangereuses pour les mœurs ne sont plus éliminées de la circulation par la censure, elles sont d’ailleurs si nombreuses qu'elles pénètrent partout et qu'il est difficile d'en préserver les âmes, sauf au foyer : il faut le regretter pour la morale.

La jeunesse présomptueuse aime à prétendre qu’elle peut tout lire. Nous estimons le contraire, et nous savons par lexpérience que sa vertu trouve là un écueil redoutable On ne fera jamais assez pour j'en préserver.

Nous connaissous un adolescent qui alu autrefois dans la Revue des Deux-Mondes une page d'un romancier où l'acte charnel

La

était amoureusement décrit. Cette page l’a frappé : après l'avoir dévorée, il en a gardé une impression aussi mauvaise que prôfonde. Le romancier a conquis depuis lors la renommée, est devenu membre de l’Académie française ; mais il ne faut pas envier sa gloire au prix de l’effroyable responsabilité que quelques lignes, oubliées … peut-être, lui font encourir. | ie

Faut-il rappeler ces premiers romans d'un littérateur qui, en faisant une part sinistre à la pire lubricité, ont allumé l'intérêt et le sens, et éxercé de cruels ges dans des milliers d'âmes ? On nous dit que l'auteur a renié ses premiers égarements dans ses derniers livres : est ce suffisant? La responsabilité d'un écrivain est énorme: malheur à celui qui scandalise les jeunes et les faibles, les petits et les purs, honte à celui qui ne tourne pas son talent à la défense de la vérité et de l'honneur |

C'est dans les livres que le plus souvent la jeunesse apprend le mal et pervertit son cœur *. Le jeune adolescent flaire partout

1 Mais il y a de bons livres, et nous en donnons à

curieusement, aperçoit un livre suspect ou nouveau, s’en empare, l'emporte à la dérobce dans sa chambre et le lit d'un trait:

quel profit en tire-t-il pour son âme ? L’esprit ne comprend pas, mais le sens trouve son aliment malsain et s’en nourrit voluptueusement. L'innocence se perd vite à ces malsaines lectures, dont on ne saurait trop détourner la jeunesse dans l'intérêt de sa santé physique et morale.

Est il besoin de signaler — et de stigmatiser le mal fait par Les théâtres et les cafésconcerts, avec l'apologie éhontée. constante et toujours recherchée de la fornication et de l’adultère, avec les propos Îles plus licencieux, avec les scènes intimes et scabreuses, avec les actrices provocantes et dénudées, avec les danseuses en maillot, avec les poses dites plastiques qui seraient mieux appelées lubriques, etc.? Faut-il citer les turpitudes du même genre qui s’étalent dans les milieux ouvriers, les « anatomies » des baraques de foire, les « nuds » des musées et des «salons »? Il

la fin de notre ouvrage une liste utile à la jeunesse.

y aurait trop à dire sur ce triste et malpropre sujet.

Combien de jeunes gens, — et même de vieux, — se gardent des spectacles déshonnêtes ? Combien aussi peuvent avouer qu'ils ont connu là la première honte de la faute, qu'ils y ont trouvé le tombeau de leur chasteté, précieusement cultivée par la tendresse d’une mère ou les soins de maîtres dévoués ? |

Pour tout dire, c'est dans la famille même que la chasteté commence aujourd'hui à être attaquée et bafouée : on ya transporté les mœurs faciles du théâtre, les légèretés les plus risquées, les décolle- … tages les plus osés, et on vajusqu'à y jouer la comédie grivoise, peut-être cette revue fameuse : En v'là de la chair ! qui dit l’objet de tant de faveurs, le triste vide de ces joies et l’écœurement final.

Toutes ces excitations sont mauvaises, dangereuses, et elles n’ont qu’un résultat certain, infaillible : la luxure, cachée, discrête ou publique suivant les gens ou suivant l'heure. Aucune chasteté n'y résisterait ; et il ne faut pas s'étonner que tous

les moralistes les condamnent. Elles ne tiennent pas plus compte de notre nature sensible que de la loi de Dieu.

Le feu de la concupiscence n'est pas au dehors, il est au plus intime de notre être.

Même en l’absence de toute excitation, dans la plus profonde retraite et le recueillement le plus absolu, ce feu sait grandir “et exercer ses ravages. Pourquoi, impru- dents, insensés, irions-nous lui apporter encore des aliments et redoubler ses ardeurs ?

Les anciens, nos pères dans la foi, n'avaient pas de ces inconséquences dancereuses, ils ne jugeaient pas la chasteté intérieure moins importante, moins nécessaire que l'autre : tous leurs efforts tendaient à les unir et à les corroborer ensemble. Les ermites ne croyaient pas avoir trouvé la paix parce qu'ils s'étaient retirés du monde; et, s’ils l'avaient cru, la conscience les aurait vite détrompés. Les tentations venaient parfois les assaillir dans la solitude, dans le désert, avec violence, avec une furieuse insistance ; et ce n'était pas trop de leur vie mortifiée, de leurs

pieuses industries et de la grâce 4 Dieu .

pour les repousser et garder Le liberté de.

leur cœur. | Ti Si la continence a un ennemi intérieur avec lequel ïl faut d’abord et surtout compter, elle rencontre au dehors, nous.

l'avons dit, des assaillants nombreux qui 4 sont d'autant plus redoutables que le siè-.

cle leur est favorable et indulgent. Tout.

chrétien sait les dangers du monde. Les … à occasions où sa vertu doit être éprouvée sont fréquentes, et son premier devoir est de les connaître pour les éviter. Jeunes gens, garde à vous!

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