‹ La vie de jeune hommeChapitre 28 sur 31 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Elles sont exquises, les joies de la chasteté ; mais comment les décrire, comment dire leur force et leur suavité ? Il faut les goûter pour les comprendre ; et ceux qui ne les connaissent pas d’expcrience ne sauraient s’en rendre compte. Elles sont tout intérieures, faites avec la conscience tranquille et heureuse, avec la maîtrise et la paix de l'âme, mais elles se traduisent au dehors — et c’est là qu'on peut les saisir — par dessignes caractéristiques, au moral par la douceur, la bonté, la charité, au physique par la bonne humeur, la jovialité, la gaîté, le rire.

L'homme chaste est libre, honnête et se

sent tel, il jouit du bonheur, autant qu'on peut le réaliser ici-bas. I a la maîtrise sur ses sens, la pleine possession de lui-même.

Il respecte l'honneur des autres et sa propre dignité : il peut marcher partout la tête haute, sans vanité ni arrogance, mais sans gêne comme sans honte. Il a la conscience en repos.

Il observe la continence, mais il n’y arrive que parce qu'il est chrétien pratiquant, parce qu'il puise la force dans la foi, dans l’amour de Dieu. C'est là que tient son bonheur. Il a dans le cœur une joie pure, pleine, exubérante. Son âme, soutenue et possédée par la grâce, est heureuse, elle chante intérieurement avec délices et, loin de se glorifier de sa constance, de ses vertus, de ses victoires, en reporte tout le mérite à Dieu, l'auteur de tout bien. Il marche vaillamment à sa destinée ; et sa pleine assurance s'accuse dans le ton, dans la démarche, dans le visage surtout qui rayonne de paix, de quiétude et de joie. |

Le jeune homme qui est pur, est toujours gai, ouvert. Ne doutez jamais de son

cœur quand vous le voyez, l'air dégagé, la figure épanouie, déborder de contentement et rire aux éclats. C’est d'un ‘bon augure, c'est le signe presque infaillible d’une conscience tranquille.

La religion prédispose donc à la caites et les couvents, les cloîtres, loin d’être sombres et tristes, sont au contraire les asiles bénis de la vie heureuse et joyeuse.

Un moine éloquent, le Père Dominicain Monsabré est, on le sait, un modèle de bonne humeur, il est gai avec le rire bruyant et joyeux. Un académicien peu suspect, M. Jules Lemaître aime à lui rendre hommage ainsi qu’à tousses frères :

« Celle gaieté des moines échappés dans les jardins des couvents entre deux exercices religieux est quelque chose de très particulier. Notre gaieté, à nous, grimace presque toujours et n’est presque jamais inoffensive. Mais cette allégresse monastique ressemble à la gaieté des enfants, exprime la légèreté d'âme et la sécurité complète. Ces hommes sont affranchis par leur genre de vie de tout souci matériel et ont d'ailleurs toutes les certitudes : dès lors, comment

seraient-ils tristes? Ils ont l’enfance du cœur qui permet de s'amuser à des riens...

En ces temps moroses, les derniers refuges de la gaieté innocente, ce sont les salles d'asile, les écoles primaires et les couventis. La belle humeur des religieux ef, en général, des hommes d'église, n'est point une invention des conteurs du moyen-âge. »

Retenons ce triste aveu et constatons avec Jules Lemaître que le monde moderne blasé, sceptique, incrédule et noceur, ne rit plus ou rit jaune. Il y a longtemps que l'auteur des Jambes, Barbier, a signalé la disparition de la belle gaîté d'autrefois, la mort du rire.

Nous avons tout perdu, tout jusqu'à ce gros rire

Gonflé de gaîté franche et de bonne satire,

Ce rire d'autrefois, ce rire des aïeux,

Qui jaillissait du cœur comme un flot de vin vieux

«Le bon vieux rire est mort. Qui a tué le rire ? C’est, répond notre savant ami, le P. Delaporte, c'est avant tout cette lourde atmosphère d’impiété quinous enveloppe, qui cache le ciel, qui empêche de chanter la vieille chanson; c’est le désarroi de toutes choses et l'incertitude du lende-

main ; c’est la désillusion des explorateurs du pays des rêves, qui vont chevauchant en dehors des frontières ensoleillées de la foi; c’est l'absence d'idéal ; c'est l’âpre lutte pour la vie, pour l'ar Hal pour les Jouissances mornes qui abôtissent. » Rien n'est plus vrai, mais ajoutons avec le savant jésuite, que le rire n’est pas mort, mais seulement malade, et qu'il peut renaître « d’une bouffée d'air pur, d'un souffle de saine liberté, d’un rayon d’en haut.

Les na viveurs, les débauchés — ces vieillards anticipés — sont graves, poseurs, solennels, rient à peine du bout des lèvres.

Js reprochent aux autres comme un crime ce rire joyeux qui dilate le cœur et la rate et ségrène en bruyantes cascades dans les airs. Ils y voient la marque humiliante du jeune âge innocent, le signe déshonorant de la puérilité.

Ah ! laissez dire, mes amis, dédaignez ces sottises et riez encore, riez toujours.

« Le rire, comme l’a ditun maître, Dugas, est foujours un phénomène de santé intellectuelle, morale ou physique. » Soyez purs,

" " SAP CNE COUR

sains de corps, sains de cœur et vous resterez de joyeux rieurs. Ne craignez pas d'être comparés, de ressembler à des enfants. Soyez justement fiers du rapprochement, et rappelez-vous ce que Notre-Seisneur Jésus-Christ à dit : « Si vous ne ressemblez pas à l’un de ces petits, vous n'entrerez pas dans le royaume des Cieux ! »

Le rire est le compagnon naturel de la pureté et de l'humilité. Saint Ignace disait un jour à un novice: « Pour garder toujours la joie et la gaieté, soyez humble toujours, et toujours obéissant. »

Comment les débauchés pourraient-ils être gais avec leur incontinence, leur orgucil, leurs remords”? Ils esquissent parfois un sourire, mais combien forcé! ils ont le rire jaune, amer, ils n’ont pas l'âme | en joie, ils pleurent en dedans, ils sont pleins de tristesse et de rancœur. Ils envient secrètement le sort des chastes, et ils n'ont pas le courage de faire comme eux !

La lutte contre les passions est difficile, incessante, mais chaque victoire de la

chasteté donne une joie. Et comme la vie est faite de combats, elle est pleine de victoires, pleine de joies. La vie chaste, c’est donc une joie perpétuelle, une joie de tous les jours, de tous les instants. Cette joie toute spirituelle, ne se rattache pas plus à l’orgueil qu’à la sensualité, elle vient de:

l'humilité dans l’adoration : on est détaché des vanités du monde, des liens de la chair, on est heureux d'être à Dieu, la source de toute pureté et à Jésus-Christ, l'Amour fait homme!

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