‹ La vie de jeune hommeChapitre 29 sur 31 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

La continence a ses fidèles, ses héros même, mais elle a aussi ses parjures :

comment ne pas l’avouer ? Nombre de célibataires, pris de lâcheté, n'hésitent pas à rompre la chasteté et à faire dans le vice ce premier pas qui présage une série indéfinie de fautes et une vie de honteux désordres. Il faut tenir compte dans un tableau de ses ombres comme deses clartés.

C'est pourquoi nous consacrons un chapitre aux écarts et aux chutes du célibat, nous réservant d’en dire le remède.

Le célibat, il faut l'avouer, n’est pas toujours respecté. Plusieurs le violent, même de ceux qui devraient y être le plus fidèles,

même de ceux qui s’y sont engagés par un vœu solennel. Des frères, des sœurs, des.

prêtres, des évêques même r’ont pas été continents. Sans doute c'est l'exception, qui confirme la règle ; mais on aimerait à.

n'avoir pas à la signaler. De tels accidents sont pénibles, attristants; mais, nous le déclarons hautement, ils ne nous étonnent pas. Il serait vraiment étrange, incroyable qu’une loi aussi dure que celle de la chasteté n'ait pas ses défaillants, étant donnée la débilité de la nature humaine.

Toutes les vertus sont bien fragiles ; mais la pureté, qu’on compare volontiers à la blancheur immaculée du lis, l’est encore plus que les autres, parce qu’elle est aux prises avec les formidables et incessants assauts de la chair. La rareté exceptionnelle des infractions à la continence dans le clergé est d’un heureux exemple pour les laïques en même temps qu’une merveilleuse démonstration de l'assistance divine : les prêtres et les religieux ne sen prévalent pas. Les infractions d’ailleurs ne sont pas fortuites et s'expliquent par l’oisiveté, l’orgueil, la recherche des occasions,

toutes causes quiaccusent nettement la négligence ou l'oubli des régles. I] faut le dire bien haut, ces règles, qui sont la base de la vie religieuse, ne manquent jamais à l'homme et sont sa sauvegarde. Leur observance est facile et s'impose. On ne tombe que quand on manque à ses règles et à son Dieu.

Les ennemis de l'Eglise font grand bruit de quelques chutes ; mais que prouvent ces regrettables écarts, sinon la faiblesse de la nature et l'insuffisance de la volonté sans la grâce d'en haut? Le repentir et l'expiation rachètent ces défaillances. Elles sont de tous les jours chez nos adversaires, qui les acceptent avec indulgence et plaisir ; pourquoi s'en scandaliser quand on les observe par exceplion chez nous? Ceux qui ne les tolèrent pas et veulent des vertus impeccables ne sont pas justes : ils sont plus sévères que le Christ Jésus enseignant la charilé et l'amour aux Pharisiens, devant une grande coupable, Ia femme adultère : « Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre ! »

Fidèle à l’enseignement de son divin

Maitre, l'Eglise est rigoureuse sur les principes, mais pleine de mansuélude pour les

pécheurs. Elle enseigne à tous la vraie doc-, :

trine qui pose une règle inflexible à nos .

actions, la fortifie dans les cœurs par Ia grâce de la prière et des sacrements, mais se montre miséricordieuse aux fautes iné-

vitables de ses faibles enfants. etlaissetou- -

jours ouverte, par la contrition, la porte du : retour à Dieu et à ses lois. a La douceur d’un tel enseignement contraste avec les rigueurs de la justice humaine et ne laisse pas indifférent le coupable qui, la conscience bourrelée de remords, sent profondément et quelquefois même s’exagère la gravité de sa faute, et quise reprendavec bonheur aux espérances et aux consolations d'en haut. À tout péché miséricorde, cette seule maxime a séché des larmes amères, consolé bien des âmes .

et ramené de loin de nombreux égarés.

De grands pécheurs ont trouvé grâce devant Dieu. Le repentir sincère efface les plus lourdes fautes, répare la vie la plus dissolue. On en a un exemple fameux et réconfortant dans saint Augustin qui expia

.par'la pénitence tout un passé de luxure.

Il fautlire, dans ses Confessions, le touchant - récit de sa conversion, l’aveu complet et douloureux de ses fautes. | « J'avais une femme, raconte-t-il, qui ne m était pas conjointe par un mariage légitime, mais que j'avais choisie par une ardeur volage et imprudente d’une passion amoureuse et déréglée. C'était néanmoins la seule femme que je visse, et je lui gardais fidélité ; mais je ne laissais pas d’éprouver, à mon malheur, la différence qui se rencontre entre l’union conjugale, laquelle se contracte afin d’avoir des enfants, et la liaison d'un amour de volupté, où les enfants naissent contre le désir de ceux qui leur ont donné la vie, quoique étant nés ils les contraignent malgré eux de les aimer » t.

Aucun de nous n’est garanti contre les défaillances de la chair; nul n’est assuré de garder immaculée la robe d'innocence.

Mais les âmes honnêtes qui ont succombé un jour à la tentation et connu les tristesses de la chute, sont plus sévères que les autres pour une telle faute et en gardent un cui- 1 Confessions, livre IV, chap. IT.

sant souvenir. Il en est qui la regrettent

tellement qu’ils ne croient pas lui donner une expiation suffisante en consacrant toute une vie à la retraite et à la pénitence.

Un illustre religieux barnabite de notre

temps, le comte Schouvaloff avait cédé,

dans le monde, à une passion coupable et

aimait plus tard, sous la robe de bure, à

s’en accuser publiquement, ne trouvant

fornication une peinture trop saisissante et trop vraie pour que nous ne la reproduisions pas ici comme une salutaire leçon.

« N’être jamais content, écrit le P. Schou-

valoff, se sentir digne de mépris, craindre l'opinion, savoir qu’on ne doit sa réputa-

tion qu'à sa fausseté, envier la réputation des autres, envier leur vertu et pourtant refuser d'y croire, s efforcer de diminuer leur mérite à ses propres yeux, puis les calomnier, devenir dur, implacable, tout sacrifier à ses penchants; en un mot, se corrompre, le sentir, et pourtant s’obstiner à ne pas devenir meilleur ; puis s’en excuser, s’en prendre à la nature, s'en prendre à

jamais de termes assez durs pour la réprouver. Il a donné des plaisirs trompeurs de la

ne.

son Créateur, révoquer la fatalité, nier le bien, puis blasphémer tout en tremblant,

et grincer des dents tout en faisant sem-

blant de sourire ; voilà pourtant, Seigneur, où mène l’amour profane ! » ”.

Comme l’exprime si bien cet aveu navrant, la luxure est vide de joies durables et ne laisse à sa suite qu’un trouble profond et un amer désenchantement. La continence au contraire apporte avec elle le calme, la force et le bonheur. Comment l'homme qui pense hésiterait-il à renoncer aux vains plaisirs de la chair ou du moins voudrait-il jamais y bornersa vie, toujours porté à se détacher de ce qui passe et à élever son esprit plus haut que la terre, vers les vérités éternelles ?

La chasteté n’en est pas moins une vertu difficile à garder au milieu des périls du monde et surtout avec l’antagonisme incessant du corps et de l'esprit. Les entrainements de la nature sont fréquents.

« L'esprit est prompt, et la chair est fai-

ble.» La lutte est pénible, angoissante et parfois douteuse.

1 Ma Conversion, chap. f, p. 26.

Il faut compter avec les troubles du cœur, avec les défaillances possibles, et tout nous défend d’être sévère et impitoyable pour les écarts, même graves, même prolongés. L'Eglise n’observe pas la rigoureuse justice du monde, elle a des trésors d’indulgence pour les égarés et les coupables : elle leur offre toujours les moyens de racheter leurs fautes, de réparer le passé et de revenir au bien. Les hommes repentants, les convertis n’ont pas moins de droits que les fidèles à sa sollicitude et à son amour. Il n'y a pas de vérité plus douce ni plus salutaire.

Mais si le pardon divin n’est jamais refusé, sile relèvement est toujours possible après la chute, il est préférable de ne pas tomber. Tous ceux qui ont connu les.

doux avantages du retour à Dieu ont marqué aussi les douleurs poignantes de la faute et les amers regrets qu’elle laisse au cœur.

Pour s’en convaincre, il suffit de lire et de méditer le saisissant témoignage qu’en donne saint Augustin dans ses Confessions.

Detroubiants et pénibles souvenirs hantent l'imagination des repentis, même quand la

grâce inonde leur âme : ils revoient douloureusement les égarements qui les ont éloignés du véritable amour, et ils les oublient d'autant moins qu’ils le connaissent davantage et en goûtent plus complètement les ineffables joies.

La violation dela continence est toujours lamentable en elle-même et dans ses conséquences qui sont parfois, hélas ! humainement irréparables. Mieux vaut la prévenir et se garder dans la pureté ; mieux vaut conserver à l'âme son intégrilé, au corps sa virginité comme au lis sa blancheur.

Les âmes chastes sont dignes d'envie :

ne trouvent-elles pas dans la tranquillité de la conscience, dans le retranchement des joies inférieures et terrestres, la liberté du cœur et l'infini de l'amour? Regardez le modèle de toutes, Jean, le disciple bien-aimé du Sauveur, « qui but à la source de la virginité l'amour el la lumière, en reposant sur le cœur de Jésus ». La viroinité est incontestablement la perfection de l'amour et le but des grandes âmes :

comment ne serait-elle pas goûtée de la jeunesse éprise d'idéal et rêéveuse d'infini !

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