‹ La vie de jeune hommeChapitre 26 sur 31 · ART · texte numérisé non relu

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LA CHAIR ET L'ESPRIT en 5

et agir virilement en conséquence, ne pas penser à supprimer ce qui est inévitable mais s’armer de courage et de force pour résister au mal.

La tentation est fréquente, inévitable.

Gardons-nous de nous en effrayer à l'excès, d'y voir surtout un gouffre fatal, où nous devons nécessairement nous perdre.

On y tombe, mais on n’y succombe pas fatalement. Il appartient à l’esprit de s’opposer à la chair, à la loi supérieure de vaincre la «loi des membres » comme parle si bien Saint Paul. Que la chair s'agite, se mette en mouvement, suscite des troubles sensibles, peu importe pourvu que l'esprit n’y coopère pas. L'action du corps n’est rien si nous n'y participons pas volontairement. La pensée charnelle, l'érection plus ou moins complète, l’émission de mucus même qui en résulte souvent, tous ces faits ne doivent pas nous émotionner, nous alarmer outre mesure, ils ne doivent pas surtout être tenus pour nécessairement coupables : ils sont le plus ordinairement spontanés, involontaires, ils dépendent de la «loi des membres »

dont nous ne sommes pas responsables.

La loi de l'esprit est tout autre et plane, souveraine et intangible, au-dessus de ces mouvements inquiets de la chair: c’est l'essentiel.

Il y a mieux. Sentons nous, sans aucune.

provocation de notre part, les brûülantes ardeurs du sens, la chair émueé et frémissante? Vibrons-nous violemment sous les assauts de la tentation, sans y succomber ?

Réjouissons-nous : nous sommes forts. La chair qui se manifeste ainsi est bien dans.

son rôle, et nous ne manquons pas au devoir. On n’est pas eunuque certes, on a tous ses organes. On n'est pas de bois, mais de chair et de sang. L'éveil du sens n’a rien que de normal : il est légitime en soi. Il faut y voir un appétit naturel qui s'annonce, qui doit être réprimé, mais qui trouvera sa satisfaction plus tard à l'heure de Dieu ; il faut y voir encore un avertissement salutaire. Soyons vigilants et prudents, et nous resterons forts. |

Les tumultueux appels du sens répondent à une fin de la nature : ils ne sont pas coupables. Le danger, pour beaucoup

de jeunes gens, est d'y découvrir une faute constante, fatale, inéluctable, d’y sentir en quelque sorte un encouragement à subir et à parfaire l'acte viril. Combien se croient appelés à l'acte coupable par les sollicitations d'en bas ! Combien s’abandonnent à la tentation, au lieu de ia fuir et de la combattre ! Il faut nettement réagir contre une si déplorable aberration. Nous ne sommes pas responsables de notre sensibilité charnelle, même dans ses plus vifs transports, quand la volonté, consciente et forte, ne se rend pas et réagit.

La faute est uniquement dans la pensée volontaire, dans le désir conscient et réfléchi. Beaucoup l'isgnorent ou ne le savent pas assez : n'ayant pas l'intention première du mal, ils se laissent circonvenir par la tentation, croient que les premiers appels de la chair entraînent fatalement la suite et la conclusion, ne voient pas des uns aux autres de différence morale, se persuadent quils peuvent suivre jusqu’au bout l’inclination de la nature et tombent, hélas ! dans la faute.

I faut les prémunir contre le danger,

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les avertir que la tentation est fatale, nécessaire, nullement coupable, mais qu'on

doit absolument résister à l'entraînement

du sens, sans retard, sans compromission,

sans défaillance. L'essentiel est de vouloir

le bien, l'honneur, la chasteté; l'essentiel est de se garder de toute idée mauvaise, de toute intention coupable. Dieu fait le reste avec sa grâce.

Sila tentation vous trouble encore, écou-

tez Saint François de Sales, et il vous rassurera tout à fait. « Quand une tentation durerait toute notre vie, dit le doux évéque de Genève, elle ne peut nous rendre désagréables à la divine Majesté, pourvu qu'elle ne nous plaise pas et que nous ny consentions pas, parce que dans la tenta- {ion nous n'agissons pas, mais nous souffrons ; puisque nous n'y prenons point de plaisir, elle ne peut en aucune manière nous rendre coupables. Saint Paul souffrit longtemps des tentations de la chair, et loin qu’elles le rendissent désagréable à Dieu, au contraire Dieu en était glorifié…

Il faut donc avoir un grand courage dans

les tentations et ne se croire jamais vaincu

tandis qu'elles déplaisent, observant bien la différence qu'ily a entre les sentir et y consentir : car on peut les sentir, quoiqu’elles déplaisent ; mais on ne peut y consentir sans qu'elles plaisent, puisque Île plaisir est ordinairement un degré de consentement. Que les ennemis de notre salut présentent donc autant d'amorces et d'appâts qu'ils pourront, qu'ils se tiennent toujours à la porte de notre cœur pour y entrer ; qu'ils nous fassent autant de propositions qu'ils voudront; {ant que nous serons dans la disposition de ne pas nous y plaire, il est impossible que nous offensions Dieu ».

La lutte contre les passions s'impose au nom de nos plus chers intérêts; mais la conquête de la vertu n’est assurée que par le sacrifice de ces deux vices détestables, lorgueil et la sensualité. Nous l'avons déjà dit, ils sont corrélatifs : l'un ne va pas sans l’autre. On ne peut pas être à la fois contineut et orgueilleux. Si vous rencontrez sur votre chemin un homme plein de ‘suffisance, soyez sûr qu'il a plus le culte de lui-même que celui de la vertu et ne

recherchez pas, que dis-je? fuyez sa compagnie : il aime le plaisir et voudra tôt ou tard vous le faire partager. Gardez-vous de l'orgueil qui tue l'âme. C'est la marque de Satan. Vous serez exposé aux turpitudes :

de la débauche, au déshonneur ét à la ruine le jour où vous perdrez le noble sentiment de l'humilité, le jour où vous ne saurez plus vous agenouiller, vous frapper la poitrine et pleurer vos fautes. En voulez-vous un témoignage convaincant ?

Ecoutez l'exquis poète, François Coppée, que la « bonne souffrance » a ramené sur le tard à la foi de ses jeunes années et qui, dans une confession touchante, nous livre la cause de ses premiers égarements :

«Je fus élevé chrétiennement, écrit-il, et, après ma premiére communion, jai accompli mes devoirs religieux, pendant plusieurs années, avec une naïve ferveur.

Ce furent, je le dis franchement, la crise de. l'adolescence et la honte de certains aveux qui me firent renoncer à mes habitudes de piélé. Bien des hommes qui sont dans ce Cas conviendraient, s'ils étaient sincères, que ce qui les éloigna d’abord de la reli-

gion ce fut la règle sévère qu’elle impose à tous, et qu'ils n’ont demandé que plus tard à la raison et à la science, des- arguments métaphysiques qui leur permettent de ne plus se gêner... Je cessai de pratiquer par mauvaise vergogne, et {out le mal vint de celle première faute contre l'humilité qui m apparaît décidément comme la plus nécessaire de toutes les vertus.

» Ce pas franchi, je ne devais pas manquer de lire en chemin bien des livres, d'entendre bien des paroles, et de voir bien des exemples destinés à me convaincre que rien n'est plus légitime chez l'homme que d'obéir à son orgueil et à sa sensualité ; et Je devins très vite à peu près indifférent à toute préoccupation religieuse. Mon cas, on le voit, est très banal, ce fut la vulgaire désertion du soldat las de la discipline ».

Croyez-en le poète vieilli revenu au Dieu de son enfance, n'abandonnez jamais le drapeau, jeunes gens, aimez-le, suivezle, défendez-le, et il vous conduira à l’honneur et à la victoire : restez humbles et purs, et vous serez toujours des braves, des honnétes gens. |

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