CHAPITRE XVI
Il est facile, dites-vous, de revendiquer les droits de l'esprit, mais il faut tenir compte des violentes exigences de la chair.
Nous devons en principe avoir raison de la bête; mais dans la pratique la maîtrise n’est pas toujours aisée. « L'esprit est prompt, mais la chair est faible. » Nous sommes en butte aux excitantes appétitions du sens, et souvent mal armés ou mal disposés pour y résister.
Rien n’est plus vrai.
La chasteté est difficile à garder au milieu des orages du cœur, en présence des tiraillements des passions, avec l’antagonisme perpétuel que nous trouvons en
nous-mêmes et que le poète a si bien caractérisé :
Mon Dieu ! quelle guerre cruelle !
Je trouve deux hommes en moi !
On sait avec quelle grande simplicité le roi Louis XIV, entendant ces vers de Racine s’écriait : «Ah! que je connais bien ces deux hommes-là ! » Et chacun de nous peut lui faire écho. Tous, petits ou grands, nous sommes en proie à la même lutte intestine, tous cruellement partagés entre deux principes contraires, entre le bien et le mal. L'un veut qu'on soit continent et fidèle à l'honneur, l’autre pousse au désordre et souffle l'ardente luxure. La raïson nous dirige d’un côté, et la nature de l'autre. Il faut obéir à la première, résister à la seconde; mais la lutte n’en est pas moins vive, pénible et souvent douloureuse. | |
Qui doute de ces difficultés ne connaît pas la vie. Mais l’honneur, comme l'intérêt, est de les surmonter. Entre les basses sollicitations de la chair et les graves avertissements de l'esprit, la part n’est pas
égale ; et le jeune homme qui se respecte n'hésite pas à suivre l’étroite voie du devoir. Sans doute le plaisir le fascine et le tente, mais il détourne noblement l'esprit de ses séductions, et il s'attache obstinément, généreusement à l'austère continence.
La vie est un combat perpétuel, et les tentations sont les assauts que ne cesse de nous livrer l'esprit du mal. L'important, l'essentiel est de ne pas se plaire dans ces tentations et surtout de ne pas y consentir. Mais gardons-nous de nous étonner où de nous effrayer de ces bouleversements intimes qui agitent notre âme, pourvu “qu'ils ne l'égarent pas : c’est la vie même.
Acceptons gaîment, généreusement le combat qui nous est journellement offert et résistons sans nous lasser à la tentation, au mal. Nous ne serons pas toujours tormenx —-cerserait Je: Ciel =ÿ/mais nous serons toujours de virils soldats, d'ardents combattants, décidés à vaincre, conscients de nos fautes et y puisant avec la pensée du repentir un désir nouveau et plus vif du bien et de Dieu.