CHAPITRE I
LA CONTIiNENCE JUVÉNILE
Forte d'une longue expérience. appuyée sur les faits les pius démonstratifs, la science enseigne quil faut réserver au mariage l’usage de la vie sexuelle et que la jeunesse commet une dangereuse folie en se lançant dans la fornication. C'est une voie trompeuse où les imprudents éphèbes croient trouver le plaisir, et où ils rencontrent, hélas! à coup sûr la satiété, la déception, le désespoir, les maux les plus divers et parfois même la mort.
Voilà le rigoureux enseignement de la science. Il corrobore très exactement celui de l'Eglise, et on ne saurait trop insister sur cet accord décisif.
Pour suivre le mouvement scientifique si vanté de nos jours, pour être fidèle aux . prescriptions des maîtres de la physiologie et de la médecine, il faut en revenir à la lettre du modeste catéchisme, à ce commandement de Dieu si nécessaire et si outrageusement méconnu :
L'œuvre de chair ne désireras Qu'en mariage seulement.
Le temps n'est plus où, pour faire pièce à l'Eglise et ruiner l'action de ses ministres, les savants inféodés au matérialisme n'hésitaient pas à combattre la pureté, la chasteté, toutes les exquises vertus qu'elle recommande et à lancer les jeunes générations dans l'incontinence au nom d'une prétendue science. On a vu l'erreur et les dangers d’un tel enseignement ; et tous les esprits sensés reconnaissent aujourd hui que ce n'est pas trop de l'alliance étroite et des efforts combinés de la religion et de la science pour enrayer l’immoralité grandissante et soutenir les principes solidaires de l'hygiène et de la morale. L'expérience
a montré que l'hygiène s'inspire de la morale et que celle-ci a besoin de la sanction religieuse, elle a définitivement établi que Ja bête humaine est sauvage et indomptable si on lâche la bride à ses instincts, si on ne lui impose pas le joug de la raison éclairée , et fortifiée par la foi.
La nécessité de la continence est évidente à tout âge, mais elle s'impose tout particulièrement aux jeunes gens, depuis le moment de la puberté jusqu'à l'heure du mariage. C'est d'abord la véritable garantie d'une union saine et féconde, c’est en même temps l'honneur des époux et la condition d'un bon et solide accord. C’est surtout un moyen d'assurer le développement complet de l’organisme et de lui faire atteindre sans encombre l'âge adulte : l'hygiène en fait un devoir rigoureux et pressant.
La jeunesse que le frein de la foi ne retient pas dans la continence est presque fatalement destinée à perdre les bonnes mœurs : n'écoutant pas la voix autorisée de la religion, repoussant les tendres sollicitations des mères, elle n’est pas d’humeur à écouter le sévère enseignement de
la science, et pourtant toutes ces autorilés sont d'accord pour lui montrer le droit chemin et la préserver des abîmes.
Dès qu’elle subit l'éveil du sens génital, dès qu’elle est sollicitée par l'appétit vénérien, cette malheureuse jeunesse s’enflamme, s’exalte, repousse tous les avis, n’écoute plus ni raison ni conscience et s’abandonne à la passion avec une fougue irrésistible : outre qu'elle viole la loi de Dieu, elle se prépare ainsi des maux redoutables et une satiété prématurée, contre nature. Les excès précoces ont pour effet rapide et certain de débiliter et d’altérer le tempérament : parfois même ils arrivent à causer les maladies les plus graves et à atteindre les sources de la vie. Larévolte de la nature est inévitable et s'explique d’ellemême.
L'homme pubère est appelé à la vie sexuelle, mais il ne saurait en user sur l'heure, il éprouve l'éveil du sens et doit en réserver l'exercice, il n’est pas prêt pour le mariage qui exige l'entier développement des organes, en un mot il n’est pas nubile.
On se plaît vulgairement à confondre la
nubililé avec l'éclosion des désirs vénériens, l’âge de la puberté avec l’âge nubile. L'amour serait, pour beaucoup, le critérium de l’âge nuptial, la voix infaillible de la nature qui convieles deux sexes à s'unir, et à laquelle il ne serait pas permis de résister. Cette opinion est aussi répandue que singulière : elle est contraire à la raison et complètement démentie par les faits.
La puberté a une lente évolution : les organes sexuels mettent plusieurs années à atteindre tout leur développement, et la fonction reste assez longtemps virtuelle.
Les testicules grossissent peu à peu : les éléments de la fécondation (spermatozoides) y apparaissent d'abord rares, peu ac- .
tifs et n’acquièrent qu’assez tard le nom-. bre et la vigueur. Cette évolution des organes, lente et successive, ne doit pas être troublée par un fonctionnement précoce et intempestif. En général, l'aptitude à la fécondation n'apparaît qu’un ou deux ans après l'aptitude à la copulation. Entre ces deux termes, la continence est indiquée et ordonnée en quelque sorte par la nature même : les rapports sexuels sont interdits
à celui qui ne peut féconder. La virilité n’est donc pas la nubilité etne saurait être confondue avec elle.
Le jeune garçon qui se lance, à peine viril. dans la fornication, tient à y prouver sa puissance, à justifier ses prétentions au rang d'homme. Dans ce puéril accès de vanité, il est sûr de mésuser du sens et d’arriver aux pires excès. C’est peu, pour lui, de se montrer viril, s'il ne donne pas les preuves d’une virilité indéfinie et toujours égale. Aussi que de sottises, que de fautes !
Son inexpérience l'amène à fréquenter de préférence les femmes perdues. les filles de trottoir, les courtisanes usées el démodées, et à contracter de bonne heure ce « mal d'amour » que les luxurieux de profession savent éviter, mais qu'ils jugent indispensable à la formation du novice. La blennorrhagie', pour l'appeler par sonnom, n'est pas aussi bénigne que l'on prétend, et ses suitessont fréquemment sérieuses, parfois irréparables. Le jeune homme a tout intérêt à l'éviter. à suivre l'humoristique conseil de Ricord : ne pas s’exposer à la
1 Vulgo Chaude-pisse.
prendre, en gardant simplement la continence ! Heureux encore quand un rapport suspect ne lui à pas fait contracter la redoutable syphilis', qui empoisonne la vie et qui a une répercussion si lointaine ! Mais n'insistons par sur un sinistre tableau qu'on trouvera ailleurs ?, et dont la seule vue devrait suffire à éclairer lhomme sur son devoir et à le retenir sur la pente des entraînements coupables.
En dehors des maux inévitables et Hélei trop mérités de la débauche, l'adolescent éprouve vile dans son organisme les effets du surmenage sexuel ; les troubles nerveux sont les plus constants et les plus graves.
Les migraines, les névralgies et même les symptômes variés de la neurasthénie s’observent, comme résultante de la fatigue et de l'épuisement de la moelleépinière.L’impuissance est fréquente. La nutrition peut s’altérer, se ralentir, subir des déviations marquées, amener une anémie plus ou.
moins intense, la scrofule, le rhumatisme.
Quand le tempérament est délicat ou dia-
! Vulgo vérole.
2 D' S. La Morale. 9° éd; 4
thésique, on voit facilement éclore la tuberculose sous ses différentes formes, et suriout la phtisie pulmonaire, dont on sait la sinistre et presque fatale terminaison.
Voilà le fruit et la punition de l’inconduite ! Les jeunes gens, qui ne savent pas maîtriser leur sens suivant les pressants conseils de la raison et de l'expérience, de l'hygiène et de la religion, gaspillent leurs forces dans de honteux excès et arrivent fatalement à perdre leur âme et leur corps.
Veut-on des faits concrets, des exemples saisissants qui mettent cette vérité en évidence et ne laissent aux sceptiques aucune échappatoire ? Notre pratique déjà vieille nous permet d’en donner ; et, entre beaucoup, nous citerons deux cas qui nous ont particulièrement frappé.
C'est d’abord un jeune homme, admirablement doué à tous les points de vue, proposé partout comme moûèle, fils unique et choyé d'honnêtes ouvriers, qui, à 15 ans, séduit par le mystère, entraîné par de mauvais camarades, quitte brusquement la voie droite et se jette dans l’impureté. La punition suit de près la faute.
. Rapidement toutes les qualités qui. distinguaient le pauvre enfant et lui présageaient le plus brillant avenir diminuent et disparaissent. Il était bon, aimable, joyeux ; il devient triste, maussade, mauvais. Il était le premier de sa classe, il ne travaille plus, perd ses places, passe au rang des paresseux et des ignorants.
Méconnaissable au moral, il l’est encore plus au physique. Sa figure, jolie et souriante, s'amaigrit, se creuse, s’assombrit et devient laide. Les traits se tirent, le teint se plombe. La santé s'altère, l'appétit sen va, la toux apparaît ; et bientôt en quelques mois, sans recours ni secours possible, la tuberculose avait fait son œuvre. Le vice avait eu raison de l'âme et du corps.
Ajoutons qu'avant de quitter la terre, le malheureux avait reconnu sa faute et s'était réconcilié avec Dieu. Ses parents n'en gardaient pas moins une amère douleur : ils n'avaient plus de fils, et ils savaient qu'il s'était tué. en
Dans un autre monde, à l'autre bout de l'échelle sociale, voici un adolescent beau, grand, intelligent, riche, qui, à 16 ans, en-
tend « faire comme les autres », c’est-àdire suivre les mauvais exemples, et qui se lance dans la fornication. Quelle lâcheté, mais aussitôt quelle punition !'Il a reçu les meilleures lecons, trouve dans sa famille des modèles et une sauvegarde, et ce fanfaron dédaignant tout appui se croit fort, capable de jouir sans excès et de résister aux vices de l'amour. Hélas! En six mois la maladie terrasse ce colosse, en fait un lamentable grabataire, et en quelques heures une hémorragie pulmonaire l’emporte. Pour la satisfaction d’une misérable passion, une santé superbe, une belle intelligence, les plus riches espérances ont ainsi sombré dans la tombe :
Nous pourrions rappeler bien d’autres faits instructifs. Tous les médecins ne cessent d'en observer dans leur clientèle, ils en tirent la lecon salutaire, et ce ne sont pas eux qui contesteront jamais les mérites surabondants de la continence, le danger mortel de l’inconduite. 11 faut en croire leur expérience, il faut décidément se rendre au verdict de la science.