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CHAPITRE XIV

La continence ne va pas sans cette vertu corrélative, l'humilité, que le monde méprise et qui est si précieuse et si nécessaire à la vie chrétienne.

On ne peut pas être à la fois continent et orgueilleux.

Le chrétien pratique le renoncement, l'oubli de soi-même, en un mot, l'humilité; et c’est elle qui le garde ou tout au moins qui le préserve souvent du danger.

On s'élève en s’abaissant.

L'orgueil, le vain et stupide orgueil, n’ajoute rien à notre taille, et c’est lui qui nous perd et nous précipite aux abîmes.

On ne s'en méfie pas assez. Il faut le craindre comme la peste. N'est-ce pas le

vice suprême, la raison même de Satan ?

La jeunesse est particulièrement sujette aux bouffées de l'orgueil, aux entraînements de la vanité : elle doit vigoureusement réagir contre ces penchants mauvais de la nature et se retremper souvent dans le bain glacé mais fortifiant de l'humilité.

L'orgueil donne la fièvre à l'esprit ; l'humilité lui rend Ja santé.

I ne faut jamais nourrir la présomption, s illusionner sur sa vertu et sur sa force, être suffisant, se croire plus sûr de soi, plus malin que les autres.

La tentation est fréquente, pressante, pleine de séductions : elle nous montre un superbe tableau de nos qualités, sans la moindre ombre de défauts, elle nous convainc de notre immense supériorité. Arrétons-la dans son impudent mensonge, opposons:lui le sentiment profond de notre humilité, et elle n'aura jamais raison de notre volonté.

L'orgueil veut manifestement nous tromper et nous perdre. Il suffit, pour en triompher, de nous rappeler notre faiblesse, hélas ! si évidente, si profonde, et de nous

Le

garder soigneusement non seulement du mal lui-même, mais de toute recherche vaine, de toute curiosité malsaine.

Il ne faut jamais s'exposer à la tentation.

Cette ligne de conduite est bien simple et facile à suivre : elle a fait ses preuves, et nous la recommandons à tous ceux qui veulent être chastes. Grâce à elle, on ne s'engage pas dans la voie mauvaise, on ne risque pas le premier pas.

Tout est là.

Il n’y a que le premier pas qui coûte :

c’est le seul difficile, mais c’est aussi le seul important, le pas décisif.

C'est celui qu'il ne faut faire à aucun prix. | |

Tous les hommes qui ont l’expérience dela viele savent, et beaucoup ont éprouvé l'excellence du conseil. Il est à la portée de chacun, il ne réclame qu'un peu de bonne volonté. Que les jeunes gens l’écoutent et en profitent ! Ils ne regretteront jamais de l'avoir suivi.

Leschastes sentent profondément quelle incomparable grâce Dieu leur a faite en les

gardant, en leur évitant ce faux-pas qui entraine à sa suite tant de chutes, la déchéance si rapide et la dégringolade finale:

les autres ont toujours amèrement pleuré leur première faute, source de toutes les autres, et se plaisent à reconnaître qu’elle était si facile à éviter : ils avouent encore que la réparation a été rude et qu’ils n’ont reconquis leur liberté qu'au prix de difficiles et incessants efforts. Un tel spectacle n'est-il pas fait pour éclairer les plus récalcitants sur la nécessité de se garder dans l'honneur et la pureté et de ne jamais | faire le premier pas, le pas décisif dans le mal.

Saint François de Sales a émis à cet égard une comparaison parfaite autant que délicate et charmante. Elle est dans toutes les mémoires, mais nous ne résistons pas au plaisir d'en émailler notre pauvre texte. «Tandis que les fruits sont bien entiers, dit le doux évêque de Genève, ils peuvent être conservés, les uns sur la paille, les autres dedans le sable, et les autres en leur propre feuillage ; mais étant une fois entamés, til est presque impossible de les garder,

que par le miel et le sucre en confiture ; ainsi, la chasteté qui n'est point encore blessée ni violée, peut être gardée en plusieurs sortes ; mais étant une fois entamée, rien ne la peut conserver qu’une excellente dévotion, laquelle est le vrai miel et sucre des esprits » ‘.

Suivant excellent conseil du saint Docteur, il faut veiller sur sa chasteté comme sur un fruit précieux et être bien assuré qu’elle restera entière, complète, si on ne cède pas à la première occasion, si on résiste courageusement à la tentation, si on ne fait jamais le premier pas.

Telle est la loi. Mais. pour poursuivre la comparaison de saint François de Sales, la première faute n’est pas irréparable, et la grâce est toujours à la disposition des volontés qui veulent se reprendre, des âmes repenties et pénitentes.

Si par malheur la continence vient à se rompre, si le pas décisif a été fait, ilne faut pas désespérer : le fruit est entamé, compromis, et il se corromprail vite, si la reli-

1 Introduction à la vie dévole, chap. XI.

gion n'était là pour le confire et en conser-

ver toute la vertu. Toutefois la lutte contre la chair est toujours difficile à celui qui en a goûté la saveur, tandis que le poids de la continence est relativement léger à celui quin'a jamais trahi son devoir et fait le premier pas. Que les jeunes gens se péné-

trent de cette vérité d'expérience et qu'ils

en fassent leur profit!

Les luxurieux refusent de croire à la |

chasteté des autres et modélent la com-

mune vertu sur la leur, ce qui la rend bien

petite : ils s'amusent volontiers de cette continence parfaite que la religion enseigne et que pratiquent, grâce à Dieu, sans ostentation comme sans faiblesse, tant d'hommes chrétiens.Ils vont plus loin et se cherchent des complices, des imitateurs dans le mal: ils osent recommander aux jeunes la fornication et la débauche.

Ce serait, à les entendre, une précaution &lile, presque une bonne œuvre, tout au moins un acte de virilité que ce premier pas, qui est l'entrée fatale dans l'incontinence, et l'origine de tous les désordres, et ils le prônent ouvertement,

et ils jugent impossible de ne pas le faire.

Que la jeunesse se détourne de ces insensés, et qu’elle reste sourde à leur voix perfide! De pareils conseils sont d'autant plus dangereux qu’ils font appel à des défauts inhérents à l’âge tendre et inexpérimenté, à la vanité, à la curiosité, aux considérations mondaines.

Les jeunes gens ne s'y laisseront pas prendre et se cuirasseront d'humilité, de pudeur et de noble courage : ils ne chercheront pas l'inspiration de leur conduite dans l'usage du monde ou l'exemple des autres, mais dans les leçons imprescriptibles de la raison et de la foi. Ils ne s’inquièteront pas de savoir s'ils sont seuls, mais si leur conscience est pure. La curiosité est, à certains égards, légitime ; mais elle se satisfera à son heure, pour ce qui touche à la vie sexuelle. Il n’y a lieu d'exercer celle-ci que dans le mariage.

La virilité ne consiste pas à être luxurieux, mais à remplir son devoir dans l'état conjugal.

Et c’est précisément parce que l'honnête homme veut être à la hauteur de son de-

voir qu'il observe la continence pendant ie. + le célibat et qu'il attend patiemment les … >. joies permises du mariage. L

La nature paraît irrésistible aux gens du monde. Ils savent pourtant lui résister quand elle contrecarre les usages et la mode. Pourquoi se posent-ils seulement en fidèles dévots de cette nature, quand elle leur demande d’être infidèles à la foi et aux bonnes mœurs ?

Contradiction singulière et qui les condamne, cette continence, qu’ils refusent de concéder à l’homme, au mâle prétendu supérieur, ils la veulent, que disons-nous ?

ils l’exigent impérieusement de la femme, l'être faible et inférieur, la moitié de l’homme. Ils y voient son meilleur avantage, sa ravissante parure, sa divine beauté. Verluici, défaut là, n'est-ce pas une singulière façon de comprendre l'honneur, de répondre à la vérité des choses, n'est-ce pas faire deux poids et deux mesures ?

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